Migration et identité : le paradoxe des influences réciproques
L’arrivée de populations migrantes change-t-elle l’identité des pays dans lesquels elles s’installent ? Si cette question est fréquemment débattue, on néglige en revanche trop souvent de traiter la réciproque : comment la culture des migrants est-elle transformée par leur arrivée dans un pays ? Or, pour le démographe, c’est cette influence du pays d’accueil sur les arrivants qui se révèle déterminante.
Dans un contexte de faible natalité autochtone, une forte immigration en provenance d’autres cultures menacerait-elle l’identité des sociétés occidentales ? D’un côté, les populations occidentales voient leur part se réduire dans l’ensemble de la population mondiale (tableau 1). L’Europe (Russie incluse) et l’Amérique du Nord, qui représentaient 30% de la population mondiale en 1900, n’en forment aujourd’hui plus que 15%; la part de l’Europe dans le monde, dans un croisement spectaculaire avec celle de l’Afrique, sera passée de 24, 7% en 1900 à 7, 0% en 2050 (figure 1).
Distribution de la population mondiale par continent (1900-2050)
AfriqueAsieEuropeAmériqueAmériqueOcéanieMondelatinedu Nord19008, 157, 424, 74, 55, 00, 4100201014, 960, 310, 68, 65, 00, 5100205019, 859, 17, 09, 14, 40, 5100
De l’autre côté, les immigrants que l’Occident reçoit proviennent en nombre croissant du monde non occidental (figure 2). Durant tout le xixe siècle et la première moitié du xixe siècle, les migrations à destination des pays occidentaux trouvaient leur source principale dans le monde occidental lui-même : en Europe, l’essentiel de la migration internationale était intra-européenne, et aux États-Unis, elle provenait en grande majorité d’Europe (91, 3% sur l’ensemble du xixe siècle). Le retournement des dernières décennies est frappant : 56% des flux d’immigrés reçus par les 27 États membres de l’Union européenne1 (2002-2007) et 89% de ceux reçus par les États-Unis (1970-2007) sont désormais originaires de pays non européens.
Les deux réalités ci-dessus sont des faits. Comment les interpréter ? Certains y voient le remplacement graduel d’une population autochtone par une population d’origine immigrée, tandis que d’autres insistent sur la complémentarité nécessaire des deux populations. Ces deux points de vue sur l’impact de l’immigration sur la composition démographique de la population du pays d’accueil sont souvent extrapolés à sa culture et à son identité.
Un troisième point de vue est possible, si l’on inverse la perspective en notant que l’immigration est un processus à double sens, qui apporte à la société d’origine des migrants un certain nombre d’éléments pris dans leur société d’accueil. Les migrants ne sont alors plus vus comme des vecteurs de valeurs et de pratiques non occidentales dans les pays occidentaux autant que, dans l’autre sens, comme des canaux par lesquels des valeurs et pratiques occidentales sont diffusées au-delà de l’Occident.
Les deux premiers points de vue, dominants, et le troisième, iconoclaste, offrent deux perspectives opposées sur la question de savoir si l’identité occidentale est affaiblie (de l’intérieur) ou renforcée (de l’extérieur) par une immigration d’origine non occidentale.
La peur d’être remplacés
Selon les tenants du premier point de vue, des taux de fécondité inférieurs au niveau de remplacement en Occident et notamment en Europe, et des taux élevés d’immigration en provenance d’autres parties du monde se combineraient en une altération démographique durable, caractérisée par la réduction des populations autochtones – ou des populations d’ascendance européenne dans les cas des États-Unis – et la montée des populations d’origine non occidentale. Ce processus engendrerait une altération culturelle par laquelle les populations des pays occidentaux ressembleraient de plus en plus à celles des pays d’origine des migrants.
Cette vision avait été développée dans un article de la revue Population and Development Review, où l’on peut lire :
L’ascendance de certaines populations nationales est altérée de façon radicale et permanente par l’immigration de personnes d’origine géographique lointaine. […] Les processus découlant d’une fécondité faible et d’une immigration forte changent la composition des populations nationales et, par là, la culture, l’apparence physique, les expériences sociales et l’identité consciente des habitants des nations européennes2.
Projetant séparément deux populations – les autochtones d’un côté et la première et la seconde générations d’origine immigrée de l’autre – en maintenant constantes les tendances récentes de la fécondité et de la migration, l’auteur obtient les résultats suivants : entre 2000 et 2050, la proportion de population non occidentale passerait de 8, 7% à 24, 5% en Angleterre et pays de Galles, de 6, 0% à 11, 5% au Danemark, de 6, 6% à 18, 2% en Allemagne, de 8, 9% à 16, 5% aux Pays-Bas et de 3, 4% à 14, 3% en Norvège (figure 3). En 2050 en Grande-Bretagne, 50% des naissances seraient d’origine immigrée, ce qui signifie qu’avec le temps, les autochtones y sont voués à devenir une minorité dans leur île. L’auteur note que, dès 2001, 40% des habitants de Londres sont d’origine non britannique. Le Bureau américain du recensement adopte la même démarche de projection séparée des groupes ethniques (« races »), pour établir que la population d’origine latino-américaine passera de 16, 0% en 2010 à 30, 2% en 2050 (figure 4).
À la différence du Royaume-Uni, la plupart des pays européens ne produisent pas de statistiques selon l’ethnie mais selon la nationalité, ce qui, selon l’auteur de l’article de Population and Development Review, entraîne une sous-évaluation de la population d’origine étrangère croissante avec le temps, car la naturalisation réduit le nombre de personnes d’origine étrangère « comparée aux critères plus persistants de l’ethnie ou de la race3 ».
Lentement mais sûrement, car cela est inscrit dans leur structure d’âge jeune, les populations d’origine non européenne verront la balance pencher en leur faveur dans les pays européens. Si les changements en cours ne sont pas violents, « leurs effets de long terme pourraient éclipser tous les remplacements (de population) survenus dans l’histoire en termes de distance géographique des origines, aussi bien que de vitesse du changement4 ». La transition en cours n’est pas un processus universel, mais se limite au monde développé dont la population serait ainsi vouée à ressembler de plus en plus à celle du monde sous-développé, mais non réciproquement. Ce processus de « remplacement ethnique » aurait des implications profondes sur la cohésion sociale, car les populations d’origine étrangère ne partagent pas les valeurs ni l’identité des autochtones et « leur apparence physique différente pourrait bien renforcer cette discontinuité5 ».
Pour ceux qui adhèrent à la vision selon laquelle un remplacement démographique, et donc culturel, pointe à l’horizon des populations occidentales, limiter l’immigration en provenance des pays non occidentaux serait la seule manière de préserver les valeurs et l’identité occidentales.
Favoriser les complémentarités
La démographie, toutefois, n’est pas qu’une question de populations totales mais aussi de structures d’âge. Préserver le contrat des générations a longtemps été un argument des politiques natalistes et, devant leurs limites, des politiques en faveur de l’immigration. Les immigrants et les autochtones ont des pyramides d’âge et des dynamiques démographiques complémentaires. Les populations autochtones sont engagées dans un processus de vieillissement rapide tandis que les immigrants forment une population jeune avec une fécondité plus élevée (figure 5). Il en résulte des schémas différents de transferts intergénérationnels. Chez les autochtones, les transferts s’effectuent principalement des actifs vers les personnes âgées (retraites et soins de santé), tandis que chez les immigrants ils vont principalement des actifs vers les enfants (coûts d’élevage et d’éducation).
Dans les modes d’économie sociale qui prévalent en Occident, immigrants et autochtones ne sont toutefois pas deux groupes isolés l’un de l’autre, mais ils sont liés par un système unique de sécurité sociale qui organise au niveau national les transferts sociaux des actifs vers les personnes dépendantes. C’est ainsi que les transferts sociaux produiraient des transferts ethniques asymétriques : schématiquement, les actifs autochtones transféreraient plus que leur part aux jeunes immigrés tandis que les actifs immigrés transféreraient plus que leur part aux autochtones âgés. La stratification de la société selon les classes d’âge interférerait avec sa stratification selon des lignes ethniques.
Pour accentuer l’asymétrie, les transferts sociaux au profit des deux groupes d’âge dépendants, enfants et personnes âgées, n’ont ni la même nature ni le même montant. Les premiers sont considérés comme des investissements et les seconds comme des dépenses qui, en outre, s’accroissent au fur et à mesure que la durée de vie s’allonge. Cette interprétation avait été développée il y a vingt ans dans une vision futuriste de la Californie en 2030, un État au bord de l’abîme où une population de retraités anglo-saxons bien éduqués serait entretenue par une jeunesse latino-américaine peu éduquée, qui pourrait former alors jusqu’à 70% de la force de travail. Un conflit ethnique ouvert serait prêt à éclater, à moins que des politiques d’investissement dans l’éducation et de discrimination positive (affirmative action) ne le désamorcent en stimulant l’éclosion d’une classe moyenne mexico-américaine bien établie6.
Deux vues différentes, une même erreur logique
Quelque différentes que puissent être leurs conclusions, les deux approches ci-dessus, la première que l’on peut qualifier de conservatrice et la seconde de libérale, considèrent que les distinctions ethniques se perpétueront avec le passage des générations et permettent ainsi de définir des populations susceptibles de se reproduire indépendamment l’une de l’autre. Elles ne tiennent pas compte du rôle des mariages mixtes dans la fabrication d’une population nouvelle à partir de diverses populations anciennes. L’immigration et l’arrivée d’étrangers sont des réalités indéniables, mais qu’elles doivent nécessairement produire quelque chose comme une « population d’origine étrangère » distincte de la population autochtone est une erreur logique.
L’exogamie, qui existe dans tous les pays occidentaux, produit une descendance aux origines mélangées. Les intermariages sont souvent rares parmi la première génération de migrants mais leur fréquence augmente à la seconde génération et ils tendent à devenir, plus ou moins vite selon les pays, la règle plutôt que l’exception dans les générations suivantes. Les enfants d’ascendance mixte sont un produit normal de la migration. Comment faut-il les classer : comme personnes d’origine étrangère ou comme autochtones ?
La situation devient très complexe avec la succession des générations. Dans le cas de la France et de sa loi sur la nationalité, on a pu identifier jusqu’à 255 situations différentes à la troisième génération, sans pourtant prendre en compte le fait que l’on peut appartenir à une génération du côté de sa mère et à une autre du côté de son père et que la distinction s’applique à chacun des deux parents, des quatre grands-parents, des huit bisaïeux, etc.7. Classer les personnes en deux groupes, individus d’origine étrangère d’un côté et autochtones de l’autre, revient à couper arbitrairement dans un continuum. Il n’y a pas deux populations mais une seule, faite d’individus présentant un très grand nombre de combinaisons possibles en termes d’origines.
Si la généalogie ne permet pas de délimiter une population qui serait d’origine étrangère, la culture offre-t-elle un moyen plus efficace ? Cette question a été examinée en prenant la langue parlée comme critère de rétention de la culture d’origine. Traitant un large échantillon couvrant trois générations d’immigrés originaires d’Amérique latine en Californie du Sud et définissant la persistance de la langue d’origine – dans ce cas l’espagnol – comme la capacité de la parler couramment et sa pratique effective dans le cadre familial, les auteurs de l’étude trouvent que les Mexicains conservent l’espagnol plus que tout autre groupe d’immigrés, mais le perdent néanmoins au fil du temps : il ne survit plus que parmi 35% des migrants de la seconde génération et seulement 5% de la troisième8. Tous les autres sont devenus des Américains anglophones, ce qui confirme que les États-Unis restent un « cimetière des langues » et que l’espagnol ne fait pas exception. Le moyen d’éviter que l’immigration ne produise une division culturelle au sein de la population ne consiste donc pas à la limiter, mais plutôt à intégrer les immigrés et à assurer la promotion de leurs enfants.
Les migrants, passeurs de valeurs
Parce que les immigrés sont physiquement présents dans le pays hôte, le sens commun voudrait qu’ils y apportent une part de leur culture et, qu’ainsi, la ville ou le quartier où ils vivent en vienne à ressembler à leur ville ou quartier d’origine. Les choses peuvent cependant tout aussi bien se dérouler dans l’autre sens. Là où ils vivent, les immigrés sont au contact des autochtones. Souvent ils travaillent et commercent avec eux et, parfois, se marient avec eux, observent comment ils se comportent et écoutent ce qu’ils disent. Les immigrés sont continuellement exposés aux idées, valeurs et pratiques autochtones qu’ils peuvent progressivement faire leurs puis transmettre à leur famille ou à leur communauté restée au pays d’origine. La question n’est plus tant de savoir si l’identité de la société d’accueil est altérée, que de savoir si, et à quel point, la société d’origine est exposée par ses migrants et par les liens transnationaux qu’ils établissent, aux valeurs qui fondent l’identité dans les sociétés d’accueil, en l’occurrence en Occident.
Diverses études de cas ont montré que les migrants envoient non seulement des biens matériels et financiers, les « remises d’épargne », mais aussi des « remises sociales », des éléments idéels constitutifs d’une culture économique qui deviendront autant de ressources pour le développement du pays d’origine9. Plus ils sont au contact de la société d’accueil, plus ils sont exposés à ses valeurs et pratiques et plus ils sont susceptibles de les adopter, de les adapter et de les passer vers leur pays d’origine. Paradoxalement, mieux le migrant est intégré dans le pays hôte, plus grand est son impact (positif ou négatif) sur le changement social et culturel du pays source de la migration.
Il a été suggéré que les idées et modèles transmis par les migrants aux populations non migrantes de leur pays d’origine pourraient avoir déjà produit un « bénéfice démographique global10 ». Tandis que le sens commun dirait que la migration internationale n’a pas d’impact sur la taille de la population mondiale (à laquelle déplacer un individu n’ajoute ni ne retranche rien), on peut faire l’hypothèse qu’au contraire, la migration internationale aura produit une population mondiale plus petite que dans un scénario de migration nulle. En effet, parce que l’essentiel de la migration internationale contemporaine va de pays à fécondité élevée vers des pays à fécondité basse, et que les migrants tendent à adopter et à renvoyer vers leur pays des idées et modèles qui prévalent dans leur pays d’accueil, ils sont des vecteurs potentiels de la diffusion de la modernité démographique vers ces derniers pays.
Cette hypothèse a été testée en comparant trois grands pays d’émigration au sud de la Méditerranée : l’Égypte (d’où la migration est en majorité dirigée vers les États du Golfe arabo-persique) et le Maroc et la Turquie (dont l’émigration est surtout destinée à l’Europe). Ces trois pays présentent des situations très contrastées : les émigrés égyptiens trouvent dans leurs pays de destination des sociétés plus conservatrices que la leur (valeurs patriarcales plus strictes) et moins avancées dans la transition démographique (fécondité plus haute) ; les émigrés marocains et turcs y rencontrent au contraire des sociétés plus avancées dans la transition démographique (basse fécondité) et ses déterminants (niveau d’éducation et taux d’activité économique des femmes plus élevés).
L’étude montre que les taux de natalité sont fortement corrélés (dans le temps et dans l’espace) aux remises d’épargne, lesquelles reflètent l’intensité du lien entre les émigrés et leur pays d’origine. La corrélation est négative dans le cas du Maroc et de la Turquie et positive dans celui de l’Égypte (tableau 2). Dans les deux premiers pays, l’émigration s’est accompagnée d’un changement fondamental des attitudes en matière de mariage et de procréation, dans le troisième d’un renforcement des comportements traditionnels. La variable clé est l’éducation des femmes dans le pays d’origine, stimulée lorsque l’émigration se destine à un pays occidental mais non lorsqu’elle se dirige vers le Golfe.
Corrélation spatiale entre émigration, éducation et fécondité aux environs de 2000
Variables/PaysÉgypteMarocTurquieÉmigration?? fécondité+ 0, 66– 0, 29– 0, 42Éducation?? fécondité– 0, 85– 0, 45– 0, 84Émigration?? éducation– 0, 50U: + 0, 26+ 0, 32R: + 0, 40L’impact de l’émigration sur la fécondité dans le pays d’origine des migrants a été confirmé par une étude ultérieure, fondée sur une vaste base de données statistiques couvrant l’ensemble des migrations vers les pays de l’Ocde, qui montre que les migrants agissent comme vecteurs de transmission vers les populations non migrantes de leur pays d’origine, des normes et attitudes qui déterminent la baisse de la fécondité, en particulier l’éducation des filles11. La transmission se fait aussi bien directement, par la communication des migrants avec leurs parents ou amis restés au pays, qu’indirectement, au travers de l’intérêt accru des médias pour les pays d’accueil de leurs émigrés.
Que les transferts d’idées par les migrants aient un impact sur la fécondité des non-migrants dans les pays d’origine est un fait particulièrement significatif, à deux égards. Premièrement, les valeurs et comportements qui sous-tendent les schémas de construction de la famille et de fécondité sont fondamentaux : ils ont en effet à voir avec l’autonomie des femmes et les droits de l’enfant, en particulier le droit à l’éducation. Deuxièmement, les non-migrants dans les pays d’origine sont beaucoup plus nombreux que les migrants et les idées et pratiques qu’ils adoptent touchent une population bien plus grande que la leur grâce au processus de transfert, qui agit ainsi comme un multiplicateur.
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La migration apporte de la diversité culturelle au pays d’accueil. Selon une interprétation conservatrice, la combinaison d’une forte immigration et d’une faible natalité autochtone transformerait de façon permanente la composition et l’identité de sa population originelle et ferait ressembler ses villes à celles des pays sources de la migration : la vieille Europe ressemblerait de plus en plus à l’Asie ou à l’Afrique de ses immigrés. Une autre interprétation, libérale, voit dans le changement démographique des pays d’accueil l’une des causes de l’immigration qu’ils reçoivent, laquelle contribuerait de façon appréciable à rééquilibrer le contrat des générations, et considère que des politiques appropriées d’inclusion, plutôt que d’exclusion, des migrants permettent d’atténuer les clivages culturels que l’immigration génère. Pour les conservateurs comme pour les libéraux, l’enjeu est le même et consiste à maintenir les valeurs occidentales en dépit de l’immigration.
Mais, comme nous l’avons vu, la migration agit aussi dans l’autre sens, comme un canal de transmission d’idées et de comportements qui prévalent dans le pays hôte, vers le pays source des migrants. Une vision iconoclaste inverse la perspective et voit dans la migration un mécanisme de diffusion des valeurs des pays d’accueil, en l’occurrence celles du monde occidental, vers les pays en développement d’où sont partis les migrants. L’enjeu est désormais d’étendre les valeurs occidentales grâce à l’immigration.
Pour départager ces deux perspectives, il convient de noter qu’il y a une asymétrie fondamentale dans la migration. Premièrement, les migrants sont une minorité dans la société d’accueil (à l’exception de certains États du Golfe), et ils sont plus exposés, quotidiennement, à la culture des autochtones que ceux-ci ne sont exposés à celle apportée par les immigrés. Deuxièmement, les immigrés forment, en matière de pouvoir économique, social et politique, un groupe dominé plutôt qu’un groupe dominant, et leur influence sur la culture de la société d’accueil a toutes chances d’être moindre que l’influence opposée de cette culture sur les valeurs et pratiques que les immigrés se forgent. Parce que les migrants sont souvent regardés dans leur pays d’origine comme des personnes qui ont réussi, la société y est particulièrement ouverte aux valeurs et pratiques qui ont fait leur succès. C’est ainsi que la migration peut fort bien s’avérer être un outil de diffusion culturelle, mais non dans la direction que l’on croirait.
- *.
Institut universitaire européen, Florence. Version révisée de “Little Karachi in London or the Other Way Around? Migration and Social Change at Both Ends”, keynote address, Conference on “A Transatlantic Dialogue on Migration”, New York University/Syracuse University, mars 2009.
- 1.
Non compris les migrants entre États membres de l’Union européenne ; pays occidentaux définis comme Europe + Amérique du Nord + Océanie. Source : Eurostat.
- 2.
David Coleman, “Immigration and Ethnic Change in Low-Fertility Countries: A Third Demographic Transition”, Population and Development Review, septembre 2006, vol. 32, no 3, p. 401-446. L’auteur, professeur à l’université d’Oxford, est aussi consultant auprès de Migrationwatch UK, un groupe de réflexion qui considère que l’immigration sous sa forme actuelle est « contraire aux intérêts de tous les segments de notre communauté », http://www.migrationwatch uk.com/whoweare.asp
- 3.
D. Coleman,
- 4.
Ibid.
- 5.
Ibid.
- 6.
David E. Hayes-Bautista, Werner Schink et Jorge Chapa, The Burden of Support: The Young Latino Population in an Aging American Society, Stanford (CA), Stanford University Press, 1988.
- 7.
Hervé Le Bras, « L’impossible descendance étrangère », Population, 52e année, septembre-octobre 1997, no 5, p. 1173-1185.
- 8.
Rubén G. Rumbaut, Douglas S. Massey et Frank D. Bean, “Linguistic Life Expectancies: Immigrant Language Retention in Southern California”, Population and Development Review, septembre 2006, vol. 32, no 3, p. 447-460.
- 9.
Peggy Levitt, “Social Remittances: Migration Driven Local-Level Forms of Cultural Diffusion”, International Migration Review, hiver 1998, vol. 32, no 4, p. 926-948.
- 10.
Philippe Fargues, “The Demographic Benefit of International Migration: Hypothesis and Application to Middle Eastern and North African Contexts”, dans Çaglar Özden et Maurice Schiff (sous la dir. de), International Migration, Economic Development and Policy, Washington, The World Bank/Palgrave Macmillan, 2007, p. 161-182.
- 11.
Michel Beine, Frédéric Docquier et Maurice Schiff, “International Migration, Transfers of Norms and Home Country Fertility”, Iza DP No. 3912, Bonn, Institute for the Study of Labor, 2008.