CE N’EST RIEN QU’UN PRÉSIDENT QUI NOUS FAIT PERDRE DU TEMPS
Voilà un livre intéressant (cité de nombreuses fois dans le dossier d’Esprit de ce mois) du fait de son auteur plus que de son contenu. Ce dernier est plus que contestable (Sarkozy ne serait qu’une baudruche qui se dégonfle plus vite que prévu, moins un faussaire ou un menteur invétéré qu’un surexcité de la politique qui « casse » à mi-parcours) car il revient à oublier que le sarkozysme, bien au-delà de la personne surprivatisée du Président, est le révélateur des transformations profondes de la société française et pas uniquement de celle-ci. Mais l’auteur ne s’intéresse pas vraiment à cet aspect des choses. Et pour cause : c’est un journaliste politique, quelqu’un qui s’intéresse à la société française à travers le seul prisme des partis politiques, des joutes électorales et de l’action présidentielle alors même que se creuse le décalage entre les pratiques des Français et les institutions politiques (les aléas de la réforme des collectivités territoriales en est la meilleure preuve et les anticipations concernant le taux d’abstention aux régionales n’est guère réjouissant). Mais, plus encore, ce journaliste politique (dont on entend les subtiles analyses le matin dans le 6 h 30-10 h de Nicolas Demorand) est un « impertinent » qui ne plaît pas trop à l’Élysée (dit la rumeur), en passe de devenir le Stéphane Guillon (le soi-disant méchant comique de la même tranche horaire, voir la note de journal d’Esprit, mai 2009, p. 185-187) du journalisme politique. C’est tout ce qu’on aime dans les médias : un impertinent qui vient gratter les politiques, les énerver, les titiller, les gêner… Sauf qu’à l’arrivée, comme la règle des impertinents est de renvoyer dos à dos les radicaux (si on voit Sarkozy à travers les excès rhétoriques de Badiou – devenu un bien-aimé des médias en dépit de tout ce qu’il peut raconter – qui se contrefiche de la réalité, le président n’est finalement pas grand-chose de ce qu’on croyait qu’il était), il ne reste plus rien. On perd son temps, nous dit l’auteur ! Mais alors, le journaliste politique n’est-il pas condamné à perdre son temps ? Certes, il reste le talent dont le lecteur comme l’auditeur tire un plaisir évident.