La « chair souffrante de l'humanité ». À propos de Germaine Tillion et de Charlotte Delbo
À propos de Germaine Tillion et Charlotte Delbo
Germaine Tillion et Charlotte Delbo, toutes deux résistantes, furent toutes deux déportées à Ravensbrück. Elles ont chacune voulu rendre compte de ce qu’elles avaient vécu, refusant un certain discours qui voulait que l’expérience des camps fût « indicible ». Chacune à sa manière, Tillion plus historienne, Delbo plus poétique, elles ont trouvé une écriture, pour faire savoir, pour rechercher, autant que possible, la vérité.
Dans les notes qu’elle avait prises à Ravensbrück en mars 1945, Germaine Tillion rapportait une phrase de Schwarzhuber qui était alors commandant du camp : « Marchez seulement bien tranquillement… Le cœur bat, n’est-ce pas1 ? » « Le cœur bat à Ravensbrück » est aussi le titre d’un chapitre du livre de Charlotte Delbo, Une connaissance inutile2. Germaine Tillion raconte que le 28 mars eut lieu une « sélection » ; exceptionnellement, le travail cessa à 14 heures et toutes les femmes, une par une, durent défiler devant Schwarzhuber. Le texte de Charlotte Delbo, plus long et plus détaillé, n’est pas à proprement parler un récit : elle veut donner à entendre (« Un ordre : “Enlevez les chaussures et les bas. Vite ! […] Relevez les robes ! […] Schnell ! Schneller !” »), à voir (« Alors, pieds nus, tenant de la main gauche leurs godasses, de la main droite l’ourlet de leur robe rayée, les femmes défilent devant les SS »). Les notes de Germaine Tillion, rédigées le jour même, sont un témoignage immédiat qui a valeur de document ; celui de Charlotte Delbo, écrit après la guerre, a fait l’objet d’une élaboration littéraire. Germaine Tillion explique : « Les femmes devaient être pieds nus pour qu’on voie si leurs chevilles étaient enflées » ; Charlotte Delbo recrée au présent les mouvements, les actes, les sensations :
Ils font passer les prisonnières devant eux plusieurs fois. Un coup d’œil aux jambes décide. Ils tirent et mettent de côté celles qui ont les jambes enflées, les pieds déformés par l’œdème. Et le défilé continue, robes retroussées, pieds nus sur le mâchefer qui fait mal.
Ce sont de pauvres comédiennes qui défilent, « tendues, crispées dans leur efforcement à une démarche naturelle, à une allure aisée, crispées pour ne pas laisser voir la peur sur leurs traits ». Comme sur une scène de théâtre, un projecteur semble se braquer sur l’une, puis sur l’autre :
Face à ces êtres pitoyables sur lesquels il a pouvoir de vie et de mort se tient le chef de camp, simple silhouette sans nom dans le texte de Charlotte Delbo. Il a « les poings aux hanches », dans une attitude de toute-puissance infantile, et comme un enfant il « s’amuse » en se moquant de ses victimes : « Ah ! ah ! Le cœur bat, hein ? » Il était « littéralement épanoui », dit Germaine Tillion. Les femmes savaient qu’elles étaient sélectionnées pour la chambre à gaz et Schwarzhuber savait qu’elles le savaient ; en se penchant « benoîtement » vers les prisonnières, en leur demandant si leur cœur battait, il établissait avec elles une sorte de « complicité dépravée », celle du bourreau qui s’identifie à sa victime pour mieux jouir de sa détresse. Dans un texte d’août 19453, Germaine Tillion reprend l’analyse et n’hésite pas à comparer le sourire de Schwarzhuber à ceux d’un enfant rassasié ou d’une amoureuse timide en présence de l’homme qu’elle aime. C’est l’essence même de ce sadisme qu’elle veut saisir, loin des représentations communes de la cruauté, le « rictus satanique » par exemple. Il faut savoir que le sadisme peut prendre les apparences de la bonhomie et de la gaieté et de manière générale, il importe de connaître les mécanismes du mal pour lutter plus efficacement contre lui. À Ravensbrück, dit-elle, « j’ai tout de suite essayé de comprendre le système et je l’ai démonté pour mes camarades afin qu’elles se protègent4 ». « Je me sers de la littérature comme d’une arme », déclare de son côté Charlotte Delbo5.
Les textes cités comportent sans doute des inexactitudes : les propos rapportés ne sont pas exactement les mêmes et les dates diffèrent. Dans ses notes, Germaine Tillion situe le 28 mars 1945 cette sélection dont elle dit dans sa déposition de 1945 qu’elle eut lieu en avril, tandis que Charlotte Delbo place l’épisode en automne. Il s’agit des incertitudes inhérentes aux témoignages que l’historien se doit de corriger. Mais toutes deux cherchent à atteindre, comme le dit Charlotte Delbo,
une information plus haute, inactuelle, c’est-à-dire plus durable, celle qui ferait sentir la vérité de la tragédie en restituant l’émotion ou l’horreur6.
De la résistance à la déportation
Bien que leurs chemins aient parfois convergé, Germaine Tillion et Charlotte Delbo semblent avoir peu de points communs. Elles se distinguaient dès le départ par leur origine sociale, leur position politique et leur formation. Les parents de Germaine Tillion, issus d’une vieille bourgeoisie provinciale, étaient des intellectuels parisiens, tandis que Charlotte Delbo appartenait à un milieu ouvrier. La première se disait parfois gaulliste et souvent « inclassable » ; la seconde, qui s’était inscrite aux Jeunesses communistes, s’est éloignée du Parti après la guerre. À la suite de ses études d’ethnologie, Germaine Tillion avait séjourné plusieurs fois dans les Aurès, chez les Chaouias ; Charlotte Delbo, après s’être intéressée à la philosophie, était devenue la secrétaire de Louis Jouvet. Engagées dans la Résistance, elles furent toutes deux déportées « politiques ». Dès le mois de juin 1940, Germaine Tillion avait contribué à créer ce qu’elle a baptisé plus tard le « réseau du Musée de l’Homme » ; Charlotte Delbo rejoignait en novembre 1941 son mari qui appartenait au « réseau Politzer ». Après son arrestation le 13 août 1942, Germaine Tillion fut internée à la Santé, transférée à Fresnes et déportée à Ravensbrück en octobre 1943. Charlotte Delbo, arrêtée dès le 2 mars 1942, a été emprisonnée à la Santé puis à Romainville et enfin à Compiègne. Le 24 janvier 1943, les deux cent trente femmes du convoi dont elles faisaient partie étaient déportées à Auschwitz pour une raison encore inconnue à ce jour7. Après six mois passés à Birkenau, Charlotte Delbo et seize de ses camarades connurent des conditions de vie moins inhumaines à Raïsko, petit Kommando situé à quelques kilomètres du camp, puis, toujours sans raison apparente, elles furent transférées à Ravensbrück. Germaine Tillion s’y trouvait déjà, mais il semble que les deux femmes ne se soient pas rencontrées.
Même si elle a entendu parler dès son arrivée d’Auschwitz et des chambres à gaz de Birkenau, Germaine Tillion n’a connu que par ouï-dire ce que Charlotte Delbo a vu et vécu. Celle-ci ne cherche jamais à minimiser les souffrances endurées à Ravensbrück mais il est évident que pour elle la césure se situe entre « Auschwitz » et « après ». De la différence entre les deux camps, Germaine Tillion est bien consciente : à Ravensbrück il était encore possible, pour le meilleur ou pour le pire, de se bercer d’illusions. « À Auschwitz, dit-elle, la réalité s’étalait sans contre-imagination possible8. » « La réalité était là, mortelle. Impossible de s’en abstraire9 », écrit de même Charlotte Delbo ; mais il lui arrive d’employer des termes plus crus :
Vous ne savez pas. On peut faire d’un être humain un squelette où gargouille la diarrhée, lui ôter le temps de penser, la force de penser.
Le premier livre de la trilogie Auschwitz et après s’ouvre sur un texte intitulé « Rue du départ, rue de l’arrivée10 », termes familiers, d’une normalité rassurante, qui recouvrent la réalité la plus monstrueuse du camp, l’arrivée de familles juives provenant de tous les pays d’Europe dans cette « gare » dont ils ne connaissent pas – et pour la plupart ne connaîtront jamais – le nom. Pour ceux-là, l’arrivée est aussi un départ mais ils l’ignorent ; le lecteur, lui, occupe la place du spectateur qui « sait » et peut mesurer l’ampleur du crime en observant ceux qui vont être assassinés. Charlotte Delbo esquisse avec une attention infinie aux détails les portraits d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, qui viennent de Varsovie, Zagreb, Salonique ou Monte-Carlo. Au passage, elle nous apprend qu’il y a « des mariés qui sortent de la synagogue », un rabbin qui « se tient bien droit et marche le premier ». Mais elle emploie une seule fois le mot « juif », en répétant des paroles qui prennent ici une signification particulièrement sinistre (« Ils ont tous de l’or dans la bouche ces juifs… »). Et c’est avec une pudeur et une tendresse déchirantes qu’elle évoque le sort qui les attend :
Il y a une petite fille qui tient sa poupée sur son cœur, on asphyxie aussi les poupées.
À l’intérieur du camp, les conditions de vie des « politiques » françaises étaient « à peu près » les mêmes que celles des juives, « mais à ce degré, la moindre aggravation entraînait une mortalité plus grande11 ». Charlotte Delbo rapporte un dialogue entre deux détenues :
« Tu es française ?
– Oui.
– Moi aussi. »
Elle n’a pas de F sur la poitrine. Une étoile […]
– Vous, vous pouvez espérer, mais nous… »
Elle montre ma jaquette rayée et elle montre son manteau, un manteau trop grand tellement, trop sale tellement, trop en loques tellement12.
C’est ainsi que l’« à peu près » semblable se transforme en « tellement » différent. À Birkenau, toutes les femmes souffraient de la faim, de la soif et du froid ; elles assistaient, impuissantes, à la mort de leurs camarades. Mais il n’y avait pas pour les déportées politiques de « sélection » à l’arrivée, même si les SS envoyaient ensuite à la chambre à gaz les femmes épuisées par le travail, quelles qu’elles soient. Les détenues juives qui avaient échappé au massacre initial avaient généralement été séparées de leurs proches et souffraient d’une solitude aggravée par la différence des langues. Elles subissaient toujours plus d’humiliations que les autres. Elles ne « bénéficiaient » pas des tenues rayées que recevaient les « triangles rouges » mais étaient vêtues de tenues civiles hétéroclites – une robe du soir, par exemple – peintes dans le dos d’une grande croix au minium. Toutes étaient tatouées et tondues à l’arrivée ; seules les femmes juives étaient tondues une fois par mois.
La souffrance, l’horreur, à ce paroxysme, gravent dans la mémoire, dans la sensibilité, des marques indélébiles13.
À Ravensbrück, dit Charlotte Delbo, il y avait des prisonnières « à cheveux gris, à la démarche fatiguée », chose inconcevable à Birkenau. Dans une scène déchirante de Aucun de nous ne reviendra, une « petite vieille toute petite », pendant l’appel, se dresse sur la pointe des pieds, agite les bras et crie : « Moi, monsieur, j’ai soixante-sept ans. » Un SS vient de demander si des femmes âgées ou malades souhaitaient bénéficier d’un régime moins dur et elle veut en profiter. Ses compagnes cherchent à la faire taire et le SS s’éloigne mais elle insiste et il se retourne : « Komm » ; elle est emmenée au block 25 dont on ne sortait que pour aller au « crématoire14 ». Voir des femmes âgées encore en vie, quand on venait de Birkenau, laissait penser que dans cet autre camp inconnu, « ce serait supportable15 ». Pourtant, Charlotte Delbo reconnaît qu’on y vivait dans la crainte et Germaine Tillion note le 29 mars 1945 :
Au retour du travail, à 18 heures, nous croisons un camion de vieilles femmes qui montent au Jugendlager. Il en est parti trois aujourd’hui du Block 27. Une petite vieille nous fait un signe de la main en passant. Elle a un air français, des yeux si tragiques, mais essayant encore d’être brave, de regarder droit… Et si vieille16 !
De janvier à avril 1945 a fonctionné dans une petite annexe du camp une chambre à gaz où 5 000 à 6 000 femmes ont été assassinées. Certes il ne s’agissait pas de la politique de meurtre de masse mise en œuvre à Auschwitz ; et Ravensbrück n’était pas un camp d’extermination, un de ces « trous noirs » dont parle Primo Levi. Mais la mort d’Émilie Tillion, disparue dans la chambre à gaz le 2 mars 1945, si peu de temps avant la libération du camp, a infligé à sa fille une souffrance qui ne s’est pas apaisée avec le temps. Le 23 mai 1942, à la Santé, Charlotte Delbo avait dû dire adieu à son mari, fusillé le jour même au mont Valérien et ce fut pour elle aussi une blessure inguérissable.
Toutes deux ont éprouvé ce que Germaine Tillion nomme « la volonté de périr ». Le 15 mars 1945, elle est gravement malade :
Je me sentais immergée dans la mort comme un plongeur […] Je ne l’appelais pas précisément, mais cette présence était pour moi une douceur, la première depuis bien des jours17.
Charlotte Delbo connaît un vertige analogue à Birkenau, au cours d’un appel interminable :
Je sens une pierre qui tombe à l’intérieur de moi, tombe tout d’un coup. C’est mon cœur. Et un merveilleux bonheur m’envahit […] Je m’abandonne et c’est doux de s’abandonner à la mort…
Ce sont les gifles que lui administre une de ses camarades qui la ramènent à la vie ; Germaine Tillion dit simplement :
Cette nuit-là, je décidai de vivre, après délibération, avec indifférence, et tout en me moquant de moi-même à cause du culot qu’il y avait à imaginer qu’on y pouvait quelque chose.
Mais, en 1978, elle précise qu’elle a été soutenue par la volonté que les choses soient sues : « Il fallait en témoigner. Au nom de la vérité18. » Et, dans la pièce de Charlotte Delbo Qui rapportera ces paroles ?, lorsque Françoise parle de se suicider, Claire lui réplique :
Ne les as-tu pas entendues, les mourantes qui toutes nous disent : « Si tu rentres, toi tu diras19 » ?
Elles se sont mises au travail dès leur retour. Charlotte Delbo voulait écrire au moins un livre dont elle avait trouvé le titre, inspiré d’un vers d’Apollinaire, à Birkenau. Elle dit l’avoir fait dans une sorte d’état second, sans plan, sans projet précis, notant des images encore chargées d’émotion. Aucun de nous ne reviendra, achevé en très peu de temps, n’a cependant été publié qu’en 1965, constituant le premier volume de la trilogie Auschwitz et après. Elle l’explique parfois par son désir de s’assurer qu’elle avait écrit une authentique œuvre littéraire, résistant à l’épreuve du temps ; mais elle évoque aussi une forme de pudeur, la crainte de choquer ses camarades et leurs proches par ces textes trop durs et trop personnels. Le livre est entièrement consacré à Birkenau tandis que le deuxième, Une connaissance inutile, publié en 1970, mêle dans un désordre apparent ses souvenirs de prison, ceux d’Auschwitz et ceux de Ravensbrück. Le troisième, Mesure de nos jours, est fait de voix multiples qui disent la difficulté du retour, selon un « modèle choral » fréquent dans son œuvre20.
Quant à Germaine Tillion, elle écrit à la demande d’Albert Béguin « À la recherche de la vérité », texte publié en 1946 dans un ouvrage collectif intitulé Ravensbrück. Elle veut témoigner mais aussi poursuivre la tâche entamée à l’intérieur du camp où elle a commencé à démonter les engrenages de la « machine » et tenté d’en comprendre le fonctionnement. Son expérience d’ethnologue avait développé ses facultés d’observation et l’a aidée à créer des réseaux de relations à l’intérieur du camp. Grâce aux « Schreiberinnen21 », elle accumulait une somme importante de renseignements et parvenait même à prendre quelques « pauvres notes » déguisées en recettes de cuisine. Elle s’est ensuite efforcée de compléter et contrôler ses premières recherches dans ses deux Ravensbrück de 1973 et 1988.
Germaine Tillion et Charlotte Delbo veulent non seulement informer mais « porter à la conscience » ce qu’elles ont vécu. Elles refusent également les discours convenus sur l’« inconnaissable » ou l’« indicible ». Questionnée à ce sujet par Madeleine Chapsal en 1972, Charlotte Delbo lui répond : « Il n’y a pas de mots pour le dire. Eh bien ! Vous n’avez qu’à en trouver22. » Pour elle, Auschwitz n’est pas l’« in-nommable », mais plus simplement et plus cruellement l’« in-nommé », « une gare qui n’a pas de nom » :
Germaine Tillion semble considérer que rien, en droit, n’échappe à la connaissance. Cette immense terra incognita qu’est l’univers concentrationnaire ne lui fait pas peur. Il existe et existera sans doute toujours de l’inconnu, jamais de l’inconnaissable, même si la tâche est infinie. En 1990, elle affirme que, sans avoir épuisé le sujet de la déportation, elle a au moins contribué à le « définir ». Constatant qu’il existe encore des questions sans réponses et des sources nouvelles à explorer, elle conclut, infatigable : « C’est le moment de se mettre à l’ouvrage24. »
Écrire pour faire savoir
Si leurs œuvres ne sont pas de simples témoignages, elles se différencient et semblent même s’opposer, comme la science et la littérature, la raison et la sensibilité. Les travaux de Germaine Tillion sont ceux d’une historienne et d’une ethnologue tandis que l’écriture de Charlotte Delbo est essentiellement poétique, moins par un choix délibéré que par une sorte de nécessité intérieure. En 1965, elle semble récuser toute démarche scientifique concernant Auschwitz : on ne peut en faire un « descriptif d’architecte » ni se contenter de chiffres ; l’écriture doit être animée par « la force du sentiment » et « la puissance de l’émotion ». Pour Germaine Tillion au contraire, l’exactitude des chiffres est essentielle. Elle va jusqu’à calculer le prix de l’entretien d’une prisonnière par jour, « y compris la margarine fournie par l’intendance et le pain » et le bénéfice moyen qui pouvait être tiré d’un déporté25. Certes, en 1945, lorsqu’elle doit reconstituer d’interminables listes de victimes et de bourreaux, cette recherche de la vérité matérielle lui semble « désespérante, exténuante, torturante26 ». Elle affirme néanmoins qu’il est essentiel de compter les morts avec la plus grande exactitude car seule la rigueur de l’historien permet d’empêcher la négation des faits, comme ce fut le cas à plusieurs reprises27. De manière générale, elle considère que la connaissance est source de sang-froid, de sérénité et de force d’âme, et représente un triomphe de la pensée sur un système qui voulait l’annihiler. Comprendre est une joie, même dans la douleur, la colère et l’angoisse.
Charlotte Delbo parle au contraire d’une « connaissance inutile » et chez elle, c’est la douleur qui l’emporte :
La valeur de la connaissance est doublement niée dans ce poème : l’expérience du camp a révélé l’inutilité des connaissances acquises auparavant, et cette connaissance de la vanité de la connaissance est elle-même inutile car trop cher payée. Cependant, en 1975, dans un entretien avec Jacques Chancel, Charlotte Delbo rejette l’idée que ses vingt-sept mois de déportation aient été un temps gâché. Proche ici de Primo Levi qui considérait Auschwitz comme sa seconde université, elle affirme :
Ce que j’ai appris là-bas, personne ne l’apprendra. J’ai payé cher, mais c’est quelque chose qui n’a pas de prix29.
Pour elle, le souci de la vérité est essentiel à la littérature, qui ne serait sans lui qu’un jeu gratuit. Il ne faut pas oublier qu’en 1965, elle n’avait pas seulement publié Aucun de nous ne reviendra mais aussi le Convoi du 24 janvier. Ce livre, fruit d’un énorme travail de recherche auquel avaient participé plusieurs de ses camarades, reprenait la liste des deux cent trente femmes déportées le 24 janvier 1943 de Compiègne à Birkenau, et tentait de reconstituer l’histoire de chacune. Charlotte Delbo le présente comme une contribution à l’histoire et à la sociologie et Pierre Vidal-Naquet en admire la sobriété tout en regrettant qu’il soit passé à peu près inaperçu à l’époque30. Il est vrai qu’il est souvent négligé tant il déconcerte par son style « administratif » si éloigné du reste de l’œuvre. Pourtant, il y occupe une place importante, et Germaine Tillion l’admire comme « un livre où la vision directe et sûre est associée aux contrôles31 ». La « sobriété » et la « vision directe et sûre » peuvent se dire de toute l’écriture de Charlotte Delbo et dans plusieurs de ses poèmes se retrouve l’énumération des noms des victimes en hommage à la beauté, à la jeunesse, au courage sacrifiés :
Dans le Convoi du 24 janvier les chiffres tombent, sèchement : le 10 avril 1943, elles ne sont plus que soixante-dix, le 3 août cinquante-sept ; et finalement, « sur les deux cent trente qui chantaient dans les wagons au départ de Compiègne, le 24 janvier 1943, quarante-neuf sont revenues, après vingt-sept mois de déportation33 ». Il fallait retrouver le nom et l’origine de chaque victime, les dates et les circonstances de sa mort, non seulement par souci de la vérité historique mais afin de restituer leur identité à celles qui avaient été réduites à des numéros. Le devoir très douloureux des survivantes était aussi d’informer les proches dont beaucoup vivaient dans l’ignorance totale tandis que certains avaient reçu des avis de décès fantaisistes. De même, lorsque Germaine Tillion, en avril 1945, interrogeait méthodiquement les rescapées qui se trouvaient avec elle à Göteborg, elle pensait à son travail d’historienne, mais aussi et surtout aux familles, à cette souffrance qu’elle avait elle-même ressentie lors de la disparition de sa mère, celle « de ne pas même pouvoir suivre en pensée dans leurs derniers instants les êtres qu’on aimait34 ». Les histoires des disparues sont des tombes au sens que Ruth Klüger donne à ce terme, « non pas un emplacement dans un cimetière, mais la connaissance certaine de la mort, de la façon dont est mort un proche35 ». La brièveté de certains récits dit tragiquement l’absurdité de ces destins, et parfois il n’existe aucun témoignage ; il y en a une dont il ne reste qu’un prénom : « Personne n’a eu le temps de la connaître. Aucune de celles qui restent ne se souvient d’elle36. »
Dans l’introduction, Charlotte Delbo remarque :
Ceux à qui nous racontons cela maintenant ne comprennent pas que tant de nous soient mortes si vite. Nos explications ne le leur font pas comprendre37.
Elle interpelle souvent ses lecteurs pour leur rappeler qu’ils ne savent pas, qu’ils ne peuvent pas savoir cela même qu’ils croient savoir. En juin 1942, lorsque son maître Marcel Mauss a prononcé devant elle le mot « extermination » en lui montrant l’étoile jaune qu’il portait, Germaine Tillion l’a cru ; ou plutôt, dit-elle, « j’ai cru que je le croyais », et elle explique qu’elle ne pouvait « aller au-delà du mot et se représenter une réalité38… ». Telle est bien la question que nous pose Charlotte Delbo : comment faire comprendre aux autres quand l’écart entre le réel et sa représentation existe même pour celles qui sont revenues ?
disent les rescapées de Qui rapportera ces paroles ?39.
Pourtant il n’est pas question de renoncer. Dans Mesure de nos jours, Mado affirme :
Je veux qu’ils sachent, même s’ils ne sentent pas ce que je sens moi. Ce que je veux dire quand je dis qu’ils ne comprennent pas, que personne ne peut comprendre. Au moins doivent-ils savoir40.
Il est impossible de s’identifier à l’autre au point de ressentir ce qu’il sent, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une expérience vécue hors du monde commun. La survivante elle-même a l’impression de vivre dans un « être double », d’avoir deux moi distincts, le moi actuel et celui d’Auschwitz, et deux mémoires, une mémoire profonde où le camp et les sensations qui lui sont associées sont toujours présents et la mémoire ordinaire, celle de la pensée. Charlotte Delbo dit parfois : « … c’est oublier que continuer à respirer » et plus paradoxalement : « c’est oublier que continuer à se souvenir41 », car la vie est en elle-même oubli ; pourtant elle dit aussi : « Auschwitz est si profondément gravé dans ma mémoire que je n’en oublie aucun instant42. » C’est que l’oubli n’est pas ici effacement du passé, il est « cette faculté qu’a la mémoire de rejeter dans l’insensible le souvenir d’une sensation chaude et vivante, de le transformer en images qui ont perdu leur pouvoir enivrant ou atroce43 ». Auschwitz est là, toujours présent, mais « enveloppé dans la peau de la mémoire ». Sans cette dichotomie, la vie – et peut-être l’écriture – serait impossible.
En dépit de tous les obstacles, Charlotte Delbo veut faire savoir. En exergue au Convoi du 24 janvier, une citation de Giraudoux (« Voici comment tout s’est passé et jamais je n’invente ») souligne qu’il s’agit dans ce livre de « vérité » au sens historique du terme, opposée à la fiction. Mais Aucun de nous ne reviendra distingue deux sortes de vérités : « Aujourd’hui je ne suis pas sûre que ce que j’ai écrit soit vrai, écrit-elle. Je suis sûre que c’est véridique » et elle reprend dans la Mémoire et les jours ce qui est sans doute un fil conducteur de son œuvre : « C’est pourquoi je dis aujourd’hui que, tout en sachant très bien que c’est véridique, je ne sais plus si c’est vrai. » L’écriture tente d’être au plus près de la réalité d’Auschwitz, mais celle-ci devient si incertaine et fantomatique qu’il serait illusoire de prétendre l’atteindre. Celle qui écrit n’est pas celle qui était là-bas et Charlotte Delbo nous fait souvent sentir la distance qui nous sépare et la sépare elle-même de cet autre monde. Ainsi interrompt-elle le récit de l’agonie d’une femme, qui prend la forme d’un interminable cauchemar, et remarque-t-elle tout à coup, comme si elle levait la tête pour regarder autour d’elle, ou comme si elle s’éveillait : « Et maintenant je suis dans un café à écrire cette histoire – car cela devient une histoire » ; elle reprend à la fin : « Et maintenant je suis dans un café à écrire ceci44. » L’« histoire », même véridique, ne saurait coïncider avec ce qui a été vécu et le lieu de l’écriture est ici, dans ce café parisien, et non là-bas dans « La plaine. La neige. La plaine ».
Le souci de la vérité
Quand le dernier camp de concentration a ouvert ses portes [écrit Germaine Tillion] cet « autre monde » a cessé de découper sa masse dans l’espace réel pour se profiler parmi les fantômes de la « dimension historique45 »…
En 1945, dans sa contribution au premier Ravensbrück, elle privilégiait l’objectivité de l’historien et pensait que, pour atteindre la vérité, elle devait dépouiller son témoignage de tout ce qui était trop personnel. Mais en 1946, lorsqu’elle assiste au premier procès de Hambourg en tant que représentante de l’Adir et de l’Amicale de Ravensbrück, elle est frappée par ce qu’elle nomme l’« opacité des mots46 ». En écoutant la « re-présentation » des faits pendant ce procès, elle a le sentiment qu’un gouffre se creuse entre ce qui s’est réellement passé et « cette re-présentation incertaine qu’on appelle histoire47 ». Ce qui était là-bas réalité écrasante se trouve par le discours projeté dans l’irréel. Elle a le sentiment d’avoir appris à Ravensbrück « des choses sans lesquelles on n’a pas la clé de l’humain » : la souffrance, la peur, la faim, la haine, toutes ces choses individuelles que l’histoire ne peut prendre en compte. Les chiffres sont nécessaires mais, réduits à eux-mêmes, ils ne disent rien de ce qui compte vraiment :
Nous savons bien, nous qui avons vu mourir tant de femmes, que chaque agonie a été un grand drame douloureux, très long, très douloureux. […] Nous savons que chaque agonie a été individuelle, qu’elle a été personnellement le lot amer d’une seule femme48.
Les documents administratifs sont importants car les témoignages doivent être contrôlés ; mais ils ne suffisent pas, non seulement parce qu’ils sont souvent aussi incomplets et mensongers que les témoignages mais parce que, du fait de leur « sécheresse », de leur « pauvreté », ils ne peuvent rendre compte de la complexité des événements vécus.
La succession des trois Ravensbrück qu’il faut lire, comme le dit Pierre Vidal-Naquet, dans leur épaisseur temporelle49, ne représente pas seulement un progrès des connaissances par la découverte de nouvelles sources et l’approfondissement de la réflexion. C’est la conception même du savoir et la vision des sciences humaines qui se transforment. Lorsqu’elle écrit le deuxième Ravensbrück, Germaine Tillion se rend compte qu’en 1945 elle ne pouvait pas encore parler de ce qui la concernait le plus profondément.
Mon excuse, dit-elle, c’est que je voulais montrer ce qui avait été le lot de toutes, et que je croyais pouvoir le faire en termes abstraits50.
En 1972, la perspective a changé, car elle sait « combien reste obscur un témoignage grave qui ne comporte pas d’explications sur celui qui témoigne ». Elle refuse désormais de mettre entre parenthèses une expérience personnelle qui n’est plus pour elle un obstacle à la connaissance mais un moyen de comprendre les autres. Le savoir érudit, dira-t-elle, est comparable à une partition musicale et l’expérience individuelle à la gamme sonore sans laquelle la partition reste lettre morte :
Combien y a-t-il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues – les spécialistes de l’homme – qui, lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate51.
Quand il s’agit plus particulièrement de l’histoire de la déportation, l’impartialité, la neutralité sont illusoires et l’absence de participation affective est même « un élément d’incompréhension quasi radical52 ». De manière générale, la science telle que la conçoit et la pratique Germaine Tillion n’exclut pas la sensibilité et l’émotion, bien au contraire. Elle voudrait conjuguer « la grande lumière blanche de l’enquête historique » et « l’obscur rayon de l’expérience », « non pas la seule raison, non pas la passion seule, mais l’une et l’autre unissant leurs insuffisantes clartés pour explorer ce gouffre inconnu, le malheur des autres53 ».
En réaction à l’« opacité » d’un certain langage scientifique, Germaine Tillion invente un style qui lui est propre, sans affectation de froideur ou de détachement mais soucieux d’exactitude et de précision, rigoureux et chaleureux à la fois. On comprend que ses camarades aient puisé un réconfort dans les conférences qu’elle osait leur faire à l’intérieur du camp car ses textes débordent d’une énergie communicative. Ils sont beaux par leur justesse, leur verve en même temps que leur profonde humanité. Sa lucidité, son intelligence aiguë des situations et des êtres ne se séparent pas d’une inépuisable compassion à l’égard des autres. Elle possède l’art de trouver le mot juste, la formule la plus percutante, disant de Pétain qu’il n’est pas gâteux mais « moisi ».
Lorsque des hommes de science discutent entre eux à propos d’un événement, dit-elle en 1990, il s’agit forcément d’un événement qu’ils ont reconstruit dans l’irréel de l’imagination, mais cet événement lui-même a existé, dans son infinie richesse de vie, dans son incommensurable crudité d’existence.
C’est cette vérité-là qu’elle tente d’approcher dans son travail d’historienne grâce à une écriture totalement originale ; car ni les « mots ordinaires » ni un « vocabulaire technique » ne peuvent selon elle rendre compte de « choses qui n’étaient pas ordinaires54 ».
Charlotte Delbo affirme sans fausse modestie :
J’avais envie d’écrire une belle œuvre. Une affaire aussi extraordinaire ne pouvait pas inspirer d’œuvres médiocres55.
Elle juge inadmissible que l’on refuse, lorsqu’il s’agit des camps, d’associer témoignage et littérature. En 1965, un critique de Combat, qui présente Aucun de nous ne reviendra comme un « grand livre », se sent obligé d’ajouter :
Son auteur […] serait la première sans doute à ne pas vouloir qu’on parle de son talent (le talent, quand on parle d’Auschwitz56…).
Charlotte Delbo réplique fermement :
Il serait interdit d’avoir un style d’écrivain, d’écrire dans une forme poétique à propos d’Auschwitz. Mais seule cette forme, seul ce style […] permettent de communiquer ce que j’avais à communiquer, de faire voir ce que je voulais faire voir57.
Comment atteindre la « véridicité » en employant les mots ordinaires ? Pour parler de « la soif du marais », il ne suffit pas de dire « j’ai soif » car ce terme n’a pas le même sens ici et là-bas58, mais il faut écrire que « les joues collent aux dents » que « la langue est dure, raide, les mâchoires bloquées » ; il faut le rythme haletant des phrases, les répétitions obsédantes qui martèlent :
La soif. Est-ce que je respire ? J’ai soif. Faut-il sortir pour l’appel ? Je me perds dans la foule, je ne sais où je vais. J’ai soif. Fait-il plus ou moins froid, je ne le sens pas. J’ai soif, soif à crier.
Il faut faire sentir au lecteur que cette soif n’est pas le désir ou le besoin que chacun connaît mais une folie qui s’empare de tout l’être, une « idée fixe » qui oriente l’imagination vers un unique but :
Boire. Pourvu que nous prenions la route à droite. Il y a un ruisseau au petit pont. Boire. Mes yeux ne voient rien, rien que le ruisseau. […] La colonne se forme pour partir. Boire.
Dans le monde de Birkenau, il faut attendre l’appel pour espérer atteindre le ruisseau et « l’appel est plus long à traverser qu’un sahara ». Dans le monde « normal », les gens qui ont soif entrent dans un café et commandent une bière.
L’écriture poétique n’est pas seulement belle – et les textes de Charlotte Delbo sont souvent d’une beauté à couper le souffle – mais elle est aussi la plus efficace car, dans sa concision et sa puissance, elle « remue le lecteur au secret de lui-même59 ». Le témoignage en tant que relation des faits ne suffit pas quand il s’agit de ce monde là-bas. « Ils ont à raconter, dit-elle des prisonniers de guerre, nous aurions à dire60. » Pour les premiers un récit est possible car leur expérience, aussi dure soit-elle, peut s’inscrire dans un temps humain. Les survivantes d’Auschwitz auraient à dire, auraient même beaucoup à dire mais en sont souvent empêchées par l’incrédulité des autres et leur propre sentiment d’impuissance. Et « dire » est autre chose que « raconter ». Les livres de Charlotte Delbo ne sont jamais de simples narrations. Aucun de nous ne reviendra est une succession de scènes sans chronologie, une écriture fragmentée, éclatée, où dominent des images qui « portent au cœur », au sens presque physique du terme. Dans chaque volume de la trilogie Auschwitz et après, l’écriture glisse insensiblement de la prose à la poésie comme on passe, dans un opéra, du récitatif au chant. Parfois c’est une peine infinie qui se confie avec une simplicité bouleversante :
Le tome I s’achève sur deux vers mis en regard : « Aucun de nous ne reviendra », retour au titre, et « Aucun de nous n’aurait dû revenir », lamento final.
Ailleurs, il faut toute une page blanche pour exprimer :
Tout ce que
le cœur d’une femme peut supporter62.
Dans sa préface de la Mémoire et les jours, François Bott écrit que Charlotte Delbo « voulait dire ce que notre monde perd de beauté lorsque l’on tourmente ou défigure un visage63 ». Ainsi, ces deux vers :
L’image est insoutenable et le lecteur a envie de détourner le regard pour ne pas voir cet œil unique si humain avec sa frange de cils et ce rat qui semble bondir au début du second vers. Le corps dont nulle main amicale n’a fermé les yeux a été jeté là, livré aux prédateurs. Charlotte Delbo nous met au défi de voir ce qu’elle a vu, d’affronter ce spectacle, de regarder cette absence de regard : « Essayez de regarder. Essayez, pour voir. » Regarder, ne pas regarder, ce thème revient comme un leitmotiv dans bien des textes. « “Regardez. Regardez” […] “Regardez, vous avez vu, dans la cour”, […] “Ne regardez pas. Pourquoi regardez-vous ?” », disent les détenues65. La formule enfantine qu’emploie ici Charlotte Delbo, « essaie, pour voir… », est en même temps un jeu sur les mots : pour voir il faut accepter de regarder de même que pour entendre il faut accepter d’écouter.
C’est bien pour que la vérité se sache que nous voulons rentrer. Nous aurons eu la force de la vivre, pourquoi les autres n’auraient-ils pas la force de l’entendre ?
demande Reine dans Qui rapportera ces paroles ?66. Charlotte Delbo ne nous épargne pas, elle nous confronte à une réalité charnelle faite de pus, de sang, de diarrhée – à ce que Germaine Tillion appelle « la crudité du réel ». Elle ne cherche pas à atténuer l’horreur sans toutefois s’y complaire. Quand elle peut enfin se laver dans le ruisseau, elle porte sur son corps un regard étrangement distancié et exhibe sans fausse pudeur les pieds violets et noirs, les ongles qui sont restés collés aux bas (« Voir ses ongles de pieds incrustés dans ses bas, je vous assure que c’est étonnant »), la culotte « empesée par la diarrhée séchée », les poils du pubis « tout collés par la diarrhée »… De ces textes on peut dire qu’ils sont beaux, mais « il ne s’agit pas d’une beauté, d’une poésie qui tempère le cauchemar. Non ; cette poésie nous fait toucher la vérité67 ».
Le refus du pathos
Chacune de ces deux œuvres se caractérise par le recours à des styles très différents, comme si tous les moyens étaient bons pour lutter contre l’ignorance, la mauvaise foi et le mensonge. Elles ont en commun de ne pas se payer de mots et n’hésitent pas à pratiquer l’autodérision. Germaine Tillion semble posséder un humour à toute épreuve qui se manifeste dans ses lettres, ses entretiens, mais aussi dans ses travaux d’ethnologue et d’historienne. Elle n’avait certainement pas perdu cet humour à Ravensbrück lorsque, dissimulée dans un grand carton, elle rédigeait en quelques jours une « opérette-revue » intitulée le Verfügbar aux enfers68. C’est une œuvre exceptionnelle, non seulement parce qu’elle a été écrite à l’intérieur du camp mais parce qu’elle est drôle et grave, dans un mélange étonnant d’humour noir et de compassion. Les personnages chantent et dansent sur les musiques les plus disparates, de Au clair de la lune à la Danse macabre de Saint-Saëns, de chansons scoutes à une mélodie de Duparc. Que dire d’une opérette où les prisonnières d’un camp de concentration dansent le « french cancan » en chantant « Et l’on s’en fout d’attraper des torgnoles… » sur l’air de Et l’on s’en fout d’attraper la vérole ? Le spectacle n’a pas été représenté à l’intérieur du camp mais chacune aimait, selon les témoignages, en réciter ou fredonner tel ou tel passage. Germaine Tillion ose en introduire des extraits dans son troisième Ravensbrück, le présentant non seulement comme un document mais comme une autre approche de la vérité, un point de vue sur l’univers concentrationnaire. « Voici ce qu’en disait en octobre 1944 le Verfügbar aux enfers69 », annonce-t-elle à la suite d’une étude rigoureuse de la mortalité et des différents types d’extermination dans les camps ; et elle cite un long passage de son opérette où « le Naturaliste », caricature poussiéreuse d’homme de science, calcule l’espérance de vie d’un « Verfügbar idéal, prudent, raisonnable, qui n’a jamais la colique… », un « Verfügbar abstrait en quelque sorte », sous les quolibets du chœur bien concret des détenues :
Fous-nous la paix avec tes conférences… Si c’est pour nous raconter ça, tu pouvais rester chez toi, on le sait mieux que toi…
En mêlant ces textes à ses analyses d’historienne, Germaine Tillion désacralise la science mais aussi la souffrance et la mort ; elle ne cherche évidemment pas à les minimiser, mais à éviter l’emphase ou le « pathos » que redoute aussi Charlotte Delbo. Pour cette dernière, la poésie ne doit pas masquer le caractère sordide de la réalité, mais le donner à voir de la manière la plus véridique :
Nues sur les gravats du revir, nos camarades presque toutes ont dit :
« Cette fois-ci je vais claboter70. »
Et elle ajoute avec une ironie teintée de tendresse, de ce ton gouailleur qui était le sien quand elle parlait :
Elles ne savaient pas que c’était leur compliquer la tâche, à celles qui survivraient, qui devraient rapporter aux parents les dernières paroles. Les parents attendent le solennel. Impossible de les décevoir. Le trivial est indigne au florilège des mots ultimes.
Germaine Tillion, quant à elle, risque des plaisanteries d’un goût douteux sur les sujets les plus douloureux :
Nenette : Ça m’est égal… J’irai dans un camp modèle, avec tout le confort, eau, gaz, électricité.
Le chœur : Gaz surtout…
Certains textes de Charlotte Delbo sont discrètement impertinents. Le long passage du Convoi du 24 janvier consacré à Danielle Casanova72 n’est à première vue qu’un des nombreux hommages rendus à cette célèbre résistante communiste. Dès l’arrivée du convoi à Birkenau, celle-ci s’était trouvée sans l’avoir voulu, parce qu’elle était chirurgien-dentiste, dans une situation privilégiée. Elle était cependant restée proche de ses camarades et avait mis à profit sa position pour les aider, comme beaucoup de témoignages l’ont souligné. Charlotte Delbo en fait respectueusement état, mais elle insiste étrangement sur ces privilèges dont jouissait Danielle Casanova, draps propres, couvertures, vêtements confortables et même lingerie raffinée (« des bas de soie »), remarquant au passage que toutes ces choses provenaient du « Canada73 ». Contre toute attente, au grand désespoir de ses camarades, Danielle Casanova est morte du typhus le 9 mai 1943. Charlotte Delbo, qui lui avait rendu visite, décrit avec une extrême attention aux détails la chambre un peu trop belle « où il y avait des draps blancs, une descente de lit, des pantoufles, des couvertures piquées brillantes, du thé avec du citron ». Elle introduit une note discordante dans cette harmonie en racontant qu’elle a eu envie de voler ces rondelles de citron qui la fascinaient, elle qui rêvait la nuit d’un quartier d’orange, « une orange un peu acide et merveilleusement fraîche74 ». « Je ne l’ai pas fait. Je ne sais pas ce qui m’a retenue », dit-elle. Il n’est pas sûr que ce soit le respect. Une mort aussi « propre » que celle de Danielle Casanova était un grand privilège à Auschwitz. Porté par ses camarades, le corps de Danielle Casanova avait été respectueusement déposé près du block 25, la morgue où étaient jetés les autres. Avec sa chemise de nuit blanche, ses cheveux encadrant son visage, elle était belle, dit Charlotte Delbo, « le seul beau cadavre qu’on ait vu à Birkenau ». On pense aux « mannequins » de Aucun de nous ne reviendra :
Nus. Rangés les uns contre les autres. Blancs, d’un blanc qui fait bleuté sur la neige. Les têtes sont rasées, les poils du pubis droits, raides. Les cadavres sont gelés. Blancs avec des ongles marron. Les orteils dressés sont ridicules, à vrai dire. D’un ridicule terrible75.
Il y a plus de tendresse dans la cruauté de ces images que dans le récit édifiant de la mort de Danielle Casanova. Charlotte Delbo raconte qu’une main amicale avait placé dans un verre, à la tête de son lit, une grappe de lilas. Germaine Tillion, qui a commenté ce texte, en a saisi toute l’ironie amère :
Car, ce 9 mai-là, dit-elle, il y avait quelque part à Auschwitz un lilas en fleurs, et quelqu’un du kommando des jardins en avait cueilli pour elle une branchette – mais les quatre chambres à gaz n’en fonctionnaient pas moins, ce même jour, à quelques pas76.
Face à la guerre d’Algérie
Ainsi, les textes de Charlotte Delbo et Germaine Tillion s’entrecroisent, se rejoignent ou s’éclairent réciproquement. L’écriture est un combat au service du vrai et du juste pour Germaine Tillion, de la vérité et de la liberté pour Charlotte Delbo. Les crimes et les abus de pouvoir doivent être dénoncés, qu’ils soient passés ou présents, car elles ne croient ni l’une ni l’autre au caractère « incomparable » de l’expérience concentrationnaire. Au contraire, la mémoire est inséparable d’une extrême sensibilité à la souffrance des autres et d’un sentiment viscéral de responsabilité face aux injustices. En 1948, lorsque Charlotte Delbo, à Nauplie, voit passer une colonne de partisans que leurs gardiens conduisent au camp de concentration de Macronissos, elle tente de leur faire comprendre qu’elle est des leurs, qu’elle sait, mais elle ne parvient pas à rencontrer leur regard :
J’étais là, stupide, comme les passants qui nous ont vues partir de Compiègne, ce dimanche-là, le 24 janvier 1943, et qui détournaient la tête. […] Je tremblais de désespoir comme on tremble de froid77.
En juillet 1957, Germaine Tillion apprend que trois exécutions de « terroristes » vont avoir lieu à Alger et c’est pour elle un « choc violent » : immédiatement surgit du passé le souvenir d’autres exécutions, celles de ses dix camarades du réseau du Musée de l’Homme dont elle avait vainement tenté d’obtenir la grâce. Elle ressent à ce moment le même « désespoir farouche et haineux » qu’alors78.
Toutes deux se sentent particulièrement concernées par la guerre d’Algérie car, même si leurs positions politiques diffèrent, elles ne veulent pas être de ceux qui « détournent la tête ». Ni l’une ni l’autre ne considère que l’histoire se répète et n’assimile les crimes commis par des Français à ceux des nazis :
on ne peut pas, on ne doit pas [dit Germaine Tillion en 1990] confondre des atrocités commises dans la panique du danger immédiat avec les exterminations planifiées du nazisme, civilisation criminelle dans son essence, dans son idéal.
Elle affirme néanmoins que dans les camps et les prisons algériens qu’elle a visités en 1957, il y avait « des pratiques qui furent celles du nazisme79 ». Si le « système » n’est pas le même, les mécanismes psychologiques et sociologiques sont comparables. Et il est profondément insupportable que les coupables soient des compatriotes : « Des hommes ont fait de ma langue le langage de tortionnaires », écrit Charlotte Delbo80. Certains de ses textes mêlent le passé et le présent comme si le second faisait écho au premier. « Marseillaise cou coupé », consacré à l’exécution de quatre résistants durant l’été 1942, se termine par la citation d’un article de L’Express du 4 août 1960 où il est dit qu’un « patriote algérien » a eu la tête tranchée, « accompagné jusqu’à l’échafaud par le chant de tous ses camarades81 ». Au risque de choquer, Germaine Tillion place en annexe à son deuxième Ravensbrück le témoignage d’une femme torturée à la « villa Sésini ». Comble de l’ironie, Nelly F. raconte que le seul homme traitant les prisonnières avec politesse et même « délicatesse » était un infirmier allemand, ancien SS82. Germaine Tillion se contente de remarquer dans l’introduction :
Peut-être que d’autres que moi penseront aussi que cette juxtaposition ici a sa place83.
On oublie trop souvent que le premier livre publié par Charlotte Delbo, les Belles Lettres, était consacré à la guerre d’Algérie. Elle y a rassemblé des lettres publiées au cours de l’année 1960, notamment dans Le Monde, L’Express, France-Observateur, les accompagnant simplement de quelques commentaires personnels. Ce sont souvent des « lettres ouvertes » écrites par des personnalités connues, mais aussi des témoignages d’inconnus, français ou algériens. L’ouvrage, paru en 1961 dans la collection « Documents » des Éditions de Minuit84 semble effectivement n’avoir qu’un intérêt documentaire. Il peut même sembler étrange de reproduire des textes déjà publiés, mais le jeu de mots du titre éclaire peut-être la démarche. L’expression choisie est évidemment ironique car rien ne correspond ici à l’idée qu’on se fait généralement des « Belles Lettres ». Charlotte Delbo remarque d’ailleurs que l’art épistolaire traditionnel est en voie d’extinction. Mais elle suggère qu’un art nouveau voit le jour sous la forme de ces lettres que des gens écrivent quand ils sont privés d’autres moyens d’action. Ainsi renaît un débat public disparu de la vie politique. Le titre évoque par antiphrase une littérature qui ne serait pas un jeu formel et gratuit :
Ceci n’est pas une querelle d’intellectuels et de ministres. Car c’est de la liberté qu’il s’agit85.
Il s’agit aussi de vérité : en donnant une seconde vie à ces textes, Charlotte Delbo veut rendre sa dignité à une langue qui a été bafouée par les euphémismes, les dénis et les mensonges les plus éhontés. Les lettres citées ne concernent pas seulement l’actualité de l’année 1960, elles débattent de choses « inactuelles », comme la responsabilité individuelle, la trahison, le droit ou le devoir de désobéir. « Pourquoi écrit-on des lettres ? se demande Charlotte Delbo en introduction. Parce qu’on éclate d’indignation86. »
Germaine Tillion elle aussi éclate d’indignation quand il est question de la guerre d’Algérie. Elle se sent particulièrement liée à ce pays qu’elle a appris à connaître et à aimer en tant qu’ethnologue. C’est pourquoi, à partir du soulèvement de novembre 1954, elle accepte plusieurs missions qui interrompent pour longtemps son travail d’historienne de la déportation. Confrontée à cette guerre qu’elle considère comme fratricide, elle est déchirée entre le patriotisme qui l’a toujours animée et son amitié pour le peuple algérien. Il est terrible qu’au nom de son pays on torture, on interne et on guillotine des innocents mais elle ne veut ni rompre avec la justice pour l’amour de la France ni rompre avec la France par amour de la justice87. Elle s’engage de plus en plus dans la dénonciation des crimes : ainsi participe-t-elle, avec Pierre Vidal-Naquet, aux activités du Comité Maurice Audin et à celles du groupe Vérité-Liberté dont certains bulletins sont reproduits dans les Belles Lettres. Si elle refuse de passer dans l’autre camp, celui du soutien au Fln, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider les accusés du procès Jeanson et les signataires du Manifeste des 121. Elle veut surtout, avec son acharnement habituel, « défendre le sang innocent », français ou algérien, en cherchant par tous les moyens à mettre fin aux exécutions et aux attentats. Au cours de cette période elle publie aux Éditions de Minuit deux livres, l’Algérie en 1957 où elle décrit les mécanismes de la grande pauvreté et, en 1960, les Ennemis complémentaires où elle dénonce « le terrorisme, la torture et la façon dont ils s’enchaînent88 ». Tous les textes qu’elle a écrits au cours des huit années de cette guerre qui ne voulait pas dire son nom sont hantés par les souvenirs de ce qu’elle a vécu entre 1940 et 1945. Elle lit sur les visages « l’indignation, le chagrin et la rage » qui ne l’ont jamais quittée :
En présence d’une population que je connais bien, il m’était impossible de ne pas reconnaître les sentiments que j’ai moi-même éprouvés, quitte à souffrir doublement de cette transposition89.
Le 4 juillet 1957, elle accepte une rencontre secrète avec ceux qui étaient considérés comme les pires terroristes, Yacef Saadi et ses compagnons ; elle leur parle de l’Algérie, mais aussi, longuement, de son expérience de la résistance, des trahisons, des morts, des camps et ces jeunes combattants l’écoutent respectueusement, une mitraillette sur les genoux. Son récit est un incroyable mélange d’horreur et de tendresse, de drôlerie et de gravité, d’intelligence et d’émotion. Avant de partir, elle attrape le dangereux « Ali-la-Pointe » par le col de sa chemise et le secoue comme un enfant en lui demandant s’il a bien compris. Elle n’hésite pas à traiter ces hommes d’assassins mais avoue éprouver pour eux une compassion fraternelle90.
La guerre, la résistance et la déportation constituent aussi la toile de fond historique de nombreuses lettres citées par Charlotte Delbo. Paul Teitgen, ancien résistant déporté, secrétaire général à la préfecture d’Alger entre 1956 et 1957, explique qu’il a démissionné après avoir reconnu sur certains prisonniers des « centres d’hébergement » les traces des sévices et des tortures qu’il avait lui-même subis dans les caves de la Gestapo. Dans une lettre ouverte à Sartre, Francis Jeanson, évoquant les camps d’internement où sont concentrés près de deux millions d’Algériens, demande :
Faut-il que nous nous consolions en retenant le fait qu’il n’y a, dans ces camps, ni chambres à gaz ni fours crématoires ?
Graham Greene interpelle violemment André Malraux :
Nous ne pouvons croire que les victimes des tortures aient reçu un enseignement de leurs tortionnaires et que le nom de Mauthausen ne soit plus synonyme d’honneur pour les Français et de honte pour les Allemands.
Et Jean Lemeur, jeune sous-lieutenant qui a refusé de continuer à servir, explique :
Je ferais sans déplaisir la guerre contre les nazis. Mais avec eux, non.
Les deux dernières des « belles lettres » font tristement écho à ce que Charlotte Delbo a vécu en 1942. « C’est aujourd’hui que ça fait deux ans qu’ils sont venus te chercher, écrit Yamina à son mari. Et ça fait deux ans que je suis comme morte. » « Je serai mort sous peu car l’indépendance n’est pas gratuite […] Tu peux être fière de moi… », écrit Bousetta Hamou à sa femme.
Le 12 novembre 1949, David Rousset publiait dans Le Figaro littéraire un « appel à tous les anciens déportés des camps nazis et à leurs organisations » pour leur proposer de constituer une commission d’enquête sur l’existence de camps en Urss :
Les autres, disait-il, ceux qui ne furent jamais concentrationnaires, peuvent plaider la pauvreté de l’imagination, l’incompétence. Nous sommes, nous, des professionnels, des spécialistes. C’est le prix que nous avons à payer pour le surplus de vie qui nous a été accordé91.
Germaine Tillion répondit immédiatement à cet appel et sa participation à la « Commission d’enquête internationale contre le régime concentrationnaire » l’amena par la suite à enquêter sur les conditions de détention dans bien d’autres pays, Grèce, Espagne ou Chine. Tout au long de sa vie Charlotte Delbo a dénoncé, témoigné, se voulant porte-parole des opprimés et écrivant plusieurs pièces de théâtre « à chaud », dans l’urgence, en réaction aux crimes qui se commettaient en Tchécoslovaquie, en Espagne, au Chili… Dans la Mémoire et les jours, recueil de ses derniers écrits, se mêlent aux souvenirs des rescapées d’Auschwitz une évocation des « folles de mai » ou l’histoire des « mille Antigone » de Kalavrita. Elle pour qui cette vérité avait sans doute été si difficile à admettre consacre un texte aux « morts-vivants de la Kolyma » ; elle s’adresse à celles qui ont partagé ses souffrances et ses espoirs déçus :
Camarades, ô mes camarades, nous qui avons juré de ne pas oublier nos morts, que pouvons-nous pour ces oubliés-là ? Il y en a qui sont encore vivants. Il y en a qui espèrent encore92.
À Ravensbrück, Germaine Tillion avait appris dès 1944 la réalité des camps soviétiques par les récits de Margarete Buber-Neuman. En 1948, malgré leurs dissensions, elle écrivait avec affection à sa « vieille camarade de camp » Hilda, devenue députée communiste en Tchécoslovaquie, et lui disait ce qui sonne comme une profession de foi :
Je ne peux pas ne pas penser que les Patries, les Partis, les causes sacrées ne sont pas éternelles. Ce qui est éternel (ou presque éternel), c’est la pauvre chair souffrante de l’humanité93.
- *.
Professeur de philosophie, auteur de Freud médecin, Arles, Actes Sud/Inserm, 1992 et de Primo Levi. Le parti pris de la clarté, Paris, Belin, 1997.
- 1.
Germaine Tillion, Ravensbrück, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1988, p. 290.
- 2.
Charlotte Delbo, Une connaissance inutile, Paris, Minuit, 1970, p. 126.
- 3.
G. Tillion, Fragments de vie, Paris, Le Seuil, 2009, p. 152-159.
- 4.
Id., la Traversée du mal, Paris, Arléa, 2000.
- 5.
François Bott, « Entretien avec Charlotte Delbo », dans Témoigner entre histoire et mémoire, Paris, Éditions Kimé, octobre-décembre 2009, n° 105, p. 43.
- 6.
Ch. Delbo, « Entretien avec Claude Prévost », Nouvelle Critique, juin 1965, n° 167, p. 41.
- 7.
Les prisonnières de Birkenau étaient majoritairement juives.
- 8.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 153.
- 9.
Ch. Delbo, la Mémoire et les jours, Paris, Berg international, 1985, p. 12.
- 10.
Id., Aucun de nous ne reviendra, Paris, Minuit, 1970, p. 9-19. Voir le très beau texte d’Alain Parrau, « Défendre les morts », dans Annette Wieviorka et Claude Mouchard (sous la dir. de), la Shoah, témoignages, savoirs, œuvres, Orléans, Cercil/Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, p. 261-268.
- 11.
Ch. Delbo, le Convoi du 24 janvier, Paris, Minuit, 1965, p. 16.
- 12.
Id., Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 26.
- 13.
Fr. Bott, « Entretien avec Charlotte Delbo », art. cité, p. 46.
- 14.
Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 39.
- 15.
Id., le Convoi du 24 janvier, op. cit., p. 20.
- 16.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 291.
- 17.
Ibid., p. 286
- 18.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, Paris, Le Seuil, 2007, p. 40.
- 19.
Ch. Delbo, Qui rapportera ces paroles ?, Forcalquier, HB Éditions, 2001, p. 58.
- 20.
Luba Jurgenson « L’identité narrative chez Charlotte Delbo, un modèle choral », dans la revue Témoigner entre histoire et mémoire, op. cit., p. 65.
- 21.
Ce terme désignait des détenues parlant allemand, employées comme secrétaires dans l’administration du camp.
- 22.
L’Express, 11-17 mai 1970.
- 23.
Ch. Delbo, Une connaissance inutile, op. cit., p. 37.
- 24.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 196.
- 25.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 218.
- 26.
Id., Fragments de vie, op. cit., p. 245.
- 27.
C’est ainsi que dans sa thèse publiée en 1968, Olga Wormser-Migot contestait l’existence de la chambre à gaz de Ravensbrück. Germaine Tillion réfute ses thèses dans son second Ravensbrück.
- 28.
Ch. Delbo, Une connaissance inutile, op. cit., p. 185.
- 29.
Radioscopie, France Inter, 2 avril 1974, archives Ina.
- 30.
Pierre Vidal-Naquet, « Un Eichmann de papier », Esprit, septembre 1980.
- 31.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 186.
- 32.
Ch. Delbo, Une connaissance inutile, op. cit., p. 50.
- 33.
Id., le Convoi du 24 janvier, op. cit., p. 22.
- 34.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 299.
- 35.
Ruth Klüger, Refus de témoigner, Paris, éditions Viviane Hamy, 1997, p. 104.
- 36.
Ch. Delbo, le Convoi du 24 janvier, op. cit., p. 290.
- 37.
Ibid., p. 15.
- 38.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 47.
- 39.
Ch. Delbo, Qui rapportera ces paroles ?, op. cit., p. 137.
- 40.
Ch. Delbo, Mesure de nos jours, Paris, Minuit, 1971, p. 78.
- 41.
Id., Une connaissance inutile, op. cit., p. 156. C’est moi qui souligne.
- 42.
Id., la Mémoire et les jours, op. cit., p. 11-14.
- 43.
Id., « Entretien avec Claude Prévost », art. cité.
- 44.
Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 40.
- 45.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 304.
- 46.
Ibid., p. 12. Au procès de Hambourg furent jugés les principaux criminels de Ravensbrück, sous contrôle britannique.
- 47.
Ibid., p. 142.
- 48.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 176.
- 49.
Pierre Vidal-Naquet, « Sur trois Ravensbrück », dans Réflexions sur le génocide, Paris, La Découverte, 1995.
- 50.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 24.
- 51.
Id., Fragments de vie, op. cit., p. 49.
- 52.
Id., Ravensbrück, op. cit., p. 305.
- 53.
G. Tillion, Fragments de vie, op. cit., p. 44.
- 54.
Id., Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 178.
- 55.
Radioscopie, op. cit.
- 56.
Combat, 4 mars 1965.
- 57.
Ch. Delbo, « Entretien avec Claude Prévost », art. cité.
- 58.
« La soif », dans Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 114-123 et « Boire », dans id., Une connaissance inutile, op. cit., p. 42-49.
- 59.
Fr. Bott, « Entretien avec Charlotte Delbo », op. cit.
- 60.
Ch. Delbo, Une connaissance inutile, op. cit., p. 89.
- 61.
Ch. Delbo, Une connaissance inutile, op. cit., p. 8.
- 62.
Id., la Mémoire et les jours, op. cit., p. 93.
- 63.
Ibid., p. 8.
- 64.
Id., Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 137.
- 65.
Ibid., p. 28-33.
- 66.
Ch. Delbo, Qui rapportera ces paroles ?, op. cit., p. 79.
- 67.
Fr. Bott, « Une connaissance inutile de Charlotte Delbo », Le Monde, 25 avril 1970.
- 68.
G. Tillion, le Verfügbar aux enfers, Paris, La Martinière, 2005.
- 69.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 192.
- 70.
Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 172.
- 71.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 249.
- 72.
Ch. Delbo, le Convoi du 24 janvier, op. cit., p. 60-63.
- 73.
Les détenus nommaient ainsi l’entrepôt où étaient rassemblés tous les biens qui avaient été arrachés aux Juifs à leur arrivée à Birkenau et faisaient l’objet d’un intense trafic dans le camp.
- 74.
Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 123.
- 75.
Ch. Delbo, Aucun de nous ne reviendra, op. cit., p. 29.
- 76.
G. Tillion, Ravensbrück, op. cit., p. 187.
- 77.
Ch. Delbo, la Mémoire et les jours, op. cit., p. 87.
- 78.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 675.
- 79.
Id., la Traversée du mal, op. cit., p. 6.
- 80.
Ch. Delbo, la Mémoire et les jours, op. cit., p. 133.
- 81.
Id., Une connaissance inutile, op. cit., p. 32
- 82.
G. Tillion, Ravensbrück, Paris, Le Seuil, 1973, p. 267.
- 83.
Ibid., p. 12.
- 84.
Dans la même collection avaient été publiés la Question d’Henri Alleg, l’Affaire Audin de Pierre Vidal-Naquet, l’Algérie en 1957 et les Ennemis complémentaires de Germaine Tillion.
- 85.
Ch. Delbo, les Belles Lettres, Paris, Minuit, 1961, p. 148.
- 86.
Ibid., p. 9.
- 87.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 195.
- 88.
G. Tillion, Ravensbrück, 1988, op. cit., p. 18.
- 89.
Id., Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 568.
- 90.
« Témoignage remis à la justice militaire française », dans G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 710-722.
- 91.
David Rousset, Pour la vérité sur les camps concentrationnaires, Paris, Éditions du Pavois, 1951, p. 9.
- 92.
Ch. Delbo, la Mémoire et les jours, op. cit., p. 138.
- 93.
G. Tillion, Combats de guerre et de paix, op. cit., p. 210.