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Notes de lecture

Dans les forêts de Sibérie

novembre 2011

#Divers

Cet ouvrage livre une expérience d’écriture dans la plus haute des solitudes. L’auteur a décidé de vivre seul durant six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal, avec pour seuls compagnons des livres qu’il commente au fil du journal qu’il a décidé d’écrire. Ce journal est d’abord un essai rousseauiste sur la solitude et l’exigence vertueuse qu’elle implique. « L’ennui ne me fait aucune peur. Il y a morsure plus douloureuse : le chagrin de ne pas partager avec un être aimé la beauté des moments vécus. La solitude : ce que les autres perdent à ne pas être auprès de celui qui l’éprouve. » Mais, au-delà de ce sentiment d’absence, le solitaire qui doit s’astreindre au devoir de vertu ne peut se permettre la moindre cruauté, ce que Rousseau perçoit dans la cinquième de ses promenades. « L’homme civil veut que les autres soient contents de lui, le solitaire est forcé de l’être lui-même ou sa vie est insupportable. Aussi, le second est forcé d’être vertueux. » Mais la vie glacée en Sibérie passe par la dureté, l’alcool, le froid et la présence de Russes d’où ressort, sous la plume de Sylvain Tesson quand il évoque ses rencontres, une certaine cruauté. Ce qui n’est peut-être pas sans lien avec la taïga, qui est l’envers de la jungle tropicale. « Là où la jungle chaude produit sans discontinuer, la taïga conserve. Ici, la croissance végétale est lente mais la décomposition ne débarrasse pas les sous-bois aussi vite que sous les basses latitudes. Un cèdre sibérien met des années à pourrir. » Cette méditation métaphysique et géographique fait ressentir la lenteur d’un pourrissement paradoxal, puisqu’il est recouvert par la glace.

O. M.

Gallimard, 2011
272 p. 17,90 €