Sur le front de l'écologie. Entretien avec Delphine Batho
L’écologie est portée par la société, mais elle est toujours considérée par le pouvoir comme une force d’appoint. Elle constitue pourtant, aux niveaux national, européen et international, la seule alternative crédible
Comment qualifieriez-vous aujourd’hui la situation de l’écologie en France ?
Forte culturellement, mais faible politiquement. Le hiatus va grandissant entre l’aspiration de plus en plus forte des citoyens à une alimentation saine, au respect du climat et de la biodiversité d’un côté, et la représentation politique de l’autre. Dans les orientations du nouveau pouvoir, l’écologie est toujours traitée comme un supplément d’âme ; elle n’a pas une place fondamentalement différente de celle qui lui a été accordée lors du précédent quinquennat. On le voit dans la hiérarchie des priorités : le gouvernement supprime l’impôt de solidarité sur la fortune (Isf) et adopte les ordonnances sur le Code du travail tout de suite, mais pour organiser la sortie des énergies fossiles, pour sauver les abeilles, pour arrêter de nous empoisonner au glyphosate, il affirme que les décisions prendront du temps.
En réalité, les résistances des lobbies économiques ou industriels, qui ont l’oreille attentive du pouvoir, sont toujours les mêmes et la toute-puissance de la technostructure sur la décision politique a franchi un nouveau palier. Il y a toujours cette croyance que si les résultats économiques du pays s’améliorent, alors le reste suivra. Pourtant, un taux de croissance ne fait pas un projet de société pour une nation comme la France.
Il y a au sein de l’appareil d’État quelque chose qui n’a pas changé. Bien que Nicolas Hulot soit ministre d’État, numéro trois du gouvernement, son lot quotidien est d’être souvent seul à défendre des décisions qui bousculent les habitudes. On assiste aux mêmes figures imposées qui isolent l’écologie, aux mêmes petites campagnes pour affaiblir le ministre, avec des lectures psychologisantes dont je pensais qu’elles étaient réservées aux femmes… On fait miroiter des arbitrages futurs, plus favorables sur le long terme, en échange de renoncements qui engagent le présent et que le ministre est évidemment chargé d’annoncer au nom de la solidarité gouvernementale. Cette pratique, qui a été celle de nombreux gouvernements, est épuisée car, plus le temps passe, plus la gravité des destructions environnementales impose des solutions autrement plus rapides et radicales.
Je porte un jugement non pas moral, mais politique. Il y a une confrontation de plus en plus tendue entre la recherche du profit immédiat et l’intérêt général de l’humanité sur la planète. Cette contradiction fondamentale du système capitaliste aurait logiquement dû être au cœur du combat de la gauche française et internationale depuis des années. Nous souffrons de ce que l’écologie est toujours considérée comme une force émergente et d’appoint, non comme le cœur d’une alternative.
Que pensez-vous des annonces de Nicolas Hulot sur le nucléaire (renoncement à diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025) ? Comment articuler le présent et le long terme ?
Que le nouveau gouvernement dise : « Nous héritons d’une situation où la diminution du nucléaire n’a pas été préparée », c’est incontestablement vrai. Que l’objectif soit pour autant abandonné ou reporté de dix ans, c’est une forme de renoncement.
Le nucléaire est la pierre angulaire de la politique énergétique en France. J’ai été l’une des rares, dans le paysage de la gauche et de l’écologie, à ne pas voter la loi pour la transition énergétique précisément parce qu’elle n’y changeait rien. Il y avait un affichage à l’article premier de la loi, avec l’objectif d’une baisse à 50 % dans la production d’électricité « à l’horizon 2025 ». Mais, en réalité, l’article 187 de la même loi organise l’inverse : la vraie portée normative est dans cette disposition qui prévoit, non pas la baisse du nucléaire, mais son plafonnement au niveau actuel, autrement dit le statu quo. Pour sortir de cette inertie, la seule question qui vaille est celle du nombre de réacteurs qui seront – ou pas – fermés d’ici 2022. Tout le reste n’est pas sérieux et reviendrait à ce que le fardeau de l’avenir du parc nucléaire soit renvoyé aux gouvernements futurs.
De façon générale, je ne crois plus à cette façon incantatoire de faire de l’écologie qui consiste à énoncer des objectifs de long terme, comme si cela suffisait pour les atteindre. Le Grenelle de l’environnement énonçait des objectifs à l’horizon 2020 pour les renouvelables et les économies d’énergie : aucun ne sera atteint. La loi pour la transition énergétique a procédé de même.
Cette question du rapport au temps est cruciale. Le réchauffement climatique s’accélère, les destructions irréversibles de la biodiversité et la crise sanitaire liée aux produits chimiques aussi. Quinze mille scientifiques alertent : « Bientôt il sera trop tard », il reste peut-être cinq ou dix ans pour inverser la trajectoire. Et nous répondrions à cette situation en décrivant le monde idéal que nous imaginons pour 2050 ? Tant que l’on évoque l’horizon, en général, tout le monde est d’accord. Mais il faut en finir avec ce faux consensus, qui se fait au détriment des décisions concrètes immédiates et du courage politique. Pour la planète, ce qui compte, c’est ce qui est fait maintenant. L’écologie ne doit plus être appréhendée comme une question de long terme ; elle doit se conjuguer au présent.
Des résultats peuvent être obtenus par l’articulation entre l’action de responsables politiques déterminés (au sein du gouvernement comme du Parlement) et une société mobilisée. L’interdiction de la fracturation hydraulique et de l’exploitation du gaz de schiste ou encore la loi interdisant les néonicotinoïdes, par exemple, n’auraient jamais été possibles sans mobilisation citoyenne. De même, la France n’aurait sans doute pas voté « non » au glyphosate à Bruxelles s’il n’y avait eu des millions de citoyens pour signer une pétition demandant son interdiction. Les travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes auraient été réalisés depuis des lustres s’il n’y avait pas eu la lutte des opposants au projet. Face à tous les blocages et au poids des lobbies dans les coulisses des décisions publiques, la force citoyenne apporte une énergie vitale. Sur des sujets comme la santé, le refus des pesticides et des perturbateurs endocriniens, la pollution ou encore la consommation de produits bio, il y a bien un basculement dans la société française. L’aspiration au bien-être et à la santé environnementale est en train de devenir largement majoritaire dans la société. Il lui manque encore une capacité d’expression collective et une traduction politique. Ce n’est pas une fatalité.
Et sur le front économique ?
La pensée de l’écologie a trop délaissé la question sociale et celle de la politique industrielle. La taxe carbone est un instrument utile et décisif, mais la fiscalité ne peut être l’alpha et l’oméga d’une politique économique écologiste. Transformer le modèle énergétique et bouleverser le mode de production fondé sur l’exploitation des ressources naturelles impliquent un double mouvement de destruction et de création de valeur. Cela suppose non seulement des financements massifs, mais aussi une véritable stratégie industrielle. Mais qui s’est préoccupé de la façon dont on procède concrètement pour reconvertir des entreprises, des territoires, pour convaincre les syndicats et les salariés concernés ? Leurs arguments sur les conséquences sociales et territoriales ne peuvent être balayés d’un revers de la main. Il n’existe pas, à ce jour, de véritable stratégie industrielle fondée sur l’innovation, qui crée de la valeur, des emplois, par l’écologie : par exemple, sur le stockage de l’énergie, essentiel pour développer les énergies renouvelables, sur les batteries déterminantes pour la mobilité « zéro émission », sur la réutilisation de toutes les matières premières ou encore l’éco-conception.
La seule voie possible pour sortir des sempiternels débats entre croissance et décroissance est celle de l’économie circulaire. C’est un nouveau modèle industriel qui crée de la richesse, qui est intensif en travail et en intelligence, mais sobre dans l’utilisation des ressources. Pour organiser le basculement de nos modes de production, il faudrait quasiment fusionner les ministères de l’Écologie et de l’Industrie. En fait, la France n’a pas de politique industrielle : il y a des ministres de l’Industrie qui jouent les pompiers sur telle ou telle fermeture de site, mais il n’y a pas de stratégie sur la reconstruction d’un appareil productif tourné vers les technologies de demain. Pourtant, la France a des savoir-faire dans de nombreux domaines mais les grands groupes, qui devraient être à l’avant-garde, traînent souvent les pieds. On se heurte au mode de représentation du patronat, au sein duquel les entreprises qui font des choix d’avenir ne se font pas assez entendre. L’État a aussi une responsabilité éminente.
Par exemple, à force d’avoir nié le scandale sanitaire du diesel pendant plus de vingt ans et d’avoir massivement encouragé le diesel par une fiscalité avantageuse, la puissance publique a placé la filière automobile dans une situation délicate, au lieu de l’aider à anticiper des mutations irréversibles. De même, on trouve encore des députés pour combattre l’arrêt des activités extractives de pétrole lors du débat sur la loi sur les hydrocarbures. Ceux qui prétendent défendre l’industrie encouragent souvent son inertie et lui font prendre du retard dans la compétition mondiale pour l’invention et la maîtrise des technologies du xxie siècle. La politique industrielle de l’État est pleine d’ambiguïtés : la France organise la Cop21 et, « en même temps », François Hollande se rend en Alberta pour proposer le concours des entreprises françaises pour l’extraction des hydrocarbures les plus polluants du monde, les sables bitumineux. La France organise le One Planet Summit et, « en même temps », Emmanuel Macron veut ratifier le Ceta ou encore autoriser la Montagne d’or en Guyane qui va détruire la forêt amazonienne à proximité immédiate de deux réserves de biosphère. Ce n’est plus possible.
Comment sortir alors de ce « en même temps » ?
Cela peut se faire très vite : choisir de ne pas faire Notre-Dame-des-Landes et ne pas autoriser la Montagne d’or, par exemple, sont des décisions qui marqueraient un changement d’ère et qui donneraient une énergie considérable à tous les autres combats.
Je partage le point de vue d’Éric Piolle, le maire de Grenoble, selon lequel nous avons une responsabilité collective : la réussite de Nicolas Hulot est notre affaire à tous. Il faut tout faire pour pousser le gouvernement actuel à prendre les bonnes décisions. Critiquer soir et matin le ministre de l’Écologie ne sert que les intérêts de ceux qui veulent l’affaiblir pour qu’il perde des arbitrages décisifs. Mais je ne crois pas au faux consensus sur l’écologie. De ce gouvernement, nous pourrons au mieux arracher telle ou telle décision, mais nous n’obtiendrons ni la cohérence d’ensemble ni la transformation civilisationnelle nécessaires. En effet, l’écologie est la nouvelle ligne d’affrontement avec le capitalisme. Les pays démocratiques développés vivent dans le social-libéralisme, c’est-à-dire dans une économie de marché avec des éléments de mixité et de protection sociale de plus ou moins grande qualité. D’une certaine manière, la social-démocratie a atteint son horizon. Exception faite des dictatures, elle est, peu ou prou, à des degrés divers, le modèle dominant.
L’écologie est la nouvelle question historique pour l’humanité, comme le socialisme a pu l’être au xixe siècle. Aujourd’hui, l’accélération inouïe de la capacité de destruction des écosystèmes par l’espèce humaine entraîne une baisse tendancielle de la qualité de vie. Le défi fondamental de l’anthropocène, c’est de savoir si nous sommes capables de reprendre le contrôle de nos destins, de changer l’architecture de la consommation et de la production. L’écologie porte un nouveau projet global de société. C’est finalement assez curieux de l’enfermer dans un ministère de l’Écologie : aurait-on imaginé un « ministère du socialisme » au xixe siècle ?
Derrière les blocages et les résistances des lobbies, de la technostructure, du monde ancien, en profondeur, nous payons l’absence de dynamique politique et d’une force efficace dont l’écologie serait la colonne vertébrale.
Quel jugement portez-vous sur le rôle des partis politiques ?
À ce stade, ils semblent tous prisonniers du monde ancien. Tous ceux qui mettent un peu de peinture verte sur leur programme entretiennent une forme de confusion, comme s’ils voulaient à tout prix récupérer le drapeau de l’écologie pour justifier des divisions liées à des intérêts de boutique, au lieu de construire un projet commun majoritaire. Quant aux Verts, ils ont historiquement eu le mérite de relayer un certain nombre de combats et leurs élus dans les territoires ou au Parlement ont souvent fait du bon travail. Mais c’est la politique des petits pas et le parti lui-même n’a pas échappé aux défauts des vieux appareils politiques. Au lieu de permettre à l’écologie de devenir hégémonique, il est resté une force d’appoint dans des jeux d’alliance. Une mutation a été tentée avec Europe Écologie en 2009, mais les travers habituels ont vite repris le dessus et les intérêts de l’appareil passent souvent avant ceux du combat écologique. C’est devenu un petit parti, qui minore la cause de l’écologie au lieu d’élargir son audience dans la société.
Nous subissons également l’absence d’une internationale de l’écologie, alors qu’il s’agit par essence d’une cause universelle, qui ne peut être enfermée dans des frontières nationales. Le mouvement altermondialiste, prometteur à la fin des années 1990, a été affaibli par les actes de violence. L’écologie est nécessairement non violente dans les manifestations. C’est important qu’un mouvement comme Alternatiba ait théorisé l’action radicale, déterminée, mais non violente pour l’écologie1. L’absence d’un mouvement écolo-altermondialiste puissant explique qu’en France, le débat se déroule entre partisans de la mondialisation libérale et souverainistes nationalistes. Une voix internationaliste qui ne se résigne pas au cours actuel de la mondialisation peine à se faire entendre. C’est pourquoi j’appelle à la fondation d’une internationale de l’écologie pour reconquérir la souveraineté démocratique face aux multinationales responsables des écocides.
Que dire de l’Europe ?
Dans les années 1980-1990, l’Europe a été un facteur de progrès pour l’environnement, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Europe n’est plus à l’avant-garde, y compris dans les négociations internationales sur le climat depuis le changement de Commissaire européen et le départ de Connie Hedegaard2. Les scandales à répétition, de l’affaire Volkswagen aux Monsanto papers, témoignent d’un haut niveau de compromission avec certains lobbies. Si les normes européennes étaient exigeantes et les procédures de contrôle rigoureuses, un tel discrédit n’aurait pas été possible. Sur le glyphosate comme pour les normes automobiles, il faut aussi constater que les positions du Parlement européen sont souvent moins rétrogrades que celles du Conseil et de la Commission. La construction de l’Europe comme un espace intergouvernemental conduit à ce que toutes les décisions résultent d’un marchandage entre États membres, où chacun défend l’intérêt de son lobby national. Le projet de directive sur les émissions de CO2 des véhicules en apporte un nouvel exemple, avec une baisse des émissions de seulement 30 % à l’horizon 2030, conformément aux intérêts de l’industrie automobile allemande… Le déficit démocratique et l’absence de fédéralisme entravent tout progrès écologique. Notre continent passe à côté d’une occasion historique de redéfinir le projet européen autour de la civilisation écologique et de la conquête de son indépendance énergétique. Tel est le remède aux problèmes géostratégiques liés à la dépendance de l’Europe aux importations d’énergies fossiles et à la perte de compétitivité industrielle. Le seul renouveau possible du projet européen se joue autour de l’écologie et de l’énergie.
Qu’est-ce que change l’arrivée de Donald Trump au pouvoir ?
La Cop21 a constitué un succès historique, d’un point de vue diplomatique, parce qu’elle a débouché sur le premier accord universel sur le climat. La portée de l’élection d’un président climato-sceptique aux États-Unis ne doit pas être relativisée. Elle force à la lucidité : il n’y a pas plus de consensus sur le climat au niveau mondial qu’au niveau national ou européen. Les forces conservatrices et réactionnaires partout dans le monde sont un obstacle.
Certes, l’accord de Paris reste notre meilleur point d’appui pour une action de la communauté inter nationale la plus large possible, mais il s’avère insuffisant au regard des réalités scientifiques : les seuls engagements volontaires des États ne permettent pas de contenir le réchauffement sous les 2 °C. L’engagement déterminé et unilatéral d’un groupe de nations pionnières doit pousser les feux de toutes les solutions permettant de sortir des énergies fossiles.
Est-ce qu’un ministre de l’Écologie peut agir ?
Oui, bien sûr ! Il faut détruire la légende selon laquelle rien n’est possible. Au gouvernement, j’ai obtenu, par exemple, en 2012, à une époque où pas grand monde pariait sur sa réussite, que la France décide d’accueillir la Cop21. J’avais également empêché le retour du gaz de schiste, interdit le barrage de Sivens (finalement autorisé par mes successeurs), instauré un moratoire sur les retenues artificielles d’irrigation, baissé la Tva sur les travaux d’efficacité énergétique dans le bâtiment… Dans cette lutte quotidienne contre le conformisme, les alliés d’un ministre de l’Écologie sont les députés, les organisations non gouvernementales, parfois des entreprises, qui alertent ou font remonter une information qui n’aurait pas franchi spontanément les filtres de l’administration. José Bové m’avait ainsi prévenue de l’offensive des compagnies pétrolières pour faire annuler, par le Conseil constitutionnel, la loi interdisant la fracturation hydraulique ; nous avons pu organiser notre défense et nous avons gagné. Ce sont encore les apiculteurs des Deux-Sèvres qui m’ont alertée sur les ravages du Cruiser, un néonicotinoïde tueur d’abeilles que nous avons fait interdire. La verticalité de l’État conduit à édulcorer, à chaque niveau de la hiérarchie, les informations qui dérangent pour finalement produire une vision déformée de la réalité. Il faut entrer dans le détail des dossiers pour trouver des marges de manœuvres que l’on vous disait inexistantes et donner une impulsion politique constante.
Le fonctionnement de l’État est un enjeu décisif. La maltraitance administrative, l’impuissance publique et les lourdeurs bureaucratiques sont des causes fondamentales de la désaffection démocratique. Emmanuel Macron répond à sa façon à la crise de l’État en poussant à l’extrême la logique de la Ve République, en renforçant sa verticalité, parfois avec autoritarisme (la démission du général de Villiers ou la sanction du préfet Comet sont là pour servir d’exemples). L’État moderne du xxie siècle reste à inventer avec des logiques beaucoup plus transversales, en organisant l’empowerment des agents du service public.
Il est nécessaire d’étendre les missions régaliennes de l’État à l’écologie. La protection de la sécurité de la population et des infrastructures du pays face aux événements climatiques extrêmes, l’organisation de la résilience de la nation dans un contexte de déstabilisation, mais aussi la conquête d’une réelle souveraineté énergétique doivent être désormais reconnues comme de nouvelles prérogatives régaliennes de l’État. La tempête Irma a encore montré que les marges de progrès sont considérables. L’alerte, la prévision scientifique des risques et la planification des moyens nécessiteraient une Datar de l’adaptation au changement climatique. À l’inverse, ces dernières années, tous les services qui concourent à ces missions ont subi les plus fortes restrictions, sur les postes comme sur les budgets d’intervention, avec une externalisation de l’expertise. Il faudrait pourtant faire exactement l’inverse pour se préparer aux chocs à venir et organiser la transformation écologique de la nation.
Quelles sont les perspectives ?
L’urgence, c’est d’abord celle d’une mise en mouvement de grande ampleur de la société civile pour sauver les abeilles, obtenir l’arrêt du glyphosate et arrêter d’empoisonner nos enfants avec des pesticides et des perturbateurs endocriniens.
Ensuite, il faut mener la bataille de la crédibilité, économique et sociale, du projet de transformation écologique. Sur ce front, les chefs d’entreprise qui sont à la pointe de l’innovation doivent enfin donner de la voix. Au moment de la discussion parlementaire sur la loi sur les hydro carbures, encore une fois, tous les parlementaires ont reçu les argumentaires des industries pétrolières : où étaient ceux des entreprises qui ont tout à gagner à la sortie des énergies fossiles ? Les syndicats doivent également s’impliquer, s’ils ne veulent pas assister, impuissants, à la décomposition des modèles industriels d’hier.
Enfin, il faut sortir de cette situation de déstructuration politique. On ne reviendra pas au monde des anciens partis. À ce stade, ceux qui veulent voir progresser l’écologie doivent miser sur des modes de fonctionnement informels, en réseau, indépendamment d’appartenances partisanes qui sont de toute façon vouées à être dépassées. C’est d’autant plus indispensable qu’il n’y a plus de groupe parlementaire écologiste à l’Assemblée nationale ni au Sénat. Mais il y a toujours un potentiel, des citoyens et des élus qui ont conscience que l’écologie est le défi de leur génération, une majorité culturelle sous-jacente. Il faut tourner la page de l’infantilisation politique de l’écologie. Avec d’autres, je veux me consacrer patiemment à l’unification des forces de progrès sur un programme écologique afin de proposer un chemin d’espérance crédible.
Note
- 1.
Alternatiba est un mouvement citoyen pour le climat et la justice sociale né à Bayonne en 2013. Voir alternatiba.eu.
- 2.
Commissaire européenne à l’action sur le climat de 2010 à 2014.