Les maras : quand le crime se diffuse pour survivre


Qui sont ces jeunes enrôlés dans les gangs violents d’Amérique centrale ? La montée en puissance de ces groupes liés aux trafics montre l’installation inquiétante d’une culture de la drogue et de la violence dans les sociétés sud-américaines. Comment imaginer une sortie de la spirale pour les jeunes impliqués dans les trafics, alors que les prisons sont elles-mêmes des lieux de renforcement de l’emprise des gangs sur les jeunes ?

Organisations criminelles initialement confinées à un quartier, limitées à quelques villes, les maras ont, en quelques décennies, tissé des réseaux tentaculaires inscrits dans les flux globalisés des migrations, des trafics de drogue et d’armes ; elles sèment désormais la terreur sur l’ensemble du continent américain.

Christian Poveda, auteur d’un documentaire, la Vida loca, sur les maras au Salvador, a été assassiné le 2 août 2009, à l’âge de 54 ans, quelques semaines avant que son film ne soit diffusé en France. Certains de ses proches ont pu émettre l’hypothèse qu’il avait été abattu par ceux-là mêmes qu’il avait filmés1. A-t-il payé de sa vie ce reportage si sensible, parce qu’il a su restituer de façon si pénétrante l’humanité qui émane des membres du gang, malgré leurs exactions, malgré l’horreur de certaines séquences ? Auraient-ils craint pour leur réputation ? Le cinéaste nous convie à ne pas oublier que les membres des maras, les mareros, sont des jeunes désocialisés et précipités dans un monde de violence avant d’être ces criminels aux méthodes définitives, extrêmes. Si le marero échappe aux balles de la police, des milices ou de l’armée, un autre marero – du fait de la lutte absolue que se livrent les bandes rivales – trouvera sa légitimité en l’abattant2. Une violence aussi insensée qu’inéluctable, une vie folle dont Christian Poveda, malgré tout son talent et la force de son témoignage, n’a pu infléchir l’orientation, ne serait-ce qu’un instant3.

La M18 et la MS13

De la Californie à l’Amérique centrale, deux grandes maras dominent et s’affrontent : la M18 et la MS13. Le terme mara provient de marabunta, nom d’une fourmi vorace, d’origine amazonienne, bien connue pour agir en communautés de plusieurs milliers d’individus qui détruisent sur leur passage toute vie animale et végétale. Le S de MS13 vient de Salvatrucha, néologisme forgé à partir du nom « Salvador » et de « trucha » (la truite). Les chiffres sont ceux des trottoirs de la 18e et de la 13e rue de Los Angeles où sont nés ces gangs.

Les gangs latinos se sont formés dans les barrios et les prisons, pour combattre les gangs noirs-américains. Ils ont proliféré à la faveur des migrations occasionnées par les guerres civiles et les crises économiques4. À partir des années 1990, les États-Unis ont procédé à des expulsions massives d’immigrés. « Originaires » d’Amérique centrale où les guerres s’étaient éteintes les unes après les autres, des milliers de jeunes délinquants ont été renvoyés dans « leur » pays d’origine. Forts de leur aura californienne, ces jeunes ont radicalisé l’orientation criminelle des bandes locales préexistantes, les pandillas, séduisant les laissés-pour-compte des accords de paix, guérilleros en errance, orphelins de la guerre. La plupart d’entre eux ne connaissent pas leur pays d’origine, n’y ont aucun contact, aucune véritable racine, aucune attache5.

Au Salvador, certains rejoignent la guérilla marxiste du Front Farabundo Marti de libération nationale (Fmln), d’autres les escadrons de la mort d’extrême droite. À la fin du conflit, en 1992, une grande partie d’entre eux s’exilent dans d’autres pays d’Amérique centrale ou retournent clandestinement aux États-Unis. Ces « anciens combattants », forts de leur expérience de la guérilla, formeront l’armature primitive des principales bandes qui se déploient par la suite sur tout le continent6. De nombreuses nouvelles recrues proviennent quant à elles du sous-prolétariat urbain et des campagnes miséreuses de pays ravagés par les guerres.

Les maras ne sont pas de simples groupes de jeunes criminels commettant les pires exactions, mais des organisations soudées par la haine et la violence à l’égard de l’autre mara7. Car M18 et MS13 se livrent une guerre sans merci, un conflit meurtrier qui peut paraître d’autant plus irrationnel qu’il est dégagé de tout argument racial, religieux, politique ou idéologique. « Aucun différend idéologique ou religieux n’explique cette lutte à mort dont l’origine, perdue dans les bas-fonds des barrios hispaniques de Los Angeles, est oubliée de tous », écrit Christian Poveda dans le dossier de presse de son film.

Grosses de plusieurs dizaines de milliers de membres (les chiffres ne cessent d’augmenter et certains parlent actuellement de plusieurs centaines de milliers), les maras se sont développées sur le terreau de sociétés décomposées, de familles désintégrées par la guerre, les déplacements, les violences domestiques et les maltraitances infantiles. Les jeunes défavorisés ont entre 12 et 25 ans, parfois moins, démunis, sans révolte, à la dérive et en proie au désarroi8. Ils trouvent dans cet engagement, avec une nouvelle famille de frères d’armes, la seule manière de s’en sortir matériellement. Bien que majoritairement composées de garçons, les maras se caractérisent également par un pourcentage important de jeunes femmes (40 %), à la différence des cartels de la drogue et autres groupes mafieux plus classiques. Au sein des maras, « les femmes sont des mareros presque comme les autres, donnant la vie, en même temps que la mort », comme le film de Christian Poveda l’illustre tragiquement9. Les mareros vivent en communauté, partagent un logement, se distribuent les tâches. Le reporter-photographe montre les murs tapissés de peluches, alors que dans les recoins et les greniers sont dissimulés des chargeurs…

Les recrues sont soumises à un rite d’initiation d’une violence inouïe : passage à tabac, vols et autres délits mineurs, puis participation à des viols collectifs, enlèvements et, in fine, meurtres. Les jeunes filles subissent le plus souvent un viol collectif. Les membres sont liés à la vie et à la mort par un pacte de sang. Une des caractéristiques des mareros est en effet de porter des tatouages sur tout le corps, notamment le visage. Inscriptions corporelles indélébiles de l’appartenance à tel ou tel groupe, les tatouages lient l’individu au corps collectif10. Code signalétique garant de notoriété, ils signifient, par-delà la vaillance, que l’entrée dans la mara est sans retour. Associés à un argot spécifique, à l’attribution d’un nouveau nom et des codes lexicaux et corporels propres à chaque organisation, les marquages corporels permettent d’identifier l’affilié d’une mara où qu’il soit. Ils sont également une manière de défier les mareros de la bande rivale, ainsi que les représentants de l’ordre. Tous ces signes identitaires sont reproduits à loisir par des tags sur les murs de la ville pour marquer le territoire. Les mareros exhibent sur leur corps les emblèmes de la terreur et de l’horreur qu’ils inspirent.

À la différence des pandillas traditionnelles, dont les adeptes sévissent dans leur quartier, les membres des maras sont le plus souvent complètement coupés de la société, du monde du travail et de leur famille. De fait, les maras ont rapidement supplanté les pandillas locales. Et si celles-ci revendiquent ouvertement leurs liens avec l’une des deux maras (M18 ou MS13), et que les bandes de différents quartiers affiliées à la même mara peuvent se liguer pour se battre contre la mara adverse, aucune ne semble dotée de véritables structures fédérales11.

Implantation et extension

Produit de la mondialisation, les maras se sont développées dans un contexte d’insécurité et de violence générale qui ne cesse de s’accroître. Avec un taux de 30 homicides pour 100 000 habitants, l’Amérique latine12 est l’une des régions les plus violentes du monde : elle devance largement l’Afrique et le Moyen-Orient, qui affichent des taux inférieurs à 10/100 000.

Selon le Fbi, 20 000 membres de la MS13 seraient implantés aux États-Unis. Mais la MS13 n’est que l’une des nombreuses bandes actives dans plusieurs villes de ce pays, et l’ensemble des effectifs serait beaucoup plus important, entre 50 000 et 70 000. Leur présence a été détectée dans une trentaine d’États. Aujourd’hui, ils s’infiltreraient particulièrement à Chicago. On dénombre également 4 000 mareros au Canada.

Au Honduras, leur nombre est estimé à 36 000, répartis en 112 groupes différents ; au Guatemala, c’est la M18 qui tient le haut du pavé. Elle compterait plus de 15 000 adeptes actifs répartis en 430 groupes. À San Salvador, la MS13 s’est installée durablement à partir de 1992, et la M18 à partir de 1996. Actuellement, il y aurait 7 000 membres de la MS13 et 4 000 de la M18, auxquels il convient d’ajouter plusieurs centaines de groupements indépendants, Mao Mao et Maquina. Les mareros sont également 4 500 au Nicaragua, 2 700 au Costa Rica, 1 400 au Panama et une centaine à Belize. C’est cependant dans les grandes métropoles du Brésil qu’ils seraient les plus nombreux et en lien avec la tristement célèbre mafia des prisons, Primeiro Comando da Capital (Pcc), responsable de plusieurs attentats et massacres et d’une véritable guérilla urbaine en 2006 à São Paulo13.

Rackets, enlèvements contre rançon et assassinats touchent surtout les quartiers populaires des villes centraméricaines, parfois les classes moyennes, rarement les plus aisées. Trafiquants et consommateurs de marijuana, de crack et de cocaïne, les mareros sont souvent les petites mains des cartels mexicains de la drogue. Les migrants qui empruntent les routes d’Amérique centrale et du Mexique pour gagner les États-Unis en sont les cibles particulièrement vulnérables. Ce sont aussi les routes que suivent les cartels liés au trafic de drogues et d’armes, à la traite d’êtres humains, à la prostitution infantile. Dans le sud du Mexique, les deux maras dominantes terrorisent l’axe ferroviaire qui relie la frontière entre le Chiapas et le Guatemala avec l’État de Veracruz. Voies de fait sur des émigrants, vols, viols, assassinats et rites sataniques sont fréquemment imputés à leurs membres. Mais tous ces maux ne sont pas imputables aux seules maras, car les mauvais traitements infligés aux émigrants sont aussi le fait d’autres délinquants : des représentants de l’Institut national des migrations et de la police judiciaire ont souvent été mis en cause14.

Depuis quelques années, « sophistication », « politisation », et « internationalisation » caractérisent les nouveaux modes opérationnels des maras qui en seraient, selon certains analystes, à leur troisième génération depuis leur implantation à la fin des années 1980. Elles utilisent largement les technologies nouvelles comme la téléphonie mobile et l’internet. Et si en référence à leur implantation originaire, elles peuvent continuer à blanchir l’argent en investissant dans des entreprises locales, elles n’hésitent pas, semble-t-il, à se déplacer, voire à s’expatrier quand le besoin s’en fait sentir, par exemple en collaborant activement avec les cartels colombiens et mexicains.

La répression étatique

Pour contrecarrer le développement de ces organisations criminelles, l’essentiel des réponses gouvernementales a résidé, jusqu’ici, dans des mesures répressives et purement policières. Les gouvernements ont donné une telle envergure à leurs actions que, durant la seule année 2005, deux sommets présidentiels en Amérique centrale ont été organisés ainsi que de nombreuses réunions entre des responsables de la police et des ministres de la Défense de plusieurs pays. Mais l’élaboration de démarches préventives n’était pas prévue au cours de ces deux conférences internationales, réservées aux seules questions sécuritaires.

Entre autres résolutions adoptées lors du XXVIe sommet du Système d’intégration de l’Amérique centrale (Sica), qui s’est déroulé fin juin 2005, les représentants de six pays (Honduras, Salvador, Guatemala, Nicaragua, Costa Rica et États-Unis) ont décidé de créer une force d’intervention rapide contre les narcotrafiquants, les bandes et le terrorisme, composée de militaires et de policiers de chaque pays. Ils ont également convenu d’établir une base de données à San Salvador sur les bandes actives dans la zone, un passeport unique et un mandat d’arrêt régional uniquement effectif, dans un premier temps, au Guatemala, au Salvador, au Honduras et au Nicaragua. Sur la base d’une proposition faite par la secrétaire d’État des États-Unis, Condoleezza Rice, à la XXVe assemblée de l’Organisation des États américains (Oea), le sommet s’engageait à créer au Salvador une antenne de l’Académie internationale de police, avec des conseillers venus des États-Unis15.

Le traitement sensationnaliste des activités meurtrières des maras, amplifié par certains médias, a permis aux gouvernements de justifier cette politique fondée sur la répression. De plus, en diverses occasions, les gouvernements du Salvador, du Honduras et des États-Unis ont tenté d’établir un rapport entre les maras les plus connues et le terrorisme international, qu’il s’agisse du réseau Al-Qaida ou de la guérilla colombienne16.

Aux États-Unis, l’après-11 septembre 2001 a vu se généraliser une politique et un discours visant à distiller la peur au sein de la population en liant tout acte de délinquance au terrorisme. Dans l’approche que la presse américaine adopte vis-à-vis des maras, l’idée de menace est omniprésente. Aucune analyse portant sur les facteurs de vulnérabilité ni sur les causes du phénomène n’est conduite, et les déclarations des mareros repentis sont utilisées pour corroborer le stéréotype du dangereux criminel. Les États-Unis ont souhaité faire des maras une cible spécifique de leur action dans la région. En mars 2005, le président George Bush a parlé d’une question de « sécurité nationale » et annoncé la constitution d’un fonds de 150 millions de dollars pour mettre sur pied une « force spéciale » destinée à combattre le crime organisé. L’action répressive menée par divers États d’Amérique centrale contre les maras correspond à une diplomatie d’allégeance afin d’obtenir des crédits pour leurs forces policières. Le ministre de la Sécurité du Honduras, Oscar Alvarez, a admis que son administration avait obtenu 2, 4 millions de dollars de Washington pour une aide policière. Le gouvernement guatémaltèque a reçu 3, 2 millions de dollars afin de combattre les maras et de renforcer la lutte contre les narco­trafiquants.

La première phase de ces mesures répressives a débuté au Salvador en juillet 2003, avec l’adoption de la politique dite de la mano dura (main dure), qui prévoyait l’emprisonnement immédiat de tout marero présumé sur la simple base de ses tatouages ou d’un comportement public susceptible d’indiquer son appartenance à une mara17. Ce délit était passible de peines allant de deux à cinq ans de prison, applicables à tout marero de 12 ans ou plus. C’est ainsi qu’entre juillet 2003 et août 2004, 20 000 mareros salvadoriens ont été arrêtés, mais 95 % ont été remis en liberté lorsque la Cour suprême a déclaré cette loi anticonstitutionnelle, estimant qu’elle violait la convention des Nations unies sur les droits des enfants. Une nouvelle politique, dite de la mano super dura a aussitôt pris le relais, veillant à respecter les clauses de la convention des Nations unies tout en prévoyant des peines de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans pour les mareros de plus de 18 ans et jusqu’à neuf ans pour les chefs de bande. Entre 2004 et 2007, la population carcérale du Salvador a doublé, passant de 6 000 à 12 000 détenus18 ; 40 % des prisonniers ont été inculpés pour leur appartenance à une mara.

Ces initiatives, qui ont semblé initialement réduire la délinquance, ont été des succès bien éphémères. Plusieurs études ont montré que si les maras se sont faites plus discrètes avec des symboles d’appartenance moins ostentatoires, leurs méthodes, elles, se sont en revanche radicalisées. Les problèmes se sont accentués, entraînant une spirale de violence faite de vengeances et de représailles, comme au Honduras où les maras ont répliqué à des massacres dans les prisons par des tueries dans des bus. La logique purement répressive se révèle contre-productive, induisant même une forme de solidarité, fédérant les gangs pour défier l’État. Le 9 septembre 2010, Courrier international s’est ainsi fait l’écho d’un titre du quotidien de San Salvador El Mundo :

Le président Funes19 reste résolu à combattre les maras, titre le quotidien de San Salvador. Deux groupes de bandes armées (maras), la Pandilla 18 (P18) et la Mara Salvatrucha (MS13), ont imposé le 8 septembre un blocage pendant soixante-douze heures des transports dans tout le pays, afin de faire plier le gouvernement. Ils exigent le retrait d’une loi, votée le 1er septembre, qui criminalise l’appartenance aux maras et la rend passible de dix ans de prison. Les maras ont menacé d’attaquer les bus qui violeraient leur blocus. En tout, les transports publics ont été paralysés à hauteur de 80 %, et 70 % des commerces sont restés fermés par peur de représailles20.

Nombre d’observateurs soutiennent que la guerre que mènent depuis quelques années les gouvernements d’Amérique centrale contre les maras aura été un facteur déterminant dans l’intensification de leur violence. La lutte contre les maras a pu en outre apparaître comme une façade, puisque les gouvernements en question n’ont pris aucune mesure préventive susceptible de résoudre l’exclusion sociale, de résorber l’absence de perspective et les inégalités fondamentales sur lesquelles se sont construits pouvoirs et privilèges.

Les causes de la violence

La situation de crise économique et sociale qui a suivi les guerres en Amérique centrale a engendré des conditions propices à l’essor des maras, qui, malgré les politiques coercitives et les campagnes de « nettoyage social », n’ont cessé de croître21. S’attaquant aux conséquences du problème plus qu’à ses origines, les États se sont révélés impuissants à traiter cette endémie qui, par le nombre de personnes qu’elle implique et par le degré de violence qui la caractérise, aurait nécessité depuis le début et nécessite à partir de maintenant d’autres modes d’attention et d’intervention.

La libéralisation économique qui s’est instituée en Amérique centrale depuis les années 1980 a dualisé les sociétés et oppose désormais les exclus à ceux qui participent au système économique et social. Les bandes sont l’expression de l’apartheid social qui caractérise les sociétés de l’Amérique latine. La notion d’apartheid social renvoie non seulement à l’inégalité mais aussi à la différenciation entre des groupes d’une même société séparés par des facteurs de classe, de sexe ou d’origine ethnique. Si la concentration de privilèges et de richesses engendre l’inégalité, la différenciation aboutit à des comportements sociaux qui ont tendance à devenir permanents et irréversibles22.

À ces facteurs contribuant à créer des groupes sociaux géographiquement ségrégués23 s’associent les forts mouvements migratoires amoindrissant les repères de socialisation et les processus d’urbanisation (les maras ne sont pas implantées en milieu rural) : surpeuplement et carence de logement, sous-emploi et chômage, absence de toute perspective d’intégration.

À la différence des « gangs » urbains des pays développés, les maras sont marquées du sceau de leur classe. Elles se situent en majorité dans les « bas » quartiers des villes, caractérisés par l’insuffisance des ressources matérielles, la déficience des dotations en service public, mais aussi par la présence de familles désunies, désintégrées. Alors que l’enfance et l’adolescence sont les temps de l’acquisition et de l’intégration des éléments de base de la vie en société, beaucoup de jeunes sont confrontés à l’éclatement des repères identificatoires. Père ou mère sont absents, l’enfant se retrouve à la charge des grands-parents, des aînés de la fratrie ou de proches, et les rôles internes traditionnellement dévolus à la cellule familiale ne sont plus tenus. Les facteurs de vulnérabilité sont aussi l’adoption prématurée de responsabilités d’adulte, de mauvais traitements familiaux, l’abandon familial, le devenir orphelin24. Beaucoup d’entre eux sont contraints dès le plus jeune âge de subvenir à leurs besoins, de mendier, de gagner leur vie d’une manière ou d’une autre. La systématisation et la banalisation d’un environnement violent favorisent également un modèle identificatoire et un apprentissage de la violence comme façon de trouver une place dans la société et d’être reconnu. De fait, leur lot quotidien est celui d’une exposition et d’une confrontation à toutes formes de violence : violence familiale, violence faite aux femmes, sévices sexuels, violence médiatique, violence policière.

De plus, la dynamique économique et publicitaire propre au processus de mondialisation renforce chez ces jeunes le désir de consommer tout en restreignant l’offre de moyens pour le faire (formation, emplois, revenus suffisants). Dans un monde dominé par les marques et les labels d’objets dont l’acquisition demande des ressources qu’ils ne possèdent pas (mode, high-tech), nombre d’entre eux voient dans l’identité mara un moyen de s’affirmer face aux autres. Aux yeux des jeunes exclus, la mara se transforme en un statut accessible par rapport à cet univers inabordable, ces marques prohibitives qu’offre le marché. Ils y trouvent des formes d’habillement caractéristiques, un style, des modèles de comportement, de musique, etc.

Dans une étude sur les maras réalisée au Honduras, en 2002, par l’Association chrétienne des jeunes (Acj) et Save the Children, il est fait le portrait du jeune marero au Honduras :

Il s’agit d’un adolescent ou d’un jeune le plus souvent majeur, habitant un quartier déshérité avec des parents relativement pauvres, qui reproduit en deuxième génération les conditions d’indigence et de privation vécues par ses géniteurs. Dans la plupart des cas, il possède, comme ses parents, un bas niveau d’instruction générale, il occupe un emploi peu qualifié et il perçoit de son travail un revenu relativement bas25.

Réfutant la thèse du crime organisé, le père Greg Boyle préfère parler de « crime désorganisé ». Pour ce jésuite, vivant depuis des années en contact quotidien avec les jeunes délinquants de Los Angeles, parmi lesquels il a gagné le surnom de Big G. Dog,

il s’agit de jeunes bien trop incapables d’imaginer un avenir quelconque pour atteindre un tel niveau d’organisation. Ce sont des gamins paumés qui n’ont rien d’autre à partager que leur détresse et, dans leur immense majorité, ils seraient prêts à troquer la bande contre un emploi stable26.

Quant aux sympathisants de l’association Acj, ils considèrent que les formes de violence les plus graves ne sont guère attribuables à la jeunesse, mais à des facteurs qui lui sont exogènes. Ils dénoncent et condamnent avec fermeté les institutions officielles qui n’ont pas pris en charge la gestion de ce risque, alors que la responsabilité leur en revenait. Non seulement une politique claire d’attention aux problèmes de l’enfance et de la jeunesse fait défaut, mais à cette lacune s’ajoutent l’insensibilité et l’irresponsabilité historique, civique et éthique des fonctionnaires en charge de cette réalité au sein des institutions étatiques.

Pour l’universitaire hondurienne Julieta Castellanos, citée par M. Maqueira27, les meilleurs alliés des maras « ont été les politiques de tolérance zéro ; la répression a échoué parce qu’on ne s’est pas attaqué à la cause qui est l’exclusion sociale » et des dizaines de milliers d’adolescents d’Amérique centrale, en situation d’exclusion sociale, risquent de rejoindre les maras si aucune mesure de prévention n’est prise. Aussi, la gestion du risque doit être double et s’adresser autant aux mineurs en danger qu’aux jeunes délinquants. Mais les réponses étatiques ont été pénales : durcissement des peines, déploiement de centres fermés d’accueil qui fonctionnent mal, dont le personnel n’est pas formé ou insuffisant et les budgets alloués jamais versés.

Pour d’autres, comme l’ex-ministre Federico Brevé (Military Review), qui ajoute aux raisons de la propagation des maras déjà évoquées plusieurs influences (les déficiences du système éducatif, le déclin des valeurs morales, l’incitation insuffisante à poursuivre la scolarité, l’abolition du service militaire obligatoire, l’incapacité ou le manque de volonté des policiers, des procureurs et des juges…), tout n’a pas été tenté en matière de répression. Il souhaiterait renforcer encore les coopérations policières entre les États, développer davantage de plans d’action communs, partager les informations, les équipements, les supports logistiques de communication. Il suggère également une participation des forces armées qui contribuerait à développer le caractère, la personnalité, la discipline, les valeurs morales et le patriotisme. Selon l’ex-ministre, un cadre judiciaire commun aux pays concernés devrait être mis en place et les prisons devraient être mieux surveillées28.

À propos de l’emprisonnement, les Ong dénoncent de leur côté la surpopulation carcérale, le manque de soins, les violences sexuelles, pour des conditions générales de détention des mareros qui sont encore moins bonnes que celles du reste des autres détenus29. Si certains leaders des maras continuent à contrôler leurs gangs depuis les prisons au moyen de téléphones portables30, il s’avère surtout que les mareros n’y sont guère en sécurité. Casa Alianza recense 88 assassinats derrière les barreaux pour la période 2002-2004. Sans compter les tueries dont les médias se font régulièrement l’écho, comme celles qui ont fait 176 morts parmi l’ensemble des détenus dans deux prisons, en avril 2003 et mai 2004.

Évolution et adaptation au tout répressif

Au début de leur implantation, les maras ont proliféré dans des quartiers perdus, oubliés. Rackettant les vendeurs du secteur informel de voisinage, commettant leurs méfaits sur la population locale, les mareros et leurs victimes ont pu longtemps être considérés par la société comme ne composant qu’un seul groupe. Jusqu’à la fin des années 1990, les maras se sont développées derrière une frontière invisible qui protégeait la société et qui leur a évité la répression. Chaque groupe, des deux côtés de cette limite, vivait entre soi. Mais progressivement les frontières entre les communautés sont devenues de plus en plus poreuses. Les maras sont sorties de leur base et de l’ombre, elles se sont mises à revendre de la drogue dans les quartiers où vivent les classes moyennes et à y commettre des extorsions. Elles ont pris une part de plus en plus importante du « marché » du trafic d’immigrants vers les États-Unis, estimé à plusieurs millions de dollars par mois. Elles ont saisi de nouvelles opportunités et ont étendu leur champ d’action, ce qui leur a donné une plus grande visibilité et a déclenché de nouvelles actions à leur encontre, lesquelles les incitent à s’adapter et à se renforcer.

Ces dernières années, les maras se sont indéniablement structurées mais aussi policées pour faire face aux politiques répressives et discrétionnaires. Les membres portent moins souvent des tatouages visibles, certains nouveaux venus se recrutent de plus en plus jeunes, alors que d’autres, plus âgés, proviennent de milieux plus aisés et ont parfois reçu une éducation secondaire voire universitaire. Les maras ont muté, elles se sont adaptées au mode de gestion du risque privilégié par les autorités. Dotés des armements et des outils de communication les plus sophistiqués, les nouveaux mareros circulent dans les rues sans arborer les signes distinctifs qui les caractérisaient jusque-là. « Les pandilleros qui avaient décidé de se tatouer complètement sont prisonniers, cachés ou morts », dit de sa prison de Chimaltenango le pandillero José Daniel Galindo, 22 ans. « Maintenant ils portent des chemises propres et bien repassées, mais ils continuent à nous prélever l’impôt et à provoquer des fusillades », témoigne un habitant du quartier El Mezquital de San Pedro Sula.

Pour de jeunes adultes ayant un niveau d’éducation plus élevé, la perspective lucrative est séduisante, car les revenus attendus de leur appartenance à une mara peuvent être plusieurs dizaines de fois supérieurs à ceux d’un métier ordinaire31.

Vers un consensus sur l’obligation d’une véritable politique de prévention

Au Honduras, la nécessité de définir une politique mettant l’accent sur la prévention est maintenant largement évoquée et partagée par les différents acteurs. Selon la directrice du Centro de investigaciones y estudios superiores en antropología social (Ciesas), Virginia García Acosta32, l’appréciation du risque dépend de la perception que peuvent en avoir les acteurs. Il s’agit bien pour cette anthropologue d’un processus social, et elle évoque même une « construction culturelle ». Le risque se construit en relation avec le contexte sociétal, ses croyances, ses visions dominantes. Cela peut expliquer pourquoi l’Amérique centrale, sensibilisée aux problèmes d’extrême pauvreté et de contrôle de l’État sur son territoire, s’est montrée plus rapidement ouverte à une recherche et à un traitement des causes sociales du phénomène des maras. Alors qu’a contrario, les États-Unis, qui persistent en une appréciation strictement criminelle dans le sillage d’un schéma de pensée fortement marqué par le traumatisme collectif qu’ont provoqué les attentats du 11 septembre, tentent de maintenir leur vision sécuritaire. Le mode de présentation dans les médias américains reste essentiellement celui d’une menace et l’absence de thématique préventive peut apparaître comme révélatrice d’un déni des causes du phénomène des maras. Celles-ci sont ignorées ou renvoyées à une problématique étrangère au pays : ce sont les immigrants qui ont importé les maras aux États-Unis.

Pour la journaliste Gladis Arias, dans El Heraldo, un bon exemple à suivre est le programme du Pnud, Programa Conjunto de Seguridad Humana (Programme conjoint de sécurité humaine), commencé en 2006 dans trois villes honduriennes. Ce programme, qui vise les populations les plus exposées, est doté de quatre composantes : l’organisation de réseaux de jeunes au niveau municipal, la mobilisation sociale pour la prévention de la violence juvénile et de genre, le développement d’observatoires de la violence municipale, l’organisation d’activités culturelles et sportives pour les jeunes. Il est prévu de créer un observatoire national de la violence, d’améliorer les études statistiques. Un diplôme universitaire en Violence et convivialité sociale a été conçu.

Le groupe social au sein duquel le risque est apparu – exclus, déplacés, habitants des zones urbaines les plus défavorisées – est aussi celui qui est le plus menacé par la prolifération. Les politiques répressives ont échoué car elles ont ignoré la spécificité du risque social, stigmatisant les jeunes délinquants et ceux qui avaient « vocation » à le devenir. Organisation clanique de criminels, les maras sont devenues de véritables « constructions culturelles ». Elles s’apparentent à une néoformation sociale réunissant des jeunes gens à la subjectivité défaite qui s’organisent dans un narcissisme de survie se reconstruisant sur le terrain fertile de la misère, proie facile du crime. La propagation, loin de ralentir, se concrétise au quotidien dans des villes toujours plus nombreuses. Les mareros se sont infiltrés dans les structures étatiques, certains occupent des postes dans la justice, la police. Tant que les gouvernements d’Amérique centrale ne traiteront pas les causes de ce problème, il ne fera que s’enraciner toujours davantage dans le tissu même de leur société.

  • *.

    Psychiatre, psychanaliste, membre du Quatrième Groupe.

  • 1.

    D’autres hypothèses interrogent une dimension plus politique du fait des remises en cause des responsabilités de l’État, de la dénonciation de la corruption.

  • 2.

    Benoît Hervieu, « Les maras, je tue donc je suis », http://www.americagora.com, 29 septembre 2009.

  • 3.

    En 2009 devait également paraître une œuvre cinématographique fictionnelle sur les maras : Sin nombre du réalisateur américain Cary Fukunaga.

  • 4.

    Carlos Ramos, coordonnateur des actions d’éducation au sein de la Faculté latino-américaine de sciences sociales (Flacso) du Salvador insiste sur l’importance des flux migratoires. Voir Eduardo Tamayo G., « Les “Maras” : une nouvelle menace internationale ? », Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine, 22 décembre 2005, http://risal.collectifs.net/spip.php?article1536

  • 5.

    Frédéric Faux, « Les maras, cauchemar de la police salvadorienne », Le Figaro international, 11 avril 2008. Journaliste, spécialiste de l’Amérique latine, F. Faux est également l’auteur de : « Maras, gangs d’enfants : violences urbaines en Amérique centrale », Autrement, 2006.

  • 6.

    Alain Rodier, « Les maras menacent l’ensemble du continent américain », Centre français de recherche sur le renseignement (Cfrr), note d’actualité no 32, 28 février 2006 (www.cf2r.org/fr/).

  • 7.

    Yvon Le Bot, « Les maras, transnationales de la violence », Le Monde, 6 octobre 2009.

  • 8.

    Faire partie d’un gang, c’est un peu comme entrer dans « un groupe religieux », estime José Luis Rocha dans la revue Envio. Pour ce chercheur jésuite, les ressemblances entre les deux phénomènes sont frappantes : « Le sentiment vital d’appartenance au groupe, les légendes d’actions héroïques, les mythes d’époques idylliques, les compagnons qui se sacrifient, les chansons et les rituels partagés, les corps marqués de croix, de diables, de vierges, les tatouages, sortes de vitraux de chair vive. » D’ailleurs, conclut-il, « pour sortir du gang ou de la pandilla, la voie la plus fréquente est la conversion à une religion », notamment au Nicaragua, où les Églises évangéliques sont très prosélytes. Cité par Denis Rogers, « Au pays des maras et des pandillas », Courrier international, no 918.

  • 9.

    B. Hervieu, « Les maras, je tue donc je suis », art. cité.

  • 10.

    B. Defrenet, De l’évolution des marques cutanées rituelles aux symptômes conversionnels, dans contributions inédites, site du Quatrième Groupe, http://quatrieme-groupe.org, publié le 1er juin 1992.

  • 11.

    D. Rogers, « Au pays des maras et des pandillas », art. cité.

  • 12.

    Le Salvador détient le taux le plus élevé d’homicides au monde, 70 pour 100 000 habitants, Le Monde, 7 septembre 2011.

  • 13.

    A. Rodier, « Les maras menacent l’ensemble du continent américain », art. cité.

  • 14.

    « Les maras, du Canada au Panama », Le Devoir.com, http://www.ledevoir.com/international/100338

  • 15.

    E. Tamayo G., « Les “Maras” : une nouvelle menace… », art. cité.

  • 16.

    Élodie Brun et Jean Bourdariat, « Les maras : un risque sécuritaire et social non maîtrisé », Revue interdisciplinaire de travaux sur les Amériques (Rita), décembre 2008, no 1. Disponible en ligne http://www.revue-rita.com

  • 17.

    Alejandro Blanca, « Les gangs en Amérique centrale, un fléau incontrôlable », Risal, 28 janvier 2004, publié par Ciberoamericana.com en septembre 2003.

  • 18.

    Selon le journal Le Monde, en date du 7 septembre 2011, ils seraient maintenant 24 000.

  • 19.

    Mauricio Funes, actuel président de la République du Salvador.

  • 20.

    Courrier international, 9 septembre 2010, no 1036.

  • 21.

    « Les maras, du Canada au Panama », art. cité.

  • 22.

    Carlos Aquiles Guimares, cité dans E. Tamayo G., « Les “Maras” : une nouvelle menace… », art. cité.

  • 23.

    Au début de 2008, une étude de fond a été publiée sous le titre « Maras y Pandillas, Comunidad y Policía en Centroamerica » sous l’égide du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) (El Heraldo). Elle s’appuie sur des entretiens avec 3 400 personnes : mareros emprisonnés et en liberté, mareros repentis, leurs familles et voisins, des policiers, des villageois, des commerçants, des victimes.

  • 24.

    Jan Anbeas, Bruno Cousin, « Maras, répression ou prévention ? », Alternatives internationales, mars 2007.

  • 25.

    E. Tamayo G., « Les “Maras” : une nouvelle menace… », art. cité.

  • 26.

    Cité par Philippe Revelli, « Derrière la violence des gangs du Salvador », Le Monde diplomatique, mars 2004, p. 18-19.

  • 27.

    Manolo Maqueira, « Les jeunes et les maras : un cri de citoyenneté […] », article traduit par Émilie Ronflard pour Dial, revue Voces del tiempo, no 51, http://www.alterinfos.org/s.php?article824

  • 28.

    É. Brun et J. Bourdariat, « Les maras : un risque… », art. cité.

  • 29.

    « D’après le témoignage d’un jeune emprisonné cinq ans dans la prison d’Izalco, les conditions ne sont pas favorables à une future réinsertion de par une discrimination encore plus forte à l’intérieur de la prison qu’à l’extérieur. Le jeune qui veut se raser la tête, par mesure d’hygiène pour éviter d’avoir des poux, est condamné à une peine pouvant être, entre autres, la vaporisation forcée de gaz lacrymogène dans les yeux et la bouche. Huit ou neuf matons peuvent s’occuper ainsi du cas d’un seul détenu. La même peine peut être encourue à la cellule entière si le silence n’est pas respecté à 21 heures. Ou encore, on peut lui réduire son droit de visite à une heure par mois au lieu d’une heure par semaine. Ils sont environ 28 par cellule. Voir la lumière du jour leur est autorisé 20 minutes par semaine. Un médecin leur rend visite environ tous les trois mois. […] Dans la prison d’Izalco, certains matons font parti du gang adverse, la Mara Salvatrucha. Ils ont effacé leurs tatouages et se font engager comme agents de sécurité. Ils en profitent donc pour maltraiter les détenus de la Mara 18 », http://fotomexcabia.blogspot.com/…/etre-un-jeune-mara-au-salvador.html, le 23 octobre 2008.

  • 30.

    « Les prisons surpeuplées et difficilement contrôlables sont devenues les centres de commandement du crime organisé », admet le général David Murguia, ministre de la Défense. L’argent de la drogue et des extorsions permet d’acheter la complicité des gardiens. Voir Paulo A. Paranagua, « Au Salvador, la gauche au pouvoir tente d’enrayer l’explosion de la criminalité », Le Monde, 7 septembre 2011.

  • 31.

    É. Brun et J. Bourdariat, dans « Les maras : un risque… », art. cité, relatent le cas d’une jeune femme ayant fait des études de droit, puis quitté son mari, ses enfants, son travail, pour rejoindre une mara où elle gagnait facilement de l’argent grâce à ses compétences juridiques : « Si le juge me demandait 1 000 quetzales (130 dollars) de pot-de-vin, je leur disais que c’était 3 000 quetzales (400 dollars) et ils me les donnaient. Si d’une extorsion on obtenait 40 000 quetzales par mois, à nous qui avions fait des études ils nous donnaient 10 000 quetzales. » Aller chercher des armes au Salvador lui rapportait 660 dollars en une journée, plus qu’en un mois quand elle travaillait au ministère des Finances.

  • 32.

    Citée par É. Brun et J. Bourdariat, « Les maras : un risque… », art. cité.