Après l'union sacrée
C’est une exigence autant qu’une évidence : l’union sacrée ne peut avoir qu’un temps. Elle correspond au temps de l’émotion, au refus de la haine, au rappel de nos valeurs. Mais elle doit aussi s’effacer pour redonner place à des questions légitimes que ne résument pas les foules mobilisées ou un hémicycle unanime. Nous avons donc choisi, après un comité de rédaction qui avait lieu le 9 janvier, de nous projeter rapidement dans le moment du retour au commentaire.
Devant la brutalité des événements, faite pour intimider la pensée, il faut tout d’abord reconnaître la difficulté à intégrer la violence terroriste à nos grilles d’interprétation1. De fait, le brouillage fait partie de la déstabilisation voulue par l’action terroriste. De la bonne lecture des événements dépendra notre capacité à trouver la juste réponse à la menace, là où le 11 Septembre a conduit à des catastrophes en chaîne, dont nous payons encore les conséquences. Dans un deuxième temps, il faut revenir à la défense inconditionnelle de la liberté d’expression qui a spontanément conduit les manifestants dans les rues en France et à l’étranger. La liberté d’expression inclut-elle le droit à la provocation ? La France organise-t-elle un « deux poids, deux mesures » ? La fiction peut-elle se prévaloir d’un statut particulier ? Enfin, dans un troisième temps, il faut reconnaître que les débats des dernières semaines touchent au cœur de plusieurs contradictions françaises, dont la principale est le statut de l’islam en France. Mais l’ambiguïté concerne aussi la portée internationale de l’action antiterroriste qui, au nom de la défense de la liberté d’expression, couvre une alliance large avec des pouvoirs autoritaires peu soucieux de la défense de la presse, de la liberté d’opinion et du pluralisme.
Paris, le 20 janvier 2015
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Sur notre site internet, nous avons sélectionné une série d’articles sur le terrorisme issus de nos archives, depuis le tournant des années 1970-1980 (guerre d’Afghanistan, révolution iranienne, guerre du Liban…) jusqu’aux suites du 11 septembre 2001 : « Réflexions sur la violence terroriste » (http://www.esprit.presse.fr/news/frontpage/news.php?code=358).