Centenaire de la Première Guerre mondiale


Le centenaire de la Première Guerre mondiale, en 2014, pose la question de sa commémoration. Il s’agit non pas, comme on pourrait le croire, de commémorer l’issue de cette guerre, mais de ce que tout ce qui a commencé en 1914, qui s’est prolongé tout au long du XXe siècle et qui, loin d’être terminé, constitue un enjeu majeur aujourd’hui.  Cet événement pose ensuite la question de la mémoire collective,   modalité essentielle de la vie avec les autres : la commémoration, vecteur de transmission, permet de contrer l’œuvre du temps. Il existe cependant au moins deux manières d’appréhender la mémoire. L’une « exemplaire », se sert d’un événement passé comme d’une instance parmi d’autres dans une catégorie plus générale ; elle permet de sortir de tout enfermement communautaire et ainsi de se tourner vers le présent et vers les autres.  L’autre, « littérale », sacralise la mémoire en affirmant la singularité et en refusant toute analogie de l’événement en question avec d’autres. Ces deux acceptions de la mémoire dégagées par Tzvetan Todorov ont des implications différentes en terme d’intégration et d’interprétation des événements passés. Il s’agit donc de s’interroger sur quelle politique de la mémoire envisager pour les commémorations de la guerre de 1914.



Pour le philosophe Tchèque Jan Patocka, l’expérience du front engendre une critique de la philosophie de l’histoire, qui ne peut justifier cette parenthèse de violence. Au contraire, en émerge une exigence éthique, « la solidarité des ébranlés », issue de la conscience d’une expérience similaire de chaque côté du front. L’expérience du front dans cet événement totalement nouveau, le mensonge collectif, et son étroite imbrication avec le mutisme des combattants, met également en doute la parole humaine,   révélant l’inadéquation du langage avec cet expérience subjectivement vécue. La guerre de 1914, première déchirure historique mondiale du siècle dernier, a ainsi mis profondément en doute les pouvoirs et la légitimité de la parole.



Enfin, la Première Guerre mondiale a également suscité de très nombreuses réflexions intellectuelles, concernant l’analyse des faits historiques et l’expérience de la guerre, tout au long du XXe siècle.  Stéphane Audouin-Rouzeau, dans Une anthropologie historique de la guerre moderne, a pour projet une histoire des corps, de la « physicalité » au combat, et  interroge l’absence d’analyse du phénomène guerrier dans les sciences sociales au XXe siècle, celles-ci déterminant notre rapport à la violence et à la guerre. Raymond Aron, lui, dans son ouvrage Dimensions de la conscience historique, cherche non pas la valeur mais la signification de la philosophie de l’histoire, et il confronte également l’intention des historiens aux interprétations de l’histoire pour interroger l’interprétation des faits historique. Dans son Journal des années de guerre 1914-1918, Romain Rolland consigne ses observations et pensées de guerre tout en relevant l’illégitimité du nationalisme et la gravité du mensonge durant le conflit.

Retrouvez les neuf articles à télécharger ici

 

 

 

Première Guerre Mondiale, commémoration et mémoire collective

 

 

 Collectif, Position – 1914 :  Questions pour une commémoration, mai 2013

 

 

CREPON Marc, La mémoire des guerres. A propos de la modernisation des commémorations, Janvier 2011

 

 

TODOROV Tzvetan, La mémoire et ses abus, Juillet 1993

 

 

 

L’expérience du front

 

MONGIN Olivier, Jan Patockà, la rupture de 1914 et l’esprit européen, Décembre 2004

 

 

PATOCKA, Jan,   Sortir du siècle de la guerre, Janvier 1981

 

 

JENNY Laurent, L’innommable et le mensonger ou le « silence du permissionnaire », Juillet 1996

 

 

 

L’émergence de réflexions intellectuelles concernant la guerre et l’analyse des faits historiques

 

 

CABANES Bruno, Stéphane Audoin-Rouzeau : Combattre. Une anthropologie historique de la guerre moderne (XIXe-XXIe siècle), Juillet 2008

 

 

PROST Antoine, Raymond Aron : Dimensions de la conscience historique, Novembre 1961

 

 

BEGUIN Albert, Romain Rolland : journal des années de guerre 1914-1918, Janvier 1954