LA CULTURE DU NOUVEAU CAPITALISME



Le sociologue Richard Sennett poursuit ici ses réflexions, toujours subtiles et lucides, sur les transformations du travail, de la compétence et de la consommation dont le nouveau capitalisme – issu de la globalisation financière, du poids de la valeur actionnariale et du rôle des nouvelles technologies – est le moteur mal contrôlable. Mais, loin de se contenter d’une description, il cherche des issues susceptibles de répondre à l’éclatement de la cellule entrepreneuriale, à la rapide dévaluation des compétences et à la fragmentation sociale et mentale qui en est la conséquence. N’imaginant pas que la solution miracle est un retour volontariste de l’action politique, il en appelle à une réflexion sur la durée et sur la nécessité de réinventer des fils narratifs en vue de pallier le déficit des « institutions ». Retrouvant les accents de Paul Ricœur et de Hannah Arendt pour lesquels la condition humaine est indissociable de la narration, il insiste sur la nécessité de valoriser des parcours qui ne succombent pas à l’instantané, respectent talents et œuvres, et il en appelle à la nécessité de renouer les fils du récit afin de relier le présent et le passé. S’interroger sur le respect de la durée et le rôle de la narration a pour but de freiner les effets néfastes d’un nouveau capitalisme que l’auteur de Travail sans qualités traque avec constance. « À en croire les apôtres du nouveau capitalisme, leur version de ces trois sujets – travail, talent, consommation – équivaut à davantage de liberté. Ma querelle ne porte pas sur la question de savoir si leur version du nouveau est réelle car les institutions, les compétences et les formes de consommation ont bel et bien changé. Ma thèse est que ces changements n’ont pas libéré les individus. »

O. M.

Albin Michel, 2006
160 p. 16 €