L’éléphant, le canon et le pinceau

Histoires connectées des cours d’Europe et d’Asie. 1500-1750


Ceux qui ne savent rien de l’«  histoire connectée  » ou «  globale  » doivent lire ce livre de son principal représentant, enseignant en Californie et au Collège de France. Il ne s’agit pas seulement de déborder les aires géographiques et culturelles et les découpages chronologiques fixés en général par l’historiographie occidentale, mais de multiplier les regards sur les structures et les événements et donc aussi d’aller chercher des archives peu vues ou ignorées (en particulier documentaires : œuvres littéraires, relations historiques, correspondances…), venant de tous les côtés concernés, en constatant leurs accords et leurs désaccords, les intérêts communs et divergents. Accumuler et croiser les archives : tel est le mot d’ordre. Par exemple, une bataille décisive en Inde en 1565, entre un souverain hindou et des princes musulmans qui s’emparent de son royaume, peut tenir une place importante dans l’histoire officielle indienne, mais ce qui est raconté ne correspond pas à ce qu’en disent des récits contemporains venus du côté musulman et moins encore aux récits de chroniqueurs portugais, dont les intérêts «  religieux  » occultent éventuellement des soucis commerciaux. Et on ne compte pas les récits «  indépendants  » des puissances du moment, ceux qui sont rédigés après coup,  etc. Les trois exemples d’histoire connectée donnés dans ce livre, qui se passent au Deccan en Inde, en Indonésie et à la cour moghole (de nouveau en Inde), sont à la fois curieux, dépaysants, savants et passionnants. Il y a eu des rencontres de sociétés et de cultures bien avant le xixe et le xxe siècles, et de multiples questions – de la ressemblance et de la différence culturelles – ont été posées… Si les ressemblances de gouvernement et de cour – de «  structure  » politique ? – ont été souvent remarquées, les coutumes et les mœurs ont fait beaucoup plus difficulté. On en est toujours là en 2016.

J.-L. S.

Alma, 2016
25 €