Leçons indiennes

Itinéraires d’un historien. Dehli, Lisbonne, Paris, Los Angeles


L’auteur, qui a enseigné en France à l’Ehess et au Collège de France, est un historien particulièrement original. Sa biographie de l’explorateur Vasco de Gama, vu depuis les archives indiennes, s’appuyait sur une profonde connaissance des relations commerciales dans l’océan Indien aux xve et xvie siècles, et a fait de lui une figure de l’histoire « connectée ». Cette variante originale d’histoire comparée consiste dans un récit historique, avant tout appuyé sur des archives, proposant de décentrer le regard par rapport à une approche séparée des aires géographiques. C’est ainsi qu’il travaille sur la connexion entre le monde de la Méditerranée, les Ottomans, l’Iran, l’Inde et même l’Asie du Sud-Est. Si plusieurs textes de ce volume expliquent cette démarche, les autres articles rassemblés ici témoignent d’une large curiosité. En tant qu’intellectuel indien, Subrahmanyam est invité à écrire sur Naipaul ou Rushdie. En tant qu’historien, il intervient avec une grande assurance, et parfois un sens maîtrisé de la polémique, sur des questions de démarche historienne : quelle place accorder au rôle des « grands hommes » dans le récit historique ? Qu’est-ce qu’un empire ? Peut-on comparer les civilisations ? Enfin, comme universitaire polyglotte et globalisé, il livre quelques récits caustiques de ses pérégrinations aca­démiques (« Jours tranquilles à la D. School », « Un été à Lisbonne », « Un Parisien ambigu »). Une manière savante de sortir des débats sur l’impérialisme occidental en proposant une autre approche des rencontres entre civilisations.

M.-O. P.

Alma Editeur, 2015
354 p. 25 €