Le nouveau luxe

Expériences, arrogance, authenticité


Auteur d’un ouvrage de référence sur Hume, l’auteur de l’Art à l’état gazeux (Paris, Stock, 2003), qui a créé et animé l’Université de tous les savoirs et dirigé l’École des beaux-arts pendant sept ans (voir son article « De l’enseignement des beaux-arts », Esprit, novembre 1995), est avant tout un empiriste et un iconoclaste aux allures de postmoderne qui ne court pas après les valeurs. Bon connaisseur d’Ibiza où il habite une partie de l’année, Michaud propose une incursion dans l’île (une île qui est une marque, Ibiza brand), ce qui lui permet de montrer comment celle-ci n’est plus l’Ibiza utopique des hippies des années 1970, et comment « le luxe » est devenu une industrie qui a ses normes et ses contraintes, même si la sensation pure et le plaisir sont toujours la règle (« Il ne vous serait pas venu à l’idée de fêter votre anniversaire sur un Riva d’acajou en buvant du champagne face au coucher de soleil. Une entreprise d’événements de luxe vous le propose – et peu importe si Amartya Sen n’y voit pas un progrès »). Dans le Nouveau Luxe, le philosophe prend le relais de l’observateur et s’interroge sur les liens du tourisme de luxe et des ressorts identitaires du sujet contemporain, ce qui revient à s’interroger sur l’arrogance et le culte de l’authen­ticité (« Tout sentir est aussi vrai que faux, aussi authentique qu’inauthentique »). Le tempérament philosophique du postmoderne qu’est Michaud ne le poussant guère à trouver des réponses dans les pensées contemporaines (le Dasein de Heidegger est selon lui un vide abyssal et banal), il doit reconnaître que le malaise (celui du plaisir formaté) est profond et généralisé mais qu’il a un bel avenir devant lui, puisqu’il n’est pas si désagréable que cela !

O. M.

Stock, 2013
194 p. 18 €