Kaléidoscope Lévi-Strauss
Soixante-dix ans après la parution de Tristes Tropiques, plusieurs publications récentes invitent à explorer les mille facettes d’une œuvre à la fois littéraire, philosophique et anthropologique, et les réflexions politiques qu’elle permet d’ouvrir.
Ethnologue, mais aussi philosophe, socialiste et écologiste, réactionnaire et avant-gardiste, le père de l’anthropologie structurale a laissé en héritage un monument intellectuel qui suscite aujourd’hui un regain d’intérêt de plus en plus significatif. Grâce à la publication de nombreux inédits, on assiste aussi à une réévaluation de nombre de ses ambitions qui étaient passées plus inaperçues, notamment liées à sa sensibilité politique1. La parution, en 2019, d’Anthropologie structurale zéro, recueil de textes écrits entre 1941 et 1947, véritable « préhistoire de l’anthropologie structurale » selon son préfacier, constitue un moment décisif de cette redécouverte2. Six ans après, on constate que ce « degré zéro » du structuralisme ne s’est pas contenté de fournir un appendice aux fameux articles publiés en 1958 et 1973, mais a ouvert un véritable sillon de recherche sur cette œuvre d’une richesse inépuisable. C’est à cette lumière que l’on peut comprendre la parution à l’automne 2024 d’un important volume de textes de Lévi-Strauss aux éditions de Chandeigne, intitulé Les Plus Vastes Horizons du monde3. Les éditeurs Samuel Titan et Carlos Augusto Calil reconnaissent avoir pensé à regrouper ces textes à la suite de la publication d’Anthropologie structurale zéro. Et si les articles de ce dernier datent tous, d’un point de vue biographique, de l’exil à New York de Lévi-Strauss, le recueil publié en octobre 2024 permet quant à lui de remonter à son séjour au Brésil, autre pièce manquante de sa vie intellectuelle.
Fragments tropicaux
Il s’agit de dix articles remontant à la période de 1935 à 1938 (dont un est cependant daté de 1942). Ces années d’expéditions au Brésil aux côtés de son épouse d’alors, Dina Dreyfus, ont transformé le jeune agrégé de philosophie en une figure révolutionnaire des sciences sociales. Si des traces indélébiles de ces années avaient habité Tristes Tropiques sous forme de souvenirs, l’expérience brésilienne n’avait jamais été aussi clairement saisie et documentée, d’autant que le volume compte également cinq films4 tournés par Lévi-Strauss et Dreyfus lors de leurs séjours chez les Bororos et les Caduveo. Comme le rappelle Emmanuelle Loyer dans sa majestueuse biographie, « si Lévi-Strauss n’est pas structuraliste au Brésil, il ne le serait devenu sans les Indiens du Brésil5 ». C’est pourquoi, à travers ces précieux documents, il n’est pas tant question d’identifier une « préhistoire de l’anthropologie structurale » que de surprendre les impulsions intellectuelles les plus disparates qui animaient alors Lévi-Strauss avant qu’il se découvre structuraliste.
Le recueil offre les premiers mots tirés du terrain de l’ethnologue ainsi que de nombreuses pensées à partir desquelles on pourrait être tenté de dresser le portrait virtuel du structuraliste avant la lettre. Néanmoins, le début du recueil est plutôt déroutant : le volume s’ouvre sur un article à propos des effets du cubisme sur le quotidien, suivi d’un autre sur le fascisme brésilien de l’époque. Ces textes au caractère anecdotique étonnent par le regard acéré qu’ils portent sur le monde psychosocial qui entoure l’auteur, comme une sorte de Minima Moralia lévi-straussiennes.
Dans « Le cubisme et la vie quotidienne », le jeune penseur raconte la ville contemporaine (Paris) par le filtre de l’avant-garde artistique, à travers ses cafés, ses boutiques et ses affiches publicitaires, mais aussi ses types humains, comme le bourgeois qui, avant, « rugissait devant les toiles des fauves » et, maintenant, « en commandant à la table de son café parisien (en verre dépoli et tube chromé) une bière de la Meuse ou un Veramint, en achetant sa bouteille dominicale aux magasins Nicolas, en se laissant tenter par un complet porté par un mannequin Siegel, […] confesse sa foi inconsciente en Picasso, Lipchitz ou Fernand Léger ». Dans « Le fascisme au Brésil », on assiste au plus pur des exercices lévi-straussiens : le comparatisme. Il n’est pas encore question de comparer les mythes, mais le mouvement intégraliste brésilien aux fascismes italien et allemand, auxquels il ressemble « comme un frère – il vaudrait mieux dire comme un enfant ». Comme s’il suivait par avance sa future méthode comparatiste, plus fidèle aux différences qu’aux identités, Lévi-Strauss s’attarde sur le constat précieux que, si « le programme intégraliste est un pâle reflet » des fascismes européens, il s’en distingue par le fait essentiel que les intégralistes ne sont pas racistes, ayant affaire à un pays qui « n’existe aujourd’hui ni comme race, ni comme nation, […] où se mélangent toutes les nationalités et toutes les races, depuis le métis d’Indiens jusqu’aux Slaves de l’Est européen ».
À partir du troisième article, la racine ethnographique de l’œuvre de Lévi-Strauss apparaît sous plusieurs formes. Cet article consiste en un véritable manifeste disciplinaire, centré sur la proposition de créer une institution analogue au musée de l’Homme dans ce parfait laboratoire de mélanges qu’est le Brésil. Il présente, de manière programmatique, le sens et la méthode propres à la recherche et à l’enseignement de l’anthropologie, discipline de « l’homme concret, tel qu’il a existé, tel qu’il existe à la surface de la Terre ». L’article suivant et homonyme offre un magistral – et absolument premier – exemple du prosateur de Tristes Tropiques6 à travers une sublime description de la rencontre avec la majestuosité des paysages sud-américains, où « les rôles du ciel et de la terre se sont inversés », au point qu’on se demande si « ces Indiens ne sont pas les derniers survivants d’un âge fabuleux ». Il faut attendre le cinquième article pour rencontrer un travail proprement ethnographique : « Contribution à l’étude de l’organisation sociale des Indiens Bororo » (1936), étude qui attira l’attention de Robert Lowie qui appuyait la candidature de Lévi-Strauss pour la New School for Social Research lors de son exil. Il est question de la structure morphologique du village qui, dans le cas des Bororos, traduit leur organisation sociale, mais aussi de leur économie, de leur politique, des rôles respectifs des clans et de leurs objets, tels que les arcs, les flèches ou les ornements.
Malgré la continuité entre ces trois derniers articles quant à leur inspiration ethnographique, l’éventail se fait de plus en plus large, et la sixième pièce du recueil consiste en un véritable duel entre Lévi-Strauss et deux archéologues, les frères Emilio et Duncan Wagner, autour de leur ouvrage de 1934 sur la civilisation chaco-santiaguène. Les Wagner voient dans leurs découvertes le matériau pour une histoire universelle à laquelle Lévi-Strauss est peu sensible. À partir de la découverte faite à Santiago del Estero, en Argentine, de fusaïoles identiques à celles de Troie, qu’ils considèrent comme l’événement le plus capital jamais produit en américanisme et préhistoire, ils déduisent l’existence de rapports entre les plus vieilles civilisations de l’ancien et du nouveau continent. Cela paraît aussi absurde à Lévi-Strauss que de vouloir faire « l’histoire d’Europe avec une monnaie galloise, un Van Dyck et une collection de boutons d’uniforme russe ». Cet épisode archéologique montre comment, pour la pensée lévi-straussienne, il n’est pas simplement question de varier entre plusieurs thèmes, mais aussi de trouver ses différentes expressions à travers des plans de temporalité mixtes. La biographie de l’anthropologue couvre un siècle entier ; pourtant, son esprit se réclame d’un temps qui précède son époque, alors même que ses écrits se révèlent de plus en plus anticipateurs pour la nôtre. À elle seule, sa pensée embrassait au moins trois siècles sans le savoir. Dans le seul contexte du recueil brésilien, on voit donc l’observateur des manifestations ultramodernes de son monde – du cubisme à Paris au fascisme brésilien – montrer son « regard éloigné » vers un « monde perdu », dont il est impossible de faire l’histoire en imaginant sa richesse.
La fin du recueil contient un autre manifeste disciplinaire, cette fois contre les dégénérations métaphysiques de la sociologie « qui sera culturelle ou ne sera pas », deux très courts écrits, l’un sur des poupées retrouvées auprès de deux familles en contact avec les tribus autochtones, l’autre sur les contes de Perrault et leur signification plus cosmologique que morale. Enfin, le pont entre le Brésil, où l’article a été d’abord publié, et New York, où il a été écrit. Il s’agit de « Guerre et commerce chez les Indiens d’Amérique du Sud », déjà publié dans Anthropologie structurale zéro et paradigmatique de la portée politique des analyses de Lévi-Strauss que le recueil de 2019 faisait réapparaître. Il y montrait la complémentarité entre les activités belliqueuses et les échanges chez les peuples primitifs (très évidente chez les Nambikwara) contre la spectacularisation du côté guerrier de ces peuples, souvent promue par les observateurs occidentaux.
Un chantier ouvert
Nonobstant leur hétérogénéité, tous ces élans ne réduisent pas la période brésilienne à un moment de formation hésitant entre plusieurs routes. Ces élans viendront scander le parcours de l’auteur, faisant ainsi de ce recueil, non pas l’épreuve de ce que Lévi-Strauss aurait pu être s’il n’avait pas été un ethnologue structuraliste, mais ce qu’il a été tout en étant ethnologue structuraliste : un « hologramme brisé7 » dont la cohérence s’exprimait par les voies les plus disparates. Cela pourrait être confirmé par un autre épisode éditorial, qui nous paraît aller dans un sens analogue à celui des Plus Vastes Horizons du monde : le Dictionnaire Lévi-Strauss. Le travail encyclopédique mené par l’équipe d’auteurs démontre la nécessité de convoquer toute une mosaïque de thématiques très éloignées les unes des autres pour réaliser sa tâche. En outre, le dictionnaire se clôture par une série de sept textes (lettres, articles et entretiens), inédits ou devenus quasiment introuvables, d’un Lévi-Strauss beaucoup plus accompli, mais pas moins fragmentaire8.
Toutes les routes potentielles que, dans les années 1930, l’anthropologue semblait pouvoir prendre sont encore présentes dans cet autre ensemble de textes qui achève ce dictionnaire. Et une telle variété thématique (esthétique, politique, disciplinaire, anthropologique et philosophique) s’exprime encore par une temporalité hétérogène, toujours en équilibre entre des analyses du monde contemporain, dans ses expressions les plus novatrices, et les observations d’un regard dirigé vers les univers les plus éloignés dans l’espace et le temps. Dans ces décennies, la sensibilité pour la disparition, en arrière-plan des écrits brésiliens, se transforme en un ton catastrophiste qui obscurcit ces promenades entre plusieurs âges.
La sensibilité pour la disparition se transforme en un ton catastrophiste qui obscurcit ces promenades entre plusieurs âges.
À partir d’une interrogation sur le statut de la musique concrète, la lettre à Pierre Schaeffer de 1952 consiste en une réflexion sur le rapport entre vrai et beau ainsi que sur celui entre art et langage, ouvrant une brèche sur la linguistique qui permet à Lévi-Strauss de déployer les principes les plus puristes de la théorie structurale. S’ensuit un rapport rédigé en 1973 pour la création au Collège de France d’une chaire « Modes et systèmes de communication » vouée « moins à un secteur particulier de la recherche qu’à un vaste phénomène de civilisation qui nous concerne tous ». Un Lévi-Strauss très critique, dont la plume prend un style presque foucaldien, souligne l’intérêt de cette chaire en premier lieu à montrer l’imbrication de ces techniques avec des relations de pouvoir : « Il en est des communications modernes comme de l’écriture […]. Informer, éduquer et même distraire, c’est toujours exercer du pouvoir. » Cette veine critique est confirmée par le texte suivant et dans le ton le plus dramatique, malgré la légèreté apparente du medium et du thème. C’est un article publié dans la revue Vogue portant sur le sport, dont la pertinence ne peut que frapper après les Jeux olympiques parisiens. Tant pour sa radicalité que pour sa beauté, ce texte pourrait tenir lieu de manifeste du souci écologique chez Lévi-Strauss. Cet énième exercice comparatif, entre la manière dont l’homme moderne, « prisonnier des villes et esclave de la civilisation mécanique », pratique les activités sportives et celle des sociétés dites primitives, les oppose selon leur rapport respectif à la nature. Chez nous, qui avons « saccagé » d’un bout à l’autre la planète, le rapport ne peut être que « nostalgique et désespéré », ce qui fait de notre recherche de la nature à travers le sport un pur artifice : « une piste de ski ou de bob, un tremplin de saut, des sentiers de grande randonnée, une mer sillonnée des navires marchands et que survolent les longs courriers ne ressemblent plus que de loin à la nature inviolée ». Au contraire, la « philosophie grandiose » des peuples indigènes, qui les empêche d’établir le lien à la nature sous le signe de la mutilation, les a conduits à des conclusions que « l’écologie moderne commence tout juste à découvrir ». L’article se conclut sur l’espoir que notre science parvienne à intégrer dans sa pratique les mêmes superstitions que « de son côté, la pratique des sports aventureux contribue à faire percevoir de manière intuitive et par les voies de la sensibilité ».
Ensuite, deux textes liés plutôt au domaine artistique : un entretien avec Maurice Olender, où Lévi-Strauss revient sur son livre La Voie des masques9, qu’il définit comme « un livre d’histoire de l’art » et une préface à une plaquette sur le cinéma ethnographique (1981) dont la mise en perspective avec le recueil brésilien est curieuse. Nous avons commenté davantage les textes de ce dernier volume, mais son importance est évidemment liée aussi à sa portée documentaire, et donc aux cinq films de Lévi-Strauss et Dreyfus témoignant par l’image des rites funéraires chez les Bororos ou de l’art du dessin des femmes Caduveo, entre autres. Les éditeurs rappellent pourtant la résistance de Lévi-Strauss face à ces documents10 et aussi un désintérêt plus général de l’anthropologue envers le cinéma ethnographique : « Chez les Bororos, j’avais emporté une très petite caméra portative. […] Je m’en suis très vite dégoûté, parce que, quand on a l’œil derrière un objectif de caméra, on ne voit pas ce qui se passe […] : les films ethnographiques m’ennuient11. » La préface à la plaquette de 1981 paraît d’abord confirmer ce sentiment, car l’auteur commence par une affirmation rappelant sa haine des voyages et des explorateurs, mais cette fois-ci envers la « banalité et la monotonie » des films ethnographiques. Toutefois, il fait l’éloge des cinéastes préfacés qui ont su aborder de la manière la plus juste les problématiques inhérentes à ce travail, à mi-chemin entre l’art et les notes de terrain, qui demande la solitude pour le regard et la nécessité d’une équipe encombrante pour les populations filmées. La leçon qu’il en tire s’ouvre sur une dénonciation du « voyageur hâtif », incapable d’un travail patient et laborieux de familiarisation avec une communauté et leur savoir, leur ordre moral et esthétique, unique condition pour que le cinéma ethnographique puisse être défini comme tel. L’ensemble de textes se finit avec les deux écrits des années 2000, le discours sur les identités nationales et la lettre à Denis Kambouchner, qui partagent la même conclusion dramatique que le texte sur le sport. La réflexion sur les identités nationales et sur les effets du vivre ensemble devient un témoignage de ce que Lévi-Strauss considère une « catastrophe sans pareille dans l’histoire de l’humanité » : l’évolution de la population mondiale d’un milliard et demi à sa naissance à deux milliards quand il était au Brésil et jusqu’à six milliards à l’époque de rédaction du discours. La lettre à Denis Kambouchner, où il admet son « pessimisme intransigeant », reprend l’argument démographique pour rappeler que si, au début, l’ethnologie paraissait à Lévi-Strauss comme un moyen de renouveler la façon de pouvoir se dire humaniste, face à une précarité des formes de vie comme celle de notre siècle, la notion d’humanisme perd absolument son sens.
L’ambition politique qu’Anthropologie structurale zéro faisait surgir se lie aussi bien aux premiers écrits d’un jeune socialiste des années 1930 en train de devenir ethnologue qu’aux derniers témoignages d’un géant de la pensée pour qui les inquiétudes écologistes n’ont cessé de prendre de la place. Précisément, cet aspect politique, dans ses différentes formes, pourrait constituer un fil rouge de reconstruction du parcours de l’auteur et une porte d’entrée pour les relectures de cette œuvre monumentale à venir. Si tous ces nouveaux documents ne font que montrer les mille facettes de cette œuvre, un défi encore plus vaste s’offre à nous aujourd’hui. En 2025, nous fêtons le soixante-dixième anniversaire de la publication de Tristes Tropiques, œuvre kaléidoscopique par excellence : littéraire, philosophique, anthropologique ; critique radicale du présent et plongée téméraire dans un ailleurs presque absolu ; portrait franc du nouveau et de l’ancien monde. Tristes Tropiques est aussi l’ouvrage qui a juxtaposé le récit du voyage aux États-Unis et celui au Brésil, comme Les Plus Vastes Horizons du monde permet de le faire aujourd’hui à côté d’Anthropologie structurale zéro, dans un sens plus détaillé et documenté. Tristes Tropiques annonçait alors la catastrophe sur laquelle Lévi-Strauss ne cessera plus d’attirer l’attention, à travers la juste intuition que l’anthropologie serait mieux définie comme « entropologie » : la discipline qui étudie l’entropie produite par une société, sa désintégration interne. Tristes Tropiques est ainsi l’occasion de redécouvrir Lévi-Strauss, à partir notamment de son hétérogénéité, que ces dernières publications nous ont permis de mettre en valeur. De fait, la coïncidence de son anniversaire nous rappelle que ce n’est certainement pas aujourd’hui que nous découvrons le kaléidoscope Lévi-Strauss12. Il était là en 1955, et toutes les nouveautés de ces dernières années ne font que confirmer et enrichir cette idée, ouvrant mille pistes possibles pour la réactivation de cette œuvre.
- 1. Voir Jean-Claude Monod, « Tous Indiens désormais. La politique à retardement de Claude Lévi-Strauss », Esprit, avril 2022.
- 2. Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale zéro, éd. et préface de Vincent Debaene, Paris, Seuil, coll. « La Librairie du xxie siècle », 2019, p. 10. Voir aussi C. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale [1958] et Anthropologie structurale deux [1973], Paris, Pocket, coll. « Agora », 2003.
- 3. C. Lévi-Strauss, Les Plus Vastes Horizons du monde, éd. Carlos Augusto Calil et Samuel Titan, Paris, Chandeigne & Lima, coll. « Bibliothèque Lusitane », 2024.
- 4. Il y avait initialement six films, mais lorsqu’ils ont été retrouvés par C. A. Calil en 1977, la bobine du premier film sur les rites funéraires était dans un état de décomposition excessivement avancé.
- 5. Emmanuelle Loyer, Lévi-Strauss, Paris, Flammarion, coll. « Grandes biographies », 2015, p. 231.
- 6. C. Lévi-Strauss, Tristes Tropiques [1955], dans Œuvres, éd. V. Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff, préface de V. Debaene, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2008.
- 7. C’est ainsi que Lévi-Strauss, âgé de 90 ans, se serait décrit en réponse à l’hommage que lui avait rendu la revue Critique (no 620-621, janvier-février 1999) : « Dans ce grand âge que je ne pensais pas atteindre, et qui constitue une des plus curieuses surprises de mon existence, j’ai le sentiment d’être comme un hologramme brisé. Cet hologramme ne possède plus son unité entière et cependant, comme dans tout hologramme, chaque partie restante conserve une image et une représentation complète du tout. » (reconstitution de mémoire par Roger-Pol Droit, « Claude Lévi-Strauss et “l’hologramme brisé” », Le Monde, 29 janvier 1999).
- 8. J.-C. Monod (sous la dir. de), Dictionnaire Lévi-Strauss, Paris, Bouquins, coll. « La Collection », 2022. On y trouve une lettre à Pierre Schaeffer datant 1952, quatre textes qui remontent à la période de 1973 à 1981 et un discours sur les identités nationales prononcé à Barcelone en 2005, ainsi qu’une lettre à Denis Kambouchner de 2006.
- 9. C. Lévi-Strauss, La Voie des masques [1975] Paris, Pocket, coll. « Agora », 2004.
- 10. Les éditeurs racontent que lors d’un dernier voyage de Lévi-Strauss au Brésil en octobre 1985, avec la délégation du président François Mitterrand, C. A. Calil lui aurait offert une cassette VHS avec les films, mais que l’anthropologue aurait répondu : « Ce n’était pas la peine, ces films n’ont aucune importance. »
- 11. Cette citation est reprise de C. Lévi-Strauss, Loin du Brésil. Entretien avec Véronique Mortaigne, Paris, Chandeigne, 2005.
- 12. Lévi-Strauss, dans La Pensée sauvage ([1962], Œuvres, op. cit., p. 597), a utilisé l’image du kaléidoscope pour décrire la pensée mythique : « Cette logique opère un peu à la façon du kaléidoscope : instrument qui contient aussi des bribes et des morceaux, au moyen desquels se réalisent des arrangements structuraux. »