Kandinsky, passage obligé
Attendue, depuis celle de 1963, au Guggenheim Museum de New York, la grande rétrospective Kandinsky se déroule au Centre Pompidou1.
Vassili Kandinsky (1866-1944), originaire de Russie, est le célèbre initiateur de l’art abstrait. Cette rétrospective permet de suivre le peintre chronologiquement, selon ses lieux de résidence. Une approche qui pourrait sembler banale, voire froide, mais qui réussit l’exploit de nous transporter de la figuration vers l’improvisation.
Etrange cheminement qui nous est proposé : les pièces sont immenses, entièrement blanches. Beaucoup de vide, d’air autour de la centaine de toiles exposées. Une manière de faire éclater leurs couleurs : chaque peinture donne l’impression d’une fuite imminente vers le blanc immaculé des murs. Ce découpage en périodes immerge le visiteur dans la pensée de Kandinsky. Dès 1896, l’artiste peint la Russie, son folklore et ses mythes. Sa touche, très apparente, préfigure une volonté d’impressionner plus que de figurer. En pénétrant dans la deuxième pièce, celle de Munich, de 1908 à 1914, on voit clairement les formes s’estomper, les couleurs prendre le pas sur les contours. Kandinsky abandonne les sujets et laisse libre cours à son imagination. Salle suivante, le peintre russe est forcé de quitter l’Allemagne et de rejoindre Moscou après la déclaration de la guerre, de 1914 à 1921, il explore la géométrisation.
Nouvelle rupture dans son cheminement artistique, les contours noircissent, les couleurs s’assombrissent. Il faut attendre son retour à Munich en 1922, sans doute la plus belle salle de l’exposition, pour contempler son art à son apogée. Foisonnement de couleurs, de formes définies et d’impressions enjouées. Les tableaux rayonnent, magnifiquement aboutis, produits d’un imaginaire rationnel et musical. On quitte avec regret cette belle période, et la dernière pièce accompagne le visiteur vers la sortie, tout comme Kandinsky vers la mort. En 1934, il s’exile à Paris pour fuir le nazisme. Il peint des cellules, des tissus, interroge l’essence de l’être à travers des formes biomorphiques. Fin de l’exposition, il meurt en 1944, déception presque de ne pas savoir jusqu’où il aurait poursuivi ses études. Une pensée traverse les esprits : il est difficile de croire que Kandinsky a vécu il y a presque un siècle, ses impressions colorées font toujours, selon ses mots, « vibrer l’âme des spectateurs ».
Entre les salles, de petites pièces sombres qui regroupent des travaux de l’artiste, des projets inachevés. En théoricien de l’art abstrait, il a rédigé un grand nombre de notes pour ses élèves et pour lui-même. Tout dans cette exposition appelle à l’immersion. En sortant du musée, le terme « rétrospective » prend son sens : l’opportunité de vivre la vie de Kandinsky, de suivre le fil artistique d’un génie pictural. Un passage obligé, comme l’était celui vers l’abstraction.
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L’exposition se déroule jusqu’au 10 août, elle est organisée conjointement avec la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York.