Introduction
La crise des dettes souveraines et la défense de la zone euro, soumise aux turbulences des spéculations, ont été l’occasion de nombreuses interrogations sur l’attitude de l’Allemagne. Celle-ci est-elle touchée par la vague eurosceptique qui balaie l’Europe ? Explorer l’incompréhension de l’attitude allemande, c’est accepter de comprendre le regard porté par ce pays sur ses voisins et singulièrement sur son principal partenaire, la France. Pour ne pas s’en tenir à la politisation des malentendus nationaux, ce dossier procède en deux temps.
Avec Gilles Duhem et Michaël Fœssel, qui font entrer dans l’expérience urbaine de la capitale allemande, on prend la mesure des changements qui ont transformé le pays depuis la réunification, il y a juste vingt ans. Comment cette ville, un des plus grands chantiers européens, s’est-elle transformée ? Pourquoi attire-t-elle en si grand nombre de jeunes européens dont l’expérience de la ville dans le reste du continent, entre ville financiarisée et ville-musée, n’est guère propice à une appropriation des espaces ?
Le second temps du dossier avec Lucien Boulaire, Michaël Fœssel, Jan-Werner Müller et Marc-Olivier Padis, revient sur la culture politique allemande et l’éclairage qu’elle offre, par contraste, sur les réflexes politiques français : ouverture du jeu politique, sérieux du débat public, temps de la délibération. Mais s’il faut souligner, au-delà de la puissance économique, une vitalité de la vie démocratique, celle-ci ne favorise-t-elle pas aussi une sorte de contentement de soi qui pourrait mener à un désengagement européen ? Comment, à l’inverse, l’attitude de la France pourrait-elle relancer un engagement européen de l’Allemagne ? Le débat sur les dettes n’est pas réservé aux experts des équations budgétaires ou de la construction européenne, il concerne au fond ce qu’on attend de la coopération entre pays si un esprit de compréhension mutuelle reste possible…
Esprit