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Pierre Mauroy, une synthèse sans héritage ?

juillet 2013

#Divers

Les hommages à Pierre Mauroy, disparu le 7 juin 2013, ont été nombreux, au-delà même de la classe politique. Un hommage national lui a été rendu par le président de la République, qui a souligné son parcours personnel depuis le pays minier où il est né jusqu’aux très hautes fonctions qu’il a occupées. Il a aussi évoqué – avec sans doute un écho personnel – le réformisme social qui avait inspiré ses choix et le courage qu’il avait montré dans des moments difficiles, quand la construction européenne était en cause ou que la rigueur s’imposait. Les socialistes, pour leur part, ont voulu rendre hommage à celui qui avait été le premier « Premier ministre » de François Mitterrand en 1981 avec les mesures emblématiques de la gauche, mais qui avait été aussi un militant exemplaire de la base au sommet, à la mairie de Lille comme à la tête de l’Internationale socialiste. Dans le flot des discours, parfaitement justifiés et aussi chaleureux que pouvait l’être Pierre Mauroy, on a quelque peu négligé le rôle essentiel qu’il a joué dans l’avènement d’un nouveau socialisme.

Dirigeant des Jeunesses socialistes, il n’a pas suivi les étudiants qui rejoignaient avec Michel Rocard le Parti socialiste autonome, puis le Psu, mais a toujours su garder une position d’ouverture, appuyée sur les bataillons du Nord, pour redonner du sens au parti socialiste. Favorisant la désignation de François Mitterrand comme premier secrétaire en 1971 au congrès d’Épinay, il a conservé son autonomie et encouragé le processus qui a mené aux Assises du socialisme en octobre 1974. En permettant, malgré les réticences d’autres responsables (de Jean Poperen à Jean-Pierre Chevènement en passant par nombre de « conventionnels »), d’ouvrir le parti aux militants du Psu, de la Cfdt et des clubs de la nouvelle gauche, il assurait la jonction entre l’héritage de Jean Jaurès et Léon Blum et les idées que l’on appelait alors « autogestionnaires », soutenues notamment par nombre de militants chrétiens. Il n’a pas fait de la laïcité une idée fermée sur elle-même, mais une valeur essentielle à un humanisme partagé. Pour lui, le mouvement ouvrier n’était pas qu’un mot, c’était une réalité qu’il côtoyait et respectait. Il sentait bien qu’il fallait l’inscrire dans une société en mouvement, où le pouvoir ne se confondait pas entièrement avec l’État, mais devait se diffuser dans la société elle-même.

Son intelligence politique ne s’exprimait pas en termes intellectuels, mais il savait l’importance du travail intellectuel : il l’a montré en créant la fondation Jean-Jaurès, qu’il a présidée jusqu’à ses derniers jours. En 1979, après la défaite des législatives, il a voulu donner ses chances à un renouveau socialiste qui ne se résumait pas dans la seule référence à l’union de la gauche. Le congrès de Metz, qui s’est tenu la même année, n’a pas permis de trouver une nouvelle majorité, mais a donné une impulsion qui a contribué à la victoire de François Mitterrand en 1981. Il était légitime qu’il devienne son Premier ministre. Par la suite, Pierre Mauroy sera le recours indispensable à l’unité des socialistes, malmenée lors du calamiteux congrès de Rennes, en 1990. Après le désastre de 1993, il restera, pour les socialistes, à la fois le porteur de l’héritage social-démocrate dans ses traditions ouvrières et un garant de l’ouverture aux idées nouvelles, en relation avec les mutations d’une société bousculée par la mondialisation et les nouvelles technologies. Il fera de Lille une ville moderne dans une intercommunalité dynamique, au cœur d’une Europe qui peine à se construire, mais reste l’horizon indispensable d’un socialisme dans la liberté et la justice sociale. Réunir ainsi le local et le global dans une même conviction, c’est une performance dont peu d’hommes politiques ont été capables. C’est aussi un message que nous laisse Pierre Mauroy pour donner du sens au combat qu’il faut mener plus que jamais aujourd’hui, en France et en Europe, pour le socialisme dans la démocratie.