Redonner le pouvoir aux habitants ? Le cas de la Goutte-dOr
Le cas de la Goutte-d’Or
La Goutte-d’Or n’est pas un ghetto, c’est un quartier mixte, mélangé, où les tensions sont parfois vives. Mais la solution n’est pas de multiplier les descentes de police en créant, comme cela a été fait, une zone de sécurité prioritaire ; c’est le travail social et la participation des habitants qui peuvent aplanir les difficultés. Malheureusement, les urgences sont sourdes au travail patient.
Dans l’abondante littérature sur les politiques de la ville est déplorée de manière récurrente l’absence dans les lieux de débat et de décision des plus précaires : les jeunes, les chômeurs, les migrants. Plus les besoins sont urgents, plus les populations ciblées sont absentes des interventions envisagées. Dans les « territoires perdus » de la République, les habitants ne participent plus au jeu démocratique, ils ont perdu confiance, se replient dans des groupes de solidarité et de survie, légale ou illégale. Ce repli menace la cohésion de l’ensemble de la société. Les réponses expérimentées ont pour nom démocratie participative ou community organizing, concept créé aux États-Unis par Saul Alinsky1 : il faut faire avec les gens, rien ne peut se faire contre eux ni même sans eux. Cette idée a été reprise par Jacques Donzelot dans un rapport sur les politiques de la ville2. Le principe est qu’il faut agir sur les gens là où ils se trouvent, s’appuyer sur les communautés locales plutôt que de compter sur la seule intervention de l’État, créer des conseils d’habitants qui aient un vrai pouvoir de décision.
Des aspirations contradictoires
Les lieux où a été expérimentée la démocratie participative sont généralement des quartiers devenus ghettos, où l’éloignement de l’emploi, de l’aide sociale, de la santé et l’abandon des services publics ont tissé un espace de misère et de chômage. Si le quartier est socialement homogène, la remise du pouvoir à sa population peut la sortir de l’enfermement. La Goutte-d’Or n’est ni un ghetto ni un quartier à la dérive. C’est un quartier pluriel, dont les habitants ou les usagers de l’espace public expriment des revendications divergentes, voire hostiles et irréconciliables. L’« organisation communautaire » peut encore renforcer les divergences. Entre ceux qui habitent et ceux qui occupent l’espace public (commerçants, vendeurs à la sauvette, prostituées, dealers et usagers de drogue), ceux qui y vivent et ceux qui y travaillent. Comment faire émerger une communauté d’intérêts, un intérêt général, dans un quartier monde ? La Goutte-d’Or de ce point de vue est un cas d’école parce qu’elle comporte des habitants privilégiés (salaire, protection sociale, ressources) qui ne disposent pas des privilèges de l’espace public accompagnant généralement les privilèges sociaux : propreté des rues, liberté de circulation, accès à des commerces diversifiés. Ceux qui ont acheté leur logement en veulent pour leur argent. Ils comptent sur une évolution du quartier qui leur permettra de vivre mieux ou de revendre leur bien dans de bonnes conditions, qui leur permettra de transmettre aux enfants les moyens de prendre leur place. Et une autre population dans la galère, l’errance, à la recherche de moyens de survivre. Le tout dans un mouchoir de poche.
Les aspirations et les intérêts des habitants et des usagers de l’espace public sont donc contradictoires. L’affrontement est quotidien, dans les difficultés pour se déplacer, la propreté des rues, des spectacles considérés comme « insupportables » : prostitution ou consommation de drogue à ciel ouvert. Il est aussi idéologique. Dans chaque colère, dans chaque remous, dans tous les mouvements de foule et toutes les réunions de quartier émerge une question politique : quel quartier et pour qui ? Les convictions s’affrontent. Les uns souhaitent un quartier cosmopolite, multiculturel, lieu d’accueil pour les migrants, qu’ils estiment menacés par des opérations de rénovation. Pour eux, sous couvert de l’intérêt général, la mixité sociale mène la guerre aux plus pauvres, aux marginaux, aux immigrés, pour laisser place à une population parisienne aisée, diplômée, salariée. Ce que redoutent les uns est souhaité par les autres. Assurer la sécurité du quartier, c’est d’abord assurer la tranquillité de ceux qui ont les moyens de l’habiter, de s’y investir. Ils ont payé le logement ou le commerce au prix du marché et veulent pour ce prix un quartier propre et bien entretenu. Les deux camps ne sont pas tranchés et une même personne peut passer de l’un à l’autre dans la journée.
Les lieux où se décident et se débattent le présent et l’avenir du quartier sont occupés par des hommes et des femmes qui habitent et travaillent dans son périmètre. La population qui fréquente les conseils de quartier, les bureaux de vote, les partis politiques ne ressemble pas à la démographie fluctuante de la Goutte-d’Or. Dans la déferlante quotidienne des usagers de l’espace public, elle ne représente qu’un infime pourcentage. Mais c’est elle qui vote et désigne les élus, qui est écoutée par les décideurs, qui est présente avec éloquence dans les réunions. La majorité visible des usagers de l’espace public en revanche n’a aucun moyen d’influencer son propre mode de vie ou de survie. Ceux qui en font partie sont considérés comme des intrus, des illégaux, source de délinquance, de nuisances sonores et de saleté. Les habitants qui disposent des moyens d’influence sont d’autant plus irrités qu’ils se heurtent en permanence aux limites de leur pouvoir. Leurs outils habituels ne fonctionnent pas, les laissent impuissants. Il leur reste l’appel régulier aux forces de l’ordre, le courrier aux élus, ou la déploration, le déni, la protection désespérée, la transhumance scolaire des enfants au-delà du boulevard Barbès, ou encore la fuite.
Les citoyens électeurs et salariés, en achetant ou en louant dans le quartier, savent ce qu’ils vont y trouver. Ils se sont tous promenés avant de signer et ont vu les vendeurs à la sauvette, les usagers de drogue et les prostituées. Une fois installés, ils présentent des exigences qui sont la mesure de leur intégration. Ceux qui habitent le quartier tout en lui tournant le dos ne sont guère revendicatifs. Ils pratiquent l’évitement et l’aveuglement tranquilles. Les autres deviennent militants de la normalité. Les enfants, qui n’ont pas choisi de vivre ici, mais accompagnent leurs parents, remarquent que les rues sont plus sales que dans d’autres quartiers de Paris, que sont tolérées ici des pratiques qui sont interdites ailleurs. Ils le disent tout haut, avec une candeur qui blesse le cœur des adultes : « Les rues sont sales dans mon quartier. » Pourquoi ? Pourquoi les couloirs de Château-Rouge sont-ils encombrés de vendeurs qui gênent le passage ? Ici et pas au métro Odéon ? Leurs amis qui vivent ailleurs admirent l’exotisme, s’étonnent du courage qu’il faut pour vivre dans l’insalubrité et l’insécurité.
Après avoir accepté d’acheter ou de louer dans un quartier particulier, ils veulent vivre dans un quartier moins particulier. Ils sortent et rentrent par des itinéraires d’évitement. Ils assistent aux réunions publiques et se plaignent des nuisances. Les actions sociales sur l’insertion des jeunes, sur la drogue, sur l’aide sociale, sur la résorption des taudis restent invisibles car elles agissent sur le long terme. Les urgences sont sourdes au travail patient.
À ceux qui se plaignent, les responsables politiques et associatifs montrent les évolutions. Depuis une trentaine d’années, les efforts pour normaliser le quartier sont constants. Les bâtiments les plus vétustes, les plus insalubres ont été démolis. Les résultats sont mitigés. Plus le quartier se normalise, plus les stigmates deviennent insupportables. La population est en constante mutation. La mauvaise réputation du quartier tire les loyers et les prix du mètre carré vers le bas. Sa situation centrale, l’accès facile au cœur de la ville, les tire vers le haut. Cet équilibre foncier permet à des jeunes des couches moyennes de vivre quelques années dans la capitale. Ils s’installent et constatent que le quartier prend du temps à se tranquilliser. Dix ans ou vingt ans, pour les mutations urbaines, c’est peu. Dans la vie d’une personne, c’est beaucoup. Ils se découragent, déménagent, surtout quand les enfants grandissent. Les écoles et les échecs à les déghettoïser jouent un grand rôle dans ces mouvements de population. Les nouveaux arrivants cherchent et trouvent ici des logements meilleur marché, des aides, des conseils, des réseaux. La Goutte-d’Or continue d’attirer les nouveaux migrants à la recherche de survie et les nouveaux migrants des couches moyennes à la recherche de logements qui leur évitent l’éloignement au-delà du périphérique.
Éviter l’enfermement
En 1996, la Goutte-d’Or a été classée « zone urbaine sensible » (Zus) et « projet de rénovation urbaine » (Pru). En 2007, un « contrat urbain de cohésion sociale » a été signé. En 2012, elle est devenue « zone de sécurité prioritaire ». Chaque fois, les objectifs sont réitérés : normaliser l’espace tout en patrimonialisant le passé ouvrier et populaire, en gardant sa spécificité de lieu d’accueil et de mixité culturelle et sociale. Chaque fois, deux grands défis se posent : éviter l’enfermement pour dégager l’avenir des plus démunis, attirer les couches moyennes intégrées pour contribuer à tirer le quartier vers le haut. L’équilibre est fragile, mais les résultats sont réels. La Goutte-d’Or n’a pas sombré dans le ghetto des misères multiples, elle ne s’est pas hissée à une gentrification sans retour. L’équilibre est fragile et les discussions tendues. Même les noms et les frontières sont objets de dispute.
Z part à la retraite en mars 2014. Elle vend son appartement rue Doudeauville. Comme Jocelyne, Nathalie, Catherine. Elles seront remplacées par de jeunes enseignants, bibliothécaires, chercheurs, musiciens, artistes, qui prendront le relais, se féliciteront et seront en colère. Le mois dernier, les prostituées en bas de l’immeuble de Z se sont bagarrées. Tard dans la nuit. Encore une fois, les habitants se sont penchés, ont crié : « Taisez-vous ! » Z a pris une bassine d’eau froide, l’a jetée par la fenêtre. Elle habite le premier étage. Les prostituées l’ont vue. Elles ont jeté des pierres contre les vitres. Z téléphone à la police, qui arrive une demi-heure plus tard. Il y a encore trois mois, Z se félicitait de la zone de sécurité prioritaire3. La police arrivait tout de suite. Aujourd’hui, elle quitte le quartier. La bassine d’eau froide fait partie du départ. Z dit que les gens de son immeuble, pourtant plutôt moins réacs qu’ailleurs, évoquent l’idée d’une milice d’habitants pour chasser les prostituées. Elle dit que sa famille, ses enfants, ses frères, ses amis lui disent depuis longtemps de partir, que ce n’est plus possible. Elle est chez moi, dans mon jardin, protégé, calme. Ah, dit-elle, si j’habitais ici, je ne serais jamais partie !
La Goutte-d’Or a une histoire, une littérature. Ses frontières sont fluctuantes. Le quartier s’appelle parfois Goutte-d’Or, parfois Barbès. Le magasin Tati n’est pas à l’intérieur des frontières officielles, mais il est un repère universel. Cet espace urbain a l’avantage de la durée sur les autres quartiers qui apparaissent régulièrement dans les rubriques délinquance, émeutes ou politiques de la ville. Il est présent dans la littérature réaliste du xixe siècle, dans l’Assommoir d’Émile Zola et les nouveaux arrivants vont chercher dans les romans de la médiathèque les rues où Gervaise logeait, les lavoirs où les femmes se battaient, les estaminets où les maçons s’enivraient. Les couches moyennes pointent avec fierté et espoir le centre Barbara, l’Institut des cultures d’Islam, la nouvelle librairie Gibert, le cinéma Louxor, les anciennes et nouvelles mosquées, la rue de la mode, une nouvelle boulangerie rue Cavé. On célèbre ses monuments, ses nouveautés, son étrangeté, pour lutter contre les stigmatisations et les délinquances à ciel ouvert. Aujourd’hui encore, aux preneurs d’images qui cherchent des clichés exotiques, des rassemblements colorés, des scènes de deal, des commissariats sur fond de trafics, la Goutte-d’Or tend ses boutiques, ses tissus, ses nattes. Vous vouliez des prières dans la rue ? Rendez-vous rue Myrha et rue Polonceau. Ici se trouve le marché en gros pour les produits africains, pour les portables volés dans toute la région parisienne, pour les cigarettes de contrebande et les contrefaçons. Tous les trafics de marchandises et d’êtres humains qui accompagnent les marchés en gros se retrouvent à la Goutte-d’Or. Avant le déplacement des Halles à Rungis, la rue Montorgueil n’était pas une adresse rêvée.
Dans la journée, les commerces ethniques, coiffeurs, boutiques de téléphone, tissus africains, fruits, légumes et poissons exotiques drainent des dizaines de milliers de personnes venues de toute l’Île-de-France. L’insécurité au sens strict, vols, agressions, cambriolages, règlements de compte entre bandes, incendies de voitures, peur de circuler, n’est avérée par aucune statistique. Les patrouilles de police circulent sans provoquer de remous particuliers. Par rapport à d’autres quartiers classés zone de sécurité prioritaire, la Goutte-d’Or se distingue par son calme relatif. Elle n’est pas un ghetto fermé, mais à l’intérieur de ce non-ghetto peuvent se constituer des groupes murés. Les évolutions sont contradictoires : alors que la mixité sociale se réalise, le fossé se creuse entre la misère et la précarité de ceux qui se sentent coincés dans le quartier et les privilèges apparents ou réels d’une bourgeoisie qui s’installe pour rester. Les plus pauvres, lorsqu’ils deviennent moins pauvres, quittent le quartier qui pour eux est symbole de galère. Le risque est que restent face à face une extrême misère et une vie relativement confortable. Les tensions peuvent alors devenir plus vives.
La Goutte-d’Or est un quartier de Paris où vivent environ vingt mille habitants qui sont dissimulés par le passage et la fréquentation de dizaines de milliers d’acheteurs, de vendeurs, d’usagers, qui leur disputent l’espace public. Quand la population ressemblait aux chalands et aux commerçants, les tensions étaient moins fortes. Les anciens d’Afrique du Nord se rappellent avec nostalgie le temps où le quartier était un village, les places des agoras, les commerces des centres commerciaux où l’on échangeait des nouvelles. Ce village, si tant est qu’il ait jamais existé, a été secoué de l’intérieur et de l’extérieur. De l’extérieur, les migrations viennent d’autres régions du monde. L’Afrique du Nord fait place à l’Afrique noire et les Africains assistent à l’intrusion des émigrés d’Europe centrale. Les épiceries sont tenues par des Chinois, les couscous remplacés par des mafés4. Les vieilles dames voilées qui font la manche à la sortie de la mosquée regardent avec mépris les mères de famille de Roumanie qui utilisent leurs enfants pour quémander. Invisible dans cette cohue, la population de Français intégrés, salariés, artistes, commerçants. Pour les repérer, il faut aller dans les bureaux de vote les jours d’élection et aux bouches de métro avant dix heures du matin. Ceux-là vont voter, ils vont travailler, étudier. Ils vident les stations Vélib’ avant neuf heures du matin, traversent le boulevard Barbès pour aller lire leur quotidien à la terrasse d’un café. Quand ils ont des enfants, ils se regroupent, ils s’invitent pour les anniversaires. Ils décident ensemble d’inscrire les enfants dans les écoles proches. Beaucoup renoncent avant même d’avoir essayé. Jusqu’en maternelle, d’accord. Le primaire devient plus difficile. Le collège, inutile de rêver.
Dans les quartiers protégés, le regard sur les inégalités, la misère, est un regard ré, abrité, lointain, sans conséquence directe. Les murs des écoles et des immeubles sont épais, gardiennés. Dans les quartiers difficiles, non seulement les habitants diplômés ou salariés sont stigmatisés par leur adresse, mais en plus, on les somme de s’engager. D’être des citoyens. Ils n’ont pas le droit à l’indifférence, à la neutralité. La misère est là, face à eux. La galère des usagers de drogue, les courses des vendeurs à la sauvette, les mains tendues de retraités qui offrent montres et téléphones, les mères venues du froid qui mendient au milieu de leur marmaille ne sont pas des images, mais forment le décor vivant de leurs courses, de l’achat d’un journal, d’une baguette de pain. Pour la majorité des gens, se trouver dans ce décor est le résultat d’un choix. On s’engage dans la Légion ou dans une organisation humanitaire. Les habitants de la Goutte-d’Or ne sont ni des coopérants ni des humanitaires. Ils ont investi sur l’avenir. Ils parient sur les changements. En attendant, on les emprisonne dans des engagements volontaires ou subis.
Il y a ceux qui galèrent et qui subissent. Ceux qui veulent partir et n’en sont pas fiers. Ils ont essayé, ils n’y arrivent pas. S’ils partent pour de bon, ils vont subir les jugements bruyants ou silencieux de ceux qui restent, qui vont les accuser de fuir, de trahir le combat. Ceux qui ne sont pas contents des nuisances, des saletés et, quand ils se plaignent, sont accusés d’être réactionnaires, voire racistes, et doivent se justifier. Ceux qui changent les enfants d’école et sont pointés du doigt par les parents qui résistent à la ghettoïsation. Ceux qui laissent leurs enfants mais se demandent si c’est bien pour eux. Ceux qui appellent la police quand il y a du deal ou de la prostitution dans leur immeuble, sont en colère quand elle ne vient pas, et ne sont pas fiers quand elle vient. Le bouillonnement ne cesse jamais. Les habitants ne sont jamais tranquilles.
Au début du boulevard Barbès, entre l’échafaudage de la nouvelle brasserie et la rue de la Goutte-d’Or, un banc. Un banc public. Un banc de bois posé sur des infrastructures en fonte entrelacée. Sur ce banc, prévu pour les amoureux et pour les personnes fatiguées, depuis l’apparition d’un marché aux cigarettes de contrebande, les vendeurs s’installent, assis sur le dossier, les pieds sur les planches prévues comme sièges. Installés ainsi en hauteur, ils interpellent les passants. Les habitants et les commerçants de ce bout de trottoir n’aiment pas les vendeurs à la sauvette. Ils sont en guerre quotidienne avec eux. Ils ont d’abord réagi en collant du papier journal. Si on pose les pieds, on emporte des lambeaux de journaux sous les semelles. L’étape suivante fut une pétition pour demander la destruction de ce banc. Depuis l’automne 2013, la pétition a été entendue et le banc a été détruit. Les commerçants et les résidents ont été entendus.
Un quartier sombre dans la galère quand les habitants avec un minimum de ressources l’abandonnent et qu’il ne reste plus personne pour protester. Les colères sont précieuses, elles signifient que les personnes en colère veulent rester. Ceux qui sont relativement intégrés ne supportent pas les incivilités, les délinquances, les bruits, la saleté. La protestation véhémente contre les dysfonctionnements est l’indice d’une volonté citoyenne de s’approprier ou de se réapproprier l’espace auquel une partie de la population affirme avoir autant de droit que dans les quartiers plus favorisés. Plus le quartier se transforme, plus le niveau de tolérance baisse. La prostitution, la consommation de drogue, les buveurs-pisseurs, l’occupation de l’espace par les vendeurs à la sauvette sont intolérables face au Louxor et à Gibert Jeune. Ceux qui ne sont pas en colère sont ceux qui utilisent leur lieu d’ancrage comme un port d’attache. À l’abri d’une cour ou d’un jardin, ils aiment bien le bruit des tempêtes.
Les contempteurs de la gentrification en rajoutent une couche. Pour eux, les catégories intellectuelles et cadres moyens ou supérieurs qui s’installent dans le quartier sont des profiteurs. Ils achètent ou louent bon marché, puis demandent la transformation du quartier et contribuent ainsi à chasser les couches populaires de la capitale. Les mots ont leur importance et toutes les études, les analyses, les slogans sur « la mixité sociale, c’est la guerre au peuple » sont vus et entendus dans ces catégories sociales. S’ils viennent s’installer ici, ils chassent les pauvres. S’ils quittent le quartier, ils désertent. Dans cette pesante et continuelle pression, les catégories supérieures qui se calfeutrent dans les quartiers de l’Ouest parisien sont moins moralement tourmentées. Au moins, elles font apparaître clairement sur les cartes les différences sociales alors que la mixité brouille les pistes et les comportements politiques.
Les chercheurs qui étudient les quartiers en difficulté parlent de « déficit démocratique ». La Goutte-d’Or est un quartier de pléthore démocratique. C’est l’un des territoires parisiens où la vie associative est la plus dense. Une chance et un poids. Des centaines de salariés, des associations qui s’additionnent et répugnent à l’évaluation, qui s’ajoutent et veulent rarement renoncer. Des entreprises d’insertion, d’économie sociale et solidaire sont encouragées, installées dans des locaux dédiés. Le financement des associations est public. Pour aller chercher des financements, il faut maîtriser la culture de l’écrit et cultiver les réseaux. Les couches populaires sont fragilisées dans ce domaine et les habitants des couches moyennes guère participatifs. La recherche de financement met en concurrence des associations qui interviennent sur le même territoire, occupe beaucoup de temps, du personnel pour monter des dossiers. Les financements sont ensuite décidés par les élus et les administrations. Il est compliqué pour les associations de garder leur autonomie par rapport aux élus auxquels elles sont redevables pour rémunérer les locaux et les salariés. Il existe un réel clientélisme associatif. Parfois, les militants associatifs sont intégrés dans le personnel politique. Comment réfléchir, déranger et obtenir de nouveaux financements ?
La majorité des jeunes de moins de vingt ans ont eu au moins un contact avec les associations. Près de la moitié d’entre eux sortent du système scolaire sans diplôme. Une présence active de salariés ou de militants associatifs dans le domaine de la santé, de l’éducation, des loisirs permet un face-à-face qui peut devenir un côte-à-côte. Les instituteurs, les médecins, les politiques, les médiateurs sont des militants de l’intégration, même s’ils ne sont pas résidents. Les policiers et les enseignants n’habitent pas le quartier. La plupart des responsables politiques et associatifs n’habitent pas le quartier. Pourtant ils contribuent à l’intégration. Ils connaissent les habitants parfois mieux que les habitants eux-mêmes et sont autant écoutés que ceux qui y habitent.
Contre les hargneux et les craintifs, les réformistes par profession ou par politique disent aux couches moyennes, comme le géographe Jacques Lévy, que sans rien faire, par leur seule présence, ils contribuent à l’apaisement. Pourquoi n’y a-t-il pas d’émeutes dans les quartiers mixtes de la capitale demande Jacques Levy5 ? Si la politique est un « moyen d’éviter la guerre civile », ce maintien de la paix est un bon indicateur. Un autre est le fait que les catégories populaires préfèrent vivre dans des quartiers mélangés plutôt que dans des ghettos. Ils le disent par leur salut dans la rue, par des regards inquiets sur les camions de déménagement. Restez dans le quartier, s’il vous plaît. Nous savons que c’est parfois difficile, mais vous nous protégez contre les dérives vers le ghetto. La mixité, c’est le partage actif ou passif de l’espace public. Ce partage crée des conflits et des liens. Car, dit Jacques Lévy, ces liens « rendent la société visible à elle-même dans toute sa complexité ». L’exposition de l’altérité multiplie les chances de trouver ce qu’on ne cherche pas, fait reculer la fatalité qui annonce aux pauvres qu’ils sont coincés dans la relégation. Ceux qu’Anne Clerval6 appelle « gentrifieurs », Jacques Lévy les qualifie de « défaiseurs de ghetto7 ». Ces personnes qui auraient pu résider ailleurs ont décidé de résider là où ils côtoient plus pauvres qu’eux et sauvent des quartiers de l’effondrement. Ainsi fonctionnait un quartier parisien nommé la Goutte-d’Or, dans un équilibre fragile.
Le classement de la Goutte-d’Or en zone de sécurité prioritaire déplace le pouvoir diffus d’une population en éveil par l’inscription de la sécurité comme centre de gravité de toutes les questions sociales. Pour la démocratie participative, il est une catastrophe.
Comment un quartier devient une zone
La Goutte-d’Or a été classée en zone de sécurité prioritaire en septembre 2012 par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, à la demande de Bertrand Delanoë, maire de Paris, et de Daniel Vaillant, député maire du 18e arrondissement et ancien ministre de l’Intérieur. Selon les objectifs déclinés sur le site de la préfecture de Paris, la zone de sécurité prioritaire doit correspondre à des « territoires ciblés dans lesquels des actes de délinquance ou d’incivilités sont structurellement enracinés ». Figurent parmi ces actes « l’économie souterraine, les trafics de stupéfiants et d’armes, les violences acquisitives, les cambriolages, la prostitution, les regroupements dans les parties communes des immeubles d’habitation, les nuisances de voie publique ». L’objectif est de mettre en place « une action de sécurité renforcée » sur ces territoires, où la délinquance est durablement implantée et les attentes de la population fortes.
Si le maire, Daniel Vaillant, a demandé ce classement, c’est qu’il reçoit en permanence des plaintes d’habitants « qui n’en peuvent plus ». À ceux qui déplorent dans les réunions de quartier l’aspect guerrier et sécuritaire de ces actions, il répond que les « gens ont peur ». Ils ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école. Peur de sortir le soir. Peur de rentrer. Ils veulent déménager. On vend dans le métro des marchandises volées aux Restos du cœur. « Ouvrez les yeux », demande-t-il aux habitants angéliques, « une quarantaine de personnes vivant dans le quartier contrôlent le trafic ». Il faut produire de la sécurité pour que tout le monde vive libre. La sécurité est la première des libertés.
Les plaintes des habitants et les analyses de la préfecture de police se reflètent mutuellement. L’image qui émerge du quartier dans les courriers et dans les réunions est terrifiante. Des appartements sont occupés par des prostituées ou des trafiquants. Des immeubles entiers sont en perdition, les serrures sont fracassées, les portes défoncées. Des groupes d’individus ivres, drogués, agressifs, stationnent au pied des immeubles. Des digicodes sont recouverts d’excréments. Le bruit des rassemblements est un cauchemar. Des voyous ont menacé de mort ceux qui s’adressaient à la police. Au square Léon, des jeunes empêchent les familles de profiter de l’espace public avec leurs enfants. « Attendez-vous qu’une personne soit assassinée pour intervenir ? » demande un habitant. Les groupes de délinquants sont de plus en plus nombreux, de plus en plus violents. Autrefois, quand les voyous reconnaissaient un habitant du quartier, ils disaient, « laissez-le tranquille, il habite ici ». C’est fini. Les militants les plus ouverts, les plus engagés dans les activités associatives, se font braquer par des enfants qu’ils ont parfois aidés dans leurs études. La délinquance est plus brutale : vol avec agression, bijoux et colliers arrachés.
Dans une langue plus administrative, peut-être plus nuancée, les textes rédigés par la préfecture reprennent ces témoignages. Le quartier concentre des « problématiques de délinquance » et de « physionomie d’apparence » qui contribuent à créer un sentiment sinon d’insécurité, au moins de mal vivre. Prégnance des stupéfiants avec de multiples points de deal, présence forte de toxicomanes, vols avec violence ou à la tire, ventes à la sauvette, racolage, consommation d’alcool sur la voie publique et ses corollaires : regroupements, tapage, saletés sont des nuisances que concentre ce secteur depuis des années. Tous ces éléments requièrent une « action judiciaire forte ». Les pouvoirs publics doivent relever l’enjeu pour que la population se réapproprie cet espace. La parole officielle est vigoureuse : il faut « assassiner les commerces illicites au niveau des impôts », il faut « reconquérir l’espace ». Il faut montrer que la loi est plus forte que les caïds.
La machine est en marche. Toutes les administrations sont mobilisées : douanes, commerce, juges pour enfants, justice, le tout coordonné par le commissariat central. Les sanctions seront plus lourdes et les peines plus rapidement infligées. Entre septembre 2012 et juillet 2013, vingt mille policiers se sont déployés dans le quartier, un policier par habitant. Ainsi sera créé un climat général qui va inverser la vapeur. L’insécurité va changer de camp. Les marginaux, les sans-papiers, les vendeurs à la sauvette, les proxénètes ne feront plus la loi, ils la subiront.
Le changement est spectaculaire. Les vendeurs à la sauvette replient leur étalage dès qu’apparaissent les patrouilles de police. Des marchandises sont saisies, placées dans des bennes qui les broient. La présence policière fait baisser les agressions et les vols à la tire. Le racolage est verbalisé et les prostituées interdites de séjour à l’intérieur du périmètre de la zone de sécurité prioritaire. Des réseaux sont démantelés, les marchandises volées saisies. Quand la police se retire, les vendeurs reviennent et réinstallent leurs marchandises. De temps en temps, des opérations de quadrillage bouclent le quartier. Le préfet de police justifie ainsi ces opérations :
Je vais peut-être vous décevoir, mais je vais vous dire qu’on va recommencer parce qu’il y a des moments où il y a une telle concentration d’infractions dans cette zone, de vols, de recels, de la tromperie sur les marchandises, de mise en danger de la santé des gens, qu’il faut montrer qu’on est là et qu’on le fasse savoir, de façon ferme, déterminée et dans le respect des lois de la République. Donc, on le refera parce que ces ventes à la sauvette, ces trafics sont faits assez souvent par des gens qui sont en situation irrégulière et qui alimentent cette situation. Ils n’ont rien à faire ici, ils n’ont pas à violer la loi par ces trafics, cette vente de marchandise avariée, de contrefaçons, de recels. Donc on continuera, il faut parfois montrer sa force et cette opération a été très bénéfique les quelques jours qui ont suivi8.
Le maire, Daniel Vaillant, lors de la même réunion, confirme que le classement en zone de sécurité prioritaire est d’abord un « rapport de force » :
Il faut que ce soit le droit qui l’emporte, dans le domaine de la propreté, de la sécurité, du commerce.
L’objectif affirmé est de changer la « physionomie » du quartier pour soutenir une fragile mixité habitante.
J’encourage les gens qui sont à la Goutte-d’Or d’y rester, et non pas de fuir.
Ce langage martial n’est pas nouveau. En 1978, Jean-Pierre Bloch, député Udf, avait entrepris une opération de sécurisation dans la Goutte-d’Or : fermeture des maisons closes, éradication du commerce de rue et déclarait à la presse : « Harlem n’existera pas, je casserai la Goutte-d’Or9. » Depuis, les commissaires du quartier ont régulièrement déploré les difficultés rencontrées par leurs hommes dans la Goutte-d’Or en raison de l’effet de masse : les vendeurs sont trop nombreux et se réinstallent immédiatement après leur passage, les sanctions ne sont pas dissuasives, les amendes sont inefficaces car les personnes qu’elles visent sont souvent non solvables, la foule réagit négativement aux interpellations. La zone de sécurité prioritaire permet de renforcer la présence policière. La mobilisation de différents services permet des procédures simplifiées, des réponses pénales accélérées.
Dans les réunions de bilan, les habitants sont submergés de chiffres qui prouvent l’efficacité du classement. Deux cent quatorze consommateurs et dealers interpellés, dont vingt-quatre en injonction thérapeutique. Un vendeur condamné à dix-huit mois d’emprisonnement et l’acheteur à cinq mois. Interpellation de deux cent douze prostituées. Démantèlement d’un réseau international de proxénétisme. Sept cent quatre passages de sécurisation des trois espaces verts ; cent soixante procès-verbaux pour étalage non autorisé, trois cent cinquante-trois pour non-respect des terrasses. Balayage des rues quatre fois par jour. Mille treize personnes en garde à vue. Cinquante-cinq commerces fermés pour non-respect des règles d’hygiène.
Enfin, dans le dispositif : un comité de suivi, composé pour partie d’habitants ou de commerçants, est invité à collaborer, à indiquer les zones chaudes, commerces illicites, prostitution, buveurs-pisseurs, rassemblements bruyants. Ce panel donne légitimité à l’adresse et à la colère. Dans toutes les réunions, les membres du panel se présentent par la localisation : j’habite depuis cinq ans rue Marcadet, vingt ans rue de Suez. Des petites sociétés de voisins se retrouvent autour de la dénonciation de nuisances spécifiques à l’appropriation informelle d’un hall d’immeuble ou d’un bout de trottoir par des populations allogènes au quartier. Dans le cadre de la zone de sécurité prioritaire, ils sont invités à faire remonter à la mairie et au commissariat les problèmes qu’ils subissent et les pratiques illégales dont ils peuvent être victimes ou témoins.
Les dangers du « tout sécuritaire »
Pour les habitants qui souhaitent des solutions durables et des apaisements entre intérêts conflictuels, la situation est préoccupante. Elle accroît les énervements, les tensions, les agacements. Tout peut déraper, faire plonger un quartier en équilibre instable dans les mouvements incontrôlables. Le travail des politiques qui ont remodelé le quartier, construit le centre Barbara, la médiathèque, le Louxor, le travail d’accompagnement, de soins des associations, tout ce qui tient le quartier debout et qui demande du temps pour qu’apparaissent les résultats, est masqué au profit d’une demande sécuritaire omnivore. Le classement en zone de sécurité prioritaire risque de stigmatiser davantage un quartier qui n’en demande pas tant. La population comprend des citoyens et des exclus, des délinquants et des victimes, des migrants et des sédentaires. Avec le classement imposé, le quartier devient une zone, la politique de la ville devient sécurité et priorité est donnée à tous les excès, aux inquiétudes fondées ou fantasmées ; les réflexions politiques sont délégitimées.
Parallèlement à la zone de sécurité prioritaire se met en place, sous la direction de Guillaume Huet (délégation à la politique de la ville et à l’intégration), dans une coupable discrétion, un projet « participatif » : un travail de diagnostic mené par les élus, l’État, les bailleurs sociaux, les institutions et les associations. Un véritable espace de dialogue. Dans ces réunions, jamais un policier, un procureur, un commissaire. Dans les réunions zone de sécurité prioritaire, jamais Guillaume Huet ne prend la parole.
La zone de sécurité prioritaire a tué les rêves d’avenir, elle a remplacé une vision par des patrouilles, des réflexions par des statistiques de marchandises détruites, des discussions par des ressentiments. Elle a transformé un quartier en zone où la sécurité est prioritaire, pas l’emploi, pas l’école, pas les cinémas, pas l’Institut des cultures d’Islam, pas le centre Barbara, pas la médiathèque, pas les boutiques de mode, pas la brasserie innovante. Dans les réunions, la seule parole légitime est celle des habitants en colère, du commissaire, du préfet, du procureur. La politique de la ville se tait parce que sécurité prioritaire et politique de la ville s’excluent, ne peuvent pas coexister. La politique, réduite à des conflits personnels ou à des victoires électorales, s’étiole.
La zone de sécurité prioritaire risque de chasser du quartier mes amis, mes connaissances, mes copains. Elle chasse surtout les efforts inlassables de la population active et engagée. Elle privilégie la voix des habitants les plus tentés par des solutions sécuritaires, dont on sait qu’elles ne marchent pas. Elle renforce les préjugés des opinions et des médias sur un quartier « effrayant ». Elle enfonce les galériens dans leur galère. Elle élimine les réflexions politiques et les efforts des « défaiseurs de ghetto ».
Une note d’espoir : dans la déclaration de candidature d’Éric Lejoindre (20 septembre 2013), qui doit remplacer Daniel Vaillant à la mairie du 18e, aucune mention de la zone de sécurité prioritaire. Sur la sécurité :
Nous devons maintenir nos efforts sur les questions de la tranquillité publique. La réforme de politique de la ville porte ses fruits. Le contact direct avec les habitants sur ces questions est constant, les efforts demandés aux forces de l’ordre sont importants, mais la situation reste tendue dans bien des quartiers.
La zone de sécurité prioritaire a disparu du discours du candidat socialiste à la mairie du 18e. Aujourd’hui élu, espérons qu’il fera changer les choses.
De ce classement en « zone » peuvent être tirées une conclusion optimiste, une autre pessimiste. La pessimiste constate les dégâts de ce classement qui efface des années d’effort démocratique. L’optimiste parie sur la force du quartier, qui a résisté depuis des dizaines d’années à toutes les tentatives de régler dans l’urgence et l’énervement des questions sociales qui demandent patience et dialogue.
Dans les rues de la Goutte-d’Or, de nouvelles associations s’installent et travaillent. Gibert Jeune ouvre boulevard Barbès. Des chantiers de logements sociaux commencent. Les mosquées sont en reconstruction. Face à cet immense travail, le déploiement d’agents ébahis qui fuient les questions, au lieu de s’insérer dans un projet collectif apparaît comme un théâtre d’ombres, un spectacle quotidien qui attire le regard. Et quand la lumière se rallume, on retrouve le quartier dans sa réalité, dans sa diversité. Dans dix ans, dans vingt ans, la Goutte-d’Or sera toujours un quartier, et la zone de sécurité prioritaire une note en bas de page.
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Professeur émérite de l’université Paris 8 Vincennes/Saint-Denis, Maurice Goldring habite la Goutte-d’Or et est l’auteur de la Goutte-d’Or, quartier de France. La mixité au quotidien, Paris, Autrement, 2006.
- 1.
Saul Alinsky, Manuel de l’animateur social. Une action directe non violente, Paris, Le Seuil, coll. « Points politique », 1978.
- 2.
Banlieues et quartiers populaires : les gens en mouvement, rapport pour la fondation Terra Nova dirigé par Anne Wyvekens, Jacques Donzelot et Yacine Djaziri, avril 2012, téléchargeable à l’adresse suivante : http://www.tnova.fr/dossier/banlieues-et-quartiers-populaires-remettre-les-gens-en-mouvement. Voir aussi le livre de Jacques Donzelot, la France des cités. Le chantier de la citoyenneté urbaine, Paris, Fayard, 2013.
- 3.
Le quartier de la Goutte-d’Or a été classé zone de sécurité prioritaire en septembre 2012 par le ministère de l’Intérieur.
- 4.
Plat très répandu en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali…) à base de riz et de pâte d’arachide.
- 5.
Voir l’entretien qu’il a donné à Libération le 24 octobre 2013 (http://www.liberation.fr/societe/2013/10/24/a-paris-le-niveau-de-mixite-est-de-loin-le-plus-eleve_942129).
- 6.
Voir son livre Paris sans le peuple. La gentrification de la capitale, Paris, La Découverte, 2013.
- 7.
J. Lévy, entretien cité.
- 8.
Déclaration du préfet de police de Paris à la mairie du 18e arrondissement, 2 juillet 2013.
- 9.
Jean-Pierre Bloch, « Harlem à Paris ? », Le Monde, 26 juillet 1978.