Utiliser le hasard contre la confiscation du pouvoir (entretien)
Le renouveau récent des réflexions sur le tirage au sort vient en partie du débat sur la justice : quelle est la juste distribution des biens rares ? L’utilisation mesurée du hasard s’applique ainsi aux politiques sociales. Il permet de mettre des choix de justice sociale à l’abri des pressions oligarchiques ou de corriger les préférences liées au mérite.
Esprit – Quelle est l’origine de votre intérêt pour le tirage au sort dans son usage politique et social ? Ce thème était-il étudié quand vous avez décidé d’écrire Justice by Lottery1 ?
Barbara Goodwin – La source de mon intérêt pour cette question fut une nouvelle de Jose-Luis Borges, « La loterie à Babylone », qui décrit une Babylone antique imaginaire dans laquelle une loterie universelle s’appliquait à tous, riches et pauvres. Pour rendre la chose plus palpitante, la « compagnie » qui organise la loterie se met à émettre des tickets attribuant autant de peines que de lots favorables. La compagnie en arrive à n’émettre plus que des tickets déterminant entièrement la vie et la position des gens pendant toute une période donnée. Cette histoire, qui tient en quelques pages, fait aisément sentir la puissance et les répercussions du recours au sort. Il m’a semblé qu’il était possible d’en tirer quelques conclusions applicables à nos sociétés, particulièrement en matière de justice sociale.
En 1984, dans la revue Political Studies, j’ai publié un article traitant de l’impact que pourrait avoir un tel système sur la justice sociale. Puis j’ai consacré un livre à la conception élargie de la distribution et de l’allocation par tirage au sort. Au moment de la publication de mon article, on trouvait quelques articles académiques, principalement consacrés à l’allocation des ressources médicales rares. Plusieurs livres sur la démocratie évoquaient, en passant, comment on pourrait réemployer certains éléments du tirage au sort athénien pour rendre la démocratie d’aujourd’hui plus représentative et plus participative. En 1987, Jon Elster avait fait une série de conférences à Oxford dans lesquelles il défendait l’usage du tirage au sort pour des décisions « hors de portée de la raison » (beyond reason), par exemple entre deux options incommensurables, ne permettant aucun choix rationnel2. C’est une dimension importante des études du tirage, qui a intéressé des philosophes tels que Bernard Williams. Quand il est impossible de sauver deux personnes à la fois dans un incendie, tirer au sort est une option, estime Williams, qui qualifie ces dilemmes de « situations échappant à toute forme de justification3 ».
L’un des aspects les plus marquants de votre livre est la description d’Aleatoria, une Grande-Bretagne imaginaire organisée principalement par le tirage au sort. Pourquoi avoir commencé par ce premier chapitre qui appartient à la tradition utopique, avec un zeste de satire à la Swift ?
Les critiques de mon livre furent frappés par Aleatoria, une utopie qui occupait le premier chapitre, quand bien même ils désapprouvaient totalement mes idées ! Pour écrire Justice by Lottery, je m’étais débattue avec la nécessité de décrire avec précision comment une « loterie sociale totale » fonctionnerait en théorie, et j’en étais arrivée à la conclusion qu’une fiction était le meilleur moyen de faire passer cette idée. J’avais déjà écrit deux livres et une thèse sur la pensée utopique, d’où mon idée d’écrire une utopie, qui pourrait aussi tourner en dystopie. J’ai pris plaisir à écrire cette petite utopie qui, comme la plupart des utopies, a une dimension didactique et, je l’espère, aussi une dimension ludique, avec quelques aspects comiques.
Comme toute utopie, ce n’était pas la programmation d’une société future mais une façon de remettre en question des choses qui semblent aller de soi dans nos sociétés, en particulier la profonde division du travail qui se fonde sur la notion d’élites professionnelles autoperpétuées. Mais le mythe « aléatorien » se retournait contre lui-même en produisant des éléments dystopiques, tels que la « Lotarmée », une armée qui enrôle des septuagénaires et des octogénaires tirés au sort et se révèle lamentablement inefficace en temps de guerre. Conformément à la tradition de la littérature utopique, cette société est très ambiguë. Son évocation doit stimuler l’esprit critique plutôt que fournir des solutions unilatérales. Un grand nombre d’utopies anciennes ont vu leurs idées finalement mises en œuvre, sans d’ailleurs que ce soit par leur influence directe. De même, très peu de principes régissant Aleatoria sont aujourd’hui pratiqués. On utilise un peu de tirage au sort à l’école et à l’université aux Pays-Bas et, plus récemment, de façon contestée, en Grande-Bretagne. Cette expérimentation n’est pas due à mes livres mais au fait que le tirage au sort est le meilleur moyen d’attribuer ce genre de biens rares, tels que l’admission dans une bonne école en Grande-Bretagne, lorsque certains élèves ne peuvent y prétendre plus particulièrement que d’autres.
Justices et injustices du hasard
Même dans Aleatoria tous les biens ne sont pas distribués par tirage au sort. Puisque le tirage au sort ne peut s’appliquer dans tous les domaines, comment et où établir la ligne de partage ?
Dans Sphères de justice4, Michael Walzer opposait (à John Rawls) que certains biens possèdent des caractères intrinsèques indicatifs de leur propre distribution ou allocation et que l’un de ces critères ne pouvait être transféré en dehors de sa propre sphère, appliqué dans une autre sphère relevant d’un autre critère. Ainsi, le critère de richesse (lié au travail et divers autres apports à la société) ne devait pas opérer dans la sphère du pouvoir : le pouvoir devait être distribué selon d’autres critères, tels que l’élection démocratique ou la légitimité de la succession dynastique. L’injustice est patente quand les plus riches obtiennent le pouvoir politique. Walzer examinait également l’éducation et la citoyenneté.
Je suis d’accord avec son principe, mais je pense que, dans certaines sphères qui ne possèdent pas de critère unique et indiscutable, le tirage au sort peut jouer un rôle. La médecine présente un critère unique intrinsèque : elle doit être dispensée aux malades. En revanche, l’équation entre le mérite et les capacités (sous forme de QI ou de notes d’examens) n’est pas du tout aussi claire, en partie parce que les systèmes de notation sont faillibles (comme le montre Conall Boyle5) et en partie parce que s’ils recevaient l’éducation appropriée, la plupart des enfants verraient leurs chances de succès augmenter. Pour ces raisons, quand les places dans une bonne école sont très limitées en Grande-Bretagne, le tirage au sort peut paraître meilleur qu’une sélection par le mérite ou par un critère de proximité géographique. L’essentiel de l’organisation de l’Aleatoria utopique, ainsi que l’argumentation de l’ensemble de mon livre, repose sur un postulat d’égale capacité, et je reconnais que ce point est discutable. Ce qui nous mène à la question de la ligne de partage.
Quand l’allocation est technique, la ligne de partage doit être tracée par des experts : il n’y a aucune raison d’inclure dans le tirage au sort une greffe de rein des patients qui sont sur le point de mourir pour une tout autre raison ou qui présentent une incompatibilité biologique avec l’organe disponible. C’est aux experts d’éliminer les cas inadaptés, alors même que le recours au tirage se justifie entre patients qualifiés par leur état de santé. Dans des situations moins techniques, la ligne de partage devrait résulter d’un consensus démocratique reflétant une vue générale ou majoritaire sur le mode d’organisation de la société. Si les électeurs préféraient le tirage au sort dans certaines écoles, par exemple, plutôt que le privilège, la capacité ou la proximité, ce pourrait être applicable en tant que choix politique. Je suppose que le tirage au sort serait souvent choisi puisque les citoyens ordinaires sont plus nombreux que les privilégiés. La ligne de partage est quelquefois évidente. Il est quasi certain qu’une décision démocratique réservera les études médicales à ceux et celles qui sont les plus qualifiés pour ces études et ne procédera pas au choix de ces étudiants par tirage au sort. C’est pourquoi dans Aleatoria, j’avais exclu du tirage au sort certains experts tels que les chirurgiens ou les scientifiques, bien que la plupart des emplois fussent tirés au sort et fréquemment redistribués selon un principe de rotation des charges. Ceci nous ramène au critère intrinsèque déjà mentionné quand nous parlions de Walzer. Les États-Unis ont utilisé le tirage au sort pour désigner les conscrits pendant la guerre du Vietnam, mais ils ne l’ont pas utilisé pour désigner les généraux, et à juste titre.
Jusqu’à quel point et dans quels cas le tirage au sort doit-il être considéré comme injuste, selon vous ?
Ceci soulève une question similaire à celle du critère intrinsèque. Fondamentalement, le tirage au sort est injuste là où des personnes peuvent exprimer des prétentions légitimes à certains biens. Mais la rationalité et les motifs de ces prétentions doivent être soigneusement évalués. Si ces prétentions sont incommensurables ou très contestées, on se trouve dans un cas susceptible d’être réglé par l’usage du tirage. La philosophie politique libérale contemporaine s’est concentrée sur l’idée de dialogue neutre. Bruce Ackerman imagine qu’un groupe se trouve à l’intérieur d’un vaisseau spatial parti coloniser une nouvelle planète6. Le vaisseau reste en orbite autour de la planète pendant que les voyageurs discutent de la façon de distribuer les ressources et le territoire de la planète. Personne ne peut faire passer sa prétention pour un droit. La planète n’a jamais été habitée et nul ne peut prétendre que sa propre demande a plus de poids qu’une autre. Des règles établies par le capitaine établissent les conditions d’exercice d’un dialogue neutre. Je pense que dans un tel cas, si les ressources planétaires sont variées et inégales (les économistes disent « lumpy »), utiliser le tirage au sort serait juste. Comme Ackerman suppose que la planète ne possède qu’une seule ressource, « manna », également distribuée sur l’ensemble du territoire, alors une distribution égalitaire est la solution évidente, sur laquelle un tirage au sort ne présente aucun avantage.
Quels usages injustes peut-on faire du tirage ? Le tirage au sort ne doit pas supprimer des prétentions légitimes, comme je l’ai dit. Le tirage au sort serait, de même, injuste s’il était utilisé à l’encontre d’une politique qui vise à créer de l’égalité. En Grande-Bretagne, le Service national de la santé (Nhs) est conçu pour délivrer des traitements identiques aux malades, indépendamment de leur lieu de résidence. Pourtant dans certains lieux (souvent pauvres), le service manque de moyens financiers et la probabilité qu’un malade y bénéficie d’un traitement rare et cher s’en trouve réduite. Cette inégalité qu’on a nommée « loterie du code postal » a été justement critiquée et perçue comme contraire à l’esprit fondateur du Service de santé.
Des usages à inventer
Dans votre étude du tirage au sort, vous suggérez que la chance, même dans les sociétés méritocratiques, joue un rôle, mais alors jusqu’à quel point ?
Après le grand et « chanceux » hasard de la naissance, qui engendre les différences de classe, de richesse et d’héritage, ce sont les structures sociales et les institutions qui accentuent ces différences. L’État-providence a apporté des sécurités fondamentales en matière de santé, d’éducation, d’assistance et d’assurance, mais il n’a pas réussi à supprimer les cycles de privation, qui se succèdent en Grande-Bretagne, en Europe et, en fait, partout dans le monde. Les social-démocraties d’après-guerre ont, de gré ou de force, adopté des mesures de redistribution. Un système politique fondé sur le tirage au sort provoquerait une redistribution régulière destinée à supprimer les cycles de privation.
Une part importante de mon argumentation consiste à penser que si des « tickets perdants », par exemple le fait de se voir attribuer un logement dans une zone défavorisée, étaient distribués par tirage tous les cinq ans, on ferait vite en sorte que telles zones n’existent plus, justement pour éviter d’en pâtir par un tirage malchanceux. Si tout le monde risque de vivre dans les pires conditions (un travail ennuyeux, un quartier pauvre, etc.), des campagnes en vue d’une amélioration générale ne tarderont pas à se déclencher et à porter leurs fruits. L’un des problèmes des démocraties contemporaines est que les législateurs, étant principalement issus des milieux favorisés, ne s’attendent nullement à voir leurs enfants exposés à de mauvaises conditions d’éducation, par exemple, et ne sont donc guère enclins à faire le maximum afin d’améliorer le système scolaire dans son ensemble. Une démocratie incluant du tirage au sort entraînerait des politiques plus radicales.
Depuis la publication de Justice by Lottery, l’intérêt pour la question s’est accru. Est-ce que le débat a changé de nature ? Voit-on naître de nouvelles idées ou doit-on seulement parler d’un regain d’intérêt pour le tirage au sort ?
Les études sur les pratiques expérimentales et les justifications théoriques ont augmenté. Le débat s’est enrichi mais n’a pas fondamentalement changé en étant étendu à des disciplines telles que le droit. On a suggéré que le tirage au sort pouvait être employé pour résoudre des cas dans lesquels aucun processus rationnel ne permettait d’arriver à une solution7. Les nouvelles propositions se multiplient, par exemple en matière de logement social. L’usage du tirage au sort pour la désignation de certains représentants politiques a été discuté en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux États-Unis (et ailleurs) en tant que réforme des systèmes démocratiques, mais je ne suis pas sûre que cette idée progresse dans le grand public : le tirage au sort garde, en général, une connotation négative. Les médias utilisent aussi le terme de façon péjorative. Peut-être travaillent-ils à maintenir une apparence de rationalité au statu quo, plutôt que de montrer qu’il joue en faveur des uns plus que des autres.
Si l’intérêt théorique du tirage au sort est désormais admis, pensez-vous qu’on assiste à sa renaissance en pratique, sous forme politique ou sociale ?
Il y a quelques exemples de renaissance de la « sortition » (l’usage du tirage au sort). J’ai mentionné l’attribution de logements ou les admissions scolaires. Dans les vingt-cinq dernières années, de nombreux intellectuels ont proposé l’introduction du tirage au sort afin de rendre la politique moins partisane, moins élitiste et moins corrompue. Une assemblée tirée au sort ne produira peut-être pas de meilleures politiques qu’une assemblée élue, mais elle sera mieux placée pour combattre la corruption. C’est une des raisons qui avait justifié chez les Athéniens l’adoption du tirage au sort pour désigner la plupart de leurs magistrats (et non pas leurs stratèges). Des représentants issus d’un tirage au sort seraient moins enclins aux attitudes égocentriques et à la corruption que certains professionnels de la politique. L’impossibilité d’être réélu à des postes clés, cette permission que certaines constitutions démocratiques limitent ou interdisent déjà aujourd’hui, jouerait aussi dans ce sens.
Songez-vous à de nouveaux domaines d’application pour le tirage au sort ?
Je m’intéresse désormais à l’usage du tirage au sort afin de stimuler la concurrence et d’empêcher la collusion dans le fonctionnement des marchés. L’attribution récurrente de contrats lucratifs à quelques grosses firmes sur les marchés (par exemple, le petit groupe des gros bonnets de l’expertise comptable) ne favorise ni la concurrence ni le développement des nouvelles entreprises capables de renouveler un secteur d’activité. Ces sortes de marché tendent vers les monopoles ou les oligopoles. Si l’Union européenne (ou la Competition Commission en Grande-Bretagne) poussait à introduire une part de tirage au sort dans l’attribution des contrats entre certaines entreprises dûment qualifiées, cela profiterait aux plus petits acteurs et à la concurrence en général.
En Aleatoria, il existait une Loterie du travail qui redistribuait la plupart des emplois tous les cinq ans. Cette idée visait à éliminer l’excessive et artificielle professionnalisation des emplois dans la société contemporaine. De plus en plus d’emplois reposent sur des surcharges de qualification et de certification alors qu’il est possible de recevoir à moindres frais et en peu de temps une formation convenable. La professionnalisation contribue au maintien des privilèges. Bien sûr, je suis favorable au professionnalisme, mais justement, faire son travail avec compétence et efficacité s’applique aussi bien aux petits emplois qu’aux grands (dans lesquels l’incompétence n’est pas moins rare, loin de là). S’il se peut que l’introduction du tirage au sort n’augmente pas l’efficacité, la peur d’un désastre immédiat me semble exagérée. Je crois que son utilisation augmenterait la diversité, l’émulation et la satisfaction dans le travail. C’est le changement le plus radical auquel je puisse croire.
Propos recueillis et traduits par Gil Delannoi
Un exemple récent de jury citoyen
L’ensemble des partis politiques présents en 2007 au conseil municipal de la ville d’Aix-la-Chapelle désirait depuis plus de dix ans rendre la tarification du ramassage des ordures ménagères plus juste en résolvant le déséquilibre entre quartiers du centre et de la périphérie. Les habitants de ces derniers, tendanciellement plus aisés, profitaient en effet du système basé sur une taxe unique dépendante du volume des poubelles louées ; ils étaient subventionnés par les habitants tendanciellement plus pauvres du centre, principalement parce que le taux de remplissage de leurs poubelles était bien meilleur.
Les discussions au sein des instances municipales n’avaient pas réussi à faire avancer le sujet. Bien au contraire, les positions étaient devenues de plus en plus rigides. Afin de dépasser ce blocage, la coalition majoritaire (sociaux-démocrates/écologistes) organisa en novembre 2007 une série de jurys citoyens (Planungszellen) sur le sujet. Quatre groupes de vingt-cinq citoyens de la ville, choisis par tirage au sort à partir des registres d’habitants, ont donc reçu mandat pour réfléchir, à l’aide d’informations venant des parties prenantes et d’experts (juristes, experts des déchets ménagers, chambre de commerce, représentants des partis politiques, etc.), au format que pourrait prendre une taxe plus juste. À la fin des quatre jours de délibération, et à la surprise de la plupart des acteurs, les participants se sont prononcés pour le maintien du statu quo.
Un tel résultat est en effet étonnant si l’on considère que le groupe était un échantillon fidèle de la population de la ville (âge, sexe, profession, engagement politique, lieu de résidence, etc.) et que donc seulement 40 % des participants habitaient la périphérie. Il signifie à première vue que les intérêts des « riches » se sont imposés. Si l’on regarde toutefois le processus de plus près, on se rend compte que le statu quo a été porté par l’ensemble des participants pour ses avantages relatifs : tout autre modèle de taxe se serait révélé globalement plus cher (plus de logistique en particulier), moins facile (plusieurs factures pour chaque citoyen) et incitant moins au tri (problème du tourisme des déchets). En filigrane, on remarque aussi que les citoyens ont défendu une vision arithmétique de la justice contre la Verusachergerechtigkeit (la « justice envers le responsable », c’est-à-dire le principe du pollueur-payeur) tout en essayant de réduire l’injustice entre centre et périphérie (notamment par la modulation du rythme des levées et du volume des poubelles).
Ces recommandations qui allaient à l’encontre des intérêts de l’ensemble des partis au conseil ainsi que de la régie municipale ont créé un nouvel état légal et symbolique alors même qu’elles étaient facultatives : la coalition a non seulement pris la taxe unique comme base du nouveau système à partir de 2009, mais en plus, la nouvelle coalition élue en 2010 et menée par le parti le plus hostile à la taxe unique auparavant (le parti chrétien-démocrate) a pris acte et déclaré dans son programme de gouvernement qu’il défendrait la taxe unique pour sa « simplicité » et son « efficacité ».
Antoine Vergne
- *.
Professeur de science politique à l’University of East Anglia, Norwich. Parmi ses publications : Social Science and Utopia, The Politics of Utopia (avec Keith Taylor), Using Political Ideas, Justice by Lottery, Ethics at Work, et aussi The K/V Papers, ouvrage satirique sur le commerce des armes. Elle dirige la collection “Sortition and Public Policy” chez Imprint Academic et occupe également des fonctions de magistrate (Justice of the Peace).
- 1.
Barbara Goodwin, Justice by Lottery, Chicago University Press, 1993.
- 2.
Reprises dans Jon Elster, Solomonic Judgements, Cambridge University Press, 1989.
- 3.
Bernard Williams, Moral Luck, Cambridge University Press, 1981, p. 18.
- 4.
Michael Walzer, Sphères de justice, Paris, Le Seuil, 1998.
- 5.
Conall Boyle, “Organizations Selecting People: How the Process Could be Made Fairer by the Appropriate Use of Lotteries”, The Statistician, 47, 2 (1998).
- 6.
Bruce Ackerman, Social Justice in the Liberal State, Yale University Press, 1981.
- 7.
Neil Duxbury, Random Justice, Oxford University Press, 1999.