L’Histoire à parts égales
Récits d’une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècles)
La rencontre dont l’historien traite ici est celle des commerçants hollandais avec les Malais et les Javanais dans les mers et les ports d’Asie du Sud-Est. Cet ouvrage permet de comprendre le récit alternatif de la mondialisation qui s’écrit aujourd’hui dans la recherche. Le livre se présente en effet en partie comme un manifeste pour une histoire non pas « globale » (car celle-ci supposerait une impossible position de surplomb, offrant une vue d’ensemble sur les cultures) mais une histoire des connexions qui ne privilégierait aucun point de vue particulier : ni occidental (les « Grandes Découvertes »), ni, à l’inverse, indigène et anticolonial. D’où l’expression du titre – « à parts égales » – pour désigner une exploration symétrique des sources documentaires et des regards portés sur l’autre qui, seule, peut rompre véritablement avec l’européocentrisme. Mais en reconnaissant la légitimité de chaque système de compréhension, on pourrait en rester à l’idée d’une impossible rencontre. Or, en étudiant les lieux et les moments des contacts, ce sont les stratégies développées de part et d’autre pour surmonter les préjugés, les malentendus et les méfiances qui font la matière de l’investigation historique : la rencontre met en jeu des langues, des convenances morales, des imaginaires, des règles commerciales, des conceptions de l’État… explorés tour à tour. Selon quels codes se présente-t-on à l’autre ? Comment construit-on des mesures communes pour échanger ? Sur quels « lieux communs » s’appuie-t-on ? Pour restituer la manière dont se fit cette rencontre, il faut donc en explorer toutes les dimensions (diplomatique, économique, culturelle, philosophique…) mais aussi les replacer dans un contexte fait de multiples échanges car les Hollandais n’arrivaient pas dans des ports perdus et inaccessibles mais au centre d’un réseau très dense d’échanges cosmopolites réunissant la Chine impériale, l’Inde et l’Empire ottoman. « La rencontre ne se fit pas entre des “civilisations” ou des religiosités homogènes, mais entre des fragments instables de celles-ci. »
M.-O. P.