De quelle couleur sont les Blancs?
Des « petits Blancs » des colonies au « racisme anti-Blancs »
Après l’analyse des « minorités » (Africains-Américains, Hispaniques, Lgbt…), l’université américaine se penche depuis quelques années sur les identités « majoritaires », à travers les études sur la masculinité (masculinity studies) et sur la blancheur (whiteness studies). Cet ouvrage collectif veut à la fois présenter ce champ d’études (ce que fait Sylvie Laurent dans son article « Pourquoi s’interroger sur les Blancs ? ») et s’interroger sur la validité de cette catégorie comme sur son usage dans l’espace culturel et politique français. Car le « Blanc », plutôt qu’une couleur, est une catégorie sociale et culturelle qui s’est construite progressivement ; longtemps de l’ordre du non-dit en France – universalisme républicain oblige –, elle émerge aujourd’hui sous deux modalités : d’un côté, à travers les revendications des « non-Blancs » qui pointent du doigt la blancheur comme une norme sociale et politique qui les exclut (voir l’entretien avec Sadri Khiari), de l’autre, et à l’opposé du spectre politique, dans le « racisme anti-Blanc » qui cette fois érige la majorité en minorité opprimée par ces « non-Blancs » – souvent d’ailleurs désignés par leur religion, l’islam, plutôt que par leur couleur – qui mettraient en péril son identité. Entre les deux, on voit bien que l’universalisme républicain (incarné en l’occurrence par Dominique Schnapper dans un entretien) est souvent mal à l’aise, ses défenseurs étant déchirés entre l’attachement à l’égalité de tous les citoyens et la nécessaire reconnaissance des discriminations existantes.
A. B.