Poor white trash
La pauvreté odieuse du blanc américain
L’échec, la dégénérescence, l’immobilisme, la déchéance, autant de mots qui contredisent l’idéal américain. Le poor white trash, la raclure blanche, c’est justement ce Blanc qui échappe au rêve, celui que l’on ne veut pas devenir, l’épouvantail d’un pays qui a toujours dissimulé la classe derrière la race, qui a toujours assimilé les pauvres aux Noirs, aux immigrants à la peau plus ou moins sombre, et dans lequel le pauvre Blanc « de souche », fermier des Appalaches ou métayer de l’Alabama, apparaît donc comme une aberration. Sylvie Laurent nous présente cette figure telle qu’elle se déploie dans la littérature américaine, des années 1920 à nos jours. Et c’est bien dans la littérature, la musique ou le cinéma qu’il faut aller la traquer, car le poor white trash n’est pas un type sociologique, c’est une construction mentale, c’est celui que l’on ne veut pas être. Aujourd’hui pourtant, c’est devenu aussi une identité, que l’on revendique, sur le mode parodique, comme le fait Eminem, ou plus sérieusement, comme chez certains partisans du Tea Party. Avec la crise et les élections à venir, gageons que le poor white trash n’a pas fini de refaire surface dans le tissu déchiré du rêve américain.
A. B.