La crise financière actuelle, selon les écrivains du XIXe siècle
Que nous disent les romanciers de la naissance de la Bourse (Dumas fils, Zola…) sur la crise que nous venons de connaître ? Cet exercice d’anachronisme maîtrisé fait remonter aux premiers débats sur l’abstraction financière et sur le caractère cyclique des crises économiques et met en valeur la capacité du langage littéraire à prendre en charge des questions qui ne relèvent pas seulement de la spécialisation économique.
Rapporter les discours aujourd’hui suscités par la crise financière mondiale à la manière dont on parlait de la Bourse et des krachs en France, il y a cent vingt ou cent quatre-vingts ans, relève d’une démarche qui n’est pas simplement analogique mais aussi généalogique. La vie financière française du xixe siècle est un excellent point de comparaison parce qu’elle est à l’origine de nos pratiques et de nos débats. Deux raisons techniques à cela. D’abord, la Bourse de Paris est dans les années 1850 le premier des marchés financiers mondiaux1 et elle est encore, à la veille de la Première Guerre mondiale, l’une des toutes premières places de la planète. Ainsi, tout discours alors tenu sur elle vaut commentaire sur l’essence même de la spéculation financière et de l’économie de marché. Ensuite, il n’est pas absurde de comparer le marché financier dérégulé hérité des années 1980 à ce qu’était le marché financier du second xixe siècle, de facto intégré sous le régime d’étalon-or international : dans ces deux environnements, les crises financières passent les frontières2.
En outre, la littérature financière du xixe siècle a contribué à la construction de nos représentations de l’argent et du marché. Considérons d’une part des récits éminents comme l’Argent de Zola, que tous les élèves de classes préparatoires scientifiques lisent cette année3 et qui nous intéressera particulièrement, d’autre part toute une littérature oubliée : pamphlets boursiers de Proudhon et de ses contemporains, vaudevilles financiers de la monarchie de Juillet, romans de mœurs de la IIIeRépublique, qu’on ne fera ici qu’esquisser et dont l’oubli même peut attester la consonance avec la doxa du xixe siècle. Ainsi comprise au sens large, cette littérature financière a un intérêt essentiel pour nous qui entendons des chefs d’État en appeler à la moralisation du capitalisme ou des philosophes affirmer la renaissance de Marx au xxie siècle. En effet, elle a elle-même expérimenté, dans l’intimité de la structure et de la figure fictionnelles, la possibilité de délivrer un message moral sur la Bourse.
Ce corpus, héritant du projet balzacien d’inventaire des bouleversements de la société par les passions et les intérêts, se donnait comme un discours d’actualité, un diagnostic social qui prétendait encore à quelque pertinence face au discours politique ou à l’expertise économique. Si quelque chose a changé aujourd’hui, c’est certainement dans la place faite au discours littéraire face aux discours constitués, plus que dans la morphologie de la vie financière. C’est pourquoi il n’est pas indifférent de remettre quelques-unes de ces œuvres en lumière et d’en dégager la pertinence pour nous. Celle-ci est au moins triple : de la spéculation, la littérature financière du xixe siècle a cherché à penser les abus, l’abstraction et les effets de cycle.
Les abus de la spéculation
Le scandale des bonus qui a éclaté pendant l’été 2009, entre le G20 de Londres en avril et celui de Pittsburgh en septembre, avec le milliard d’euros ou les 11, 3 milliards de dollars respectivement provisionnés par Paribas et Goldmann Sachs4, gagnerait à être lu comme une réédition du débat fondamental qui a eu lieu en France au xixe siècle sur les abus de la spéculation. L’émoi affiché par les présidents français et américain, la couverture médiatique même de cette affaire, ou encore le vocabulaire utilisé par notre ministre de l’Économie, qui réclamait la « désintoxication collective » de la finance internationale et désirait « mettre fin aux excès et abus qui ne sont pas tolérables par l’opinion publique5 », dénotaient l’importance symbolique de ce défaut de proportions dans l’économie, déjà mis en évidence dans l’affaire Kerviel. Dès lors qu’il est centré sur les acteurs du marché spéculatif, le débat financier contemporain se situe dans la lignée de la réflexion du xixe siècle sur la légitimité des marchés à terme, lorsque économistes, pamphlétaires, dramaturges ou romanciers interrogeaient la possibilité de distinguer une spéculation morale de ce qu’on flétrissait sous le nom d’« agiotage ».
En 1828-1829, lorsque Jean-Baptiste Say donne son Cours complet d’économie politique et raisonne sur le « commerce de spéculation », il oppose nettement la spéculation au comptant qu’est le « commerce de réserve » des denrées (j’achète du grain et le garde en tablant sur une hausse des prix) au « pari déguisé » ou à « l’agiotage », qui consiste à faire une opération à terme sur la denrée sans aucune intention d’en prendre livraison6. Le spéculateur cherche simplement à empocher la différence (on parlera d’agio) entre le prix à terme, dont il est convenu avec sa contrepartie, et le prix auquel il peut dans l’intervalle négocier sa marchandise sur le marché. Pour Jean-Baptiste Say, les marchés à terme sont donc nécessairement abusifs et « tous ces jeux qui entraînent beaucoup de malheurs, et dont l’industrie et la production ne profitent jamais, pourraient […] être supprimés si le gouvernement le voulait7 ». Où l’on perçoit que la thèse des abus de la spéculation est d’emblée liée à la thèse de son improductivité (et nous rappellerons que la politique de rémunération actuelle des banques nous heurte aussi parce que « l’impression demeure que les profits ne sont pas aujourd’hui légitimés par le bon accomplissement de la mission du secteur financier, celle d’assurer le financement de l’économie8 »).
Or même si les marchés à terme ne sont légalisés en France qu’en mars 1885, même si la corporation des agents de change est censée s’en tenir éloignée (au profit des coulissiers et intermédiaires marrons qui prospèrent au palais Brongniart sur ce marché actif), ils sont évidemment d’emblée au cœur des pratiques et sont aussi cause des scandales les plus criants. Car dès lors qu’ils ne sont pas légalisés, le spéculateur qui gagne peut toucher ses différences tandis que le spéculateur qui perd peut refuser de payer en alléguant l’exception de jeu. Or ce paradoxe juridique et moral recouvre une erreur économique. Car s’il est vrai que ces marchés sont l’occasion d’abus, il est impossible de les abolir en prétendant ramener les échanges à la loi du comptant. Pierre-Joseph Proudhon lui-même, tout en appelant à la « moralisation de l’économie » en préface de son fameux Manuel du spéculateur à la Bourse (18579), reconnaît l’impossibilité de cette abolition (pour mieux justifier le passage au mutuellisme) :
Comment […] interdire les marchés à terme ? Pour défendre les marchés à terme, il faudrait arrêter les oscillations de l’offre et de la demande, c’est-à-dire garantir à la fois au commerce la production, la qualité, le placement et l’invariabilité du prix des choses ; annuler toutes les conditions aléatoires de la production, de la circulation et de la consommation des richesses ; en un mot, supprimer toutes les causes qui excitent l’esprit d’entreprise : chose impossible, contradictoire. L’abus est donc indissolublement lié au principe, à telle enseigne que, pour atteindre l’abus, par toutes voies de prévention, coercition, répression, interdiction, exception, on fait violence au principe ; pour se guérir de la maladie, on se tue10.
Chez Horace Say, fils du précédent, il ne s’agit d’ailleurs plus d’abolir les marchés à terme, mais de « savoir si, dans l’opération, il y a eu un placement réel de capitaux11 ». Gageure nouvelle ! Car il faut bien reconnaître « l’impossibilité de distinguer nettement les affaires à terme, loyalement faites et légales, des opérations fictives, qui ne sont que des paris sur la hausse et sur la baisse des cours12 ». Et certain vigoureux libéral de l’époque, Alphonse Courtois fils, qui a le front de publier et rééditer trois fois une Défense de l’agiotage, rappelle que la spéculation à terme n’est ni improductive, ni même fictive, car elle est peut-être « la contre-partie d’une opération réputée plus sérieuse », dont elle couvrirait les risques. Conclusion : « Cette manière de distinguer les choses, en apparence fort aisée, est inexécutable13. » Il n’y a pas de « ligne de démarcation », semble répondre Courtois à qui voudrait, comme certains d’entre nous aujourd’hui, soulager la « souris » des transactions sérieuses du poids de « l’éléphant » de l’agiotage14 : « La spéculation et le jeu se rapprochent l’un de l’autre par des nuances complètement insaisissables15. » En un xixe siècle qui n’a pas encore imaginé la taxe Tobin ni n’envisage la taxation à 90% des hauts revenus16, et qui aurait plutôt tendance à s’émouvoir des droits de courtage captés par les agents de change, cette aporie technique représente un défi moral, et donc un espace d’investigation pour la littérature.
Le théâtre et le roman vont donc figurer les termes de ce débat avec plus ou moins d’acuité. Passons sur les pièces qui saluent l’inauguration du palais Brongniart en 1826 et montrent notamment comment le classique banquier est tenté et dévoyé par son nouveau compère, le spéculateur17. Ne nous arrêtons pas même à une grande comédie de mœurs à succès comme La Bourse (1856), où Ponsard oppose au spéculateur l’agriculteur vertueux et le digne industriel et où il tente de distinguer bonne et mauvaise spéculation (« Je ne confondrai point dans le même anathème/Les marchés sérieux avec le jeu lui-même18 »). Voyons plutôt comment une pièce comme La question d’argent (1857) d’Alexandre Dumas-fils tente de concilier l’idéal de « moralisation19 » par le théâtre avec la volonté de débattre techniquement de la spéculation. On y voit un parvenu de la Bourse (Giraud) tenter de pénétrer une petite société formée de bourgeois assez cupides (les Durieu) et d’aristocrates qui sentent le pauvrisme vertueux (Roncourt, Charzay) ou bien le demi-monde (la comtesse Savelli). Giraud enrichit tout le monde : il fait gagner 200 000 francs à la Savelli qui lui en avait confié 500 000, 150 000 francs aux Durieu qui lui en avaient avancé 50 000. Comment ? « L’opération par elle-même, je vais vous l’expliquer : elle est très honnête… », commence-t-il, avant d’être interrompu par la comtesse, qui ne veut pas tremper dans ces affaires : « C’est inutile, monsieur, une chose honnête n’a pas besoin d’être expliquée20. » Bon mot, bien susceptible d’être applaudi par les bourgeois quelque peu schizophrènes du Gymnase dramatique, mais qui n’augure pas de la bienveillance des mentalités françaises envers les opérations boursières.
D’où la grande scène du bannissement final de ce spéculateur par le jeune Caton de service, lequel lui explique qu’il est « un homme intelligent qui a perdu dans le bruit de certaines affaires la notion exacte du juste et de l’injuste, le sens moral enfin21 ». La comtesse Savelli refuse avec panache d’empocher ses gains. Durieu exige quant à lui d’être rémunéré à seulement 5% et achète illico de la rente. On sent bien que cela lui arrache le cœur, à cet homme qui est toujours dans ses comptes, mais voilà un taux moralement acceptable ! C’est à cette condition qu’on peut expulser le spéculateur de la bonne société. « À partir de combien se mesure l’indicateur trop ? », se demandaient récemment des journalistes qui enquêtaient sur « L’exubérance retrouvée de la finance américaine22 ». Dumas-fils a bel et bien approché cette « question d’argent » au moment où allait éclater la première crise financière du second Empire. Et certains détails de sa comédie suggèrent qu’il était conscient que les beaux réquisitoires de ses personnages n’étaient que des expédients, tant faire le tri moral des taux ou des opérations boursières est chose difficile.
À la même époque, certains pamphlétaires au petit pied (tout le monde n’est pas Proudhon) se régalent d’une formule qui leur semble tout dire : « L’agiotage est l’abus de l’exploitation du crédit, comme la débauche est l’abus du plaisir, comme la licence est l’abus de la liberté23. » Cette analogie va se couler à merveille dans le système de stéréotypes des romans à sujet financier qui s’écrivent dans la seconde moitié du siècle. Le roman type sur la Bourse mettra ainsi en scène un jeune homme à la fois tenté par la spéculation et par une femme perdue. Cette femme, beau marbre24 ou chair brûlante25 – les deux faces de la vénalité –, est une figure de la « débauche » en tous points opposée à la jeune et vertueuse cousine blonde à laquelle le héros est promis. Il faut savoir jusqu’où les feuilletonistes de l’époque poussent cette érotique de la spéculation26. Tel roman dépeindra la courtisane comme la Bourse. Tel autre mêlera indissolublement les vocabulaires de la passion amoureuse et de la ruine financière. Tel autre enfin montrera l’attraction du palais Brongniart sur l’honnête commerçant qui passe : « La Bourse bruyante, ensoleillée, pleine de poudre, lui parut attirante comme une femme : il en sentit l’odeur de gouffre27. »
La fantasmatique dix-neuviémiste de la goule, les récits ou physiologies consacrés aux joueuses et lorettes du palais Brongniart28, la comparaison filée entre un utérus et la « caverne » boursière animée de liquidations périodiques29 ont toutes fusionné sous la plume des petits romanciers du xixe siècle qui s’intéressaient aux abus de la spéculation boursière. Si l’Argent (1891) de Zola rend parmi cette littérature un son un peu différent, c’est parce que le romancier naturaliste, qui a pourtant lu de près les pamphlétaires boursiers des années 1850, a retourné leur analogie de l’agiotage et de la débauche en exaltation du désir : « Sans la spéculation, on ne ferait pas d’affaires », de même que sans « luxure », on ne ferait pas d’enfants, explique en effet le spéculateur Saccard à la belle Mme Caroline, dans une scène qui paraît commander l’idéologie du roman. Moralité : « C’est l’excès qui amène le nécessaire. » Ou encore : « Il y a beaucoup de saletés inutiles, mais certainement le monde finirait sans elles. » C’est ainsi que Zola retraduit en « plan de la nature » la défense de la notion d’intérêt, ou la thèse de la fluidification des marchés à terme par le jeu. Mais exit, en ce cas, l’ambition d’une réforme morale de la Bourse. La question de l’abus se déplace dès lors sur le désir du spéculateur et sur la nécessité, pour le provoquer, de « faire flamber un rêve à l’horizon30 ». Toutes choses que la fiction littéraire se trouve par nature experte à décrire.
La finance-fiction
Les historiens de la finance sauraient nous expliquer précisément en quoi les produits financiers actuels diffèrent des « matières de la spéculation » que recensait Proudhon dans son Manuel du spéculateur à la Bourse. Nous sommes spontanément enclins à opposer les valeurs simples sur lesquelles on spéculait en 1850 – fonds publics français et étrangers, ou bien actions et obligations des banques, des sociétés de chemins de fer, des sociétés industrielles ou des sociétés d’assurances (pour ne ne pas parler des denrées qui se négociaient à la Bourse de commerce) – aux produits financiers complexes que sont aujourd’hui les dérivés d’actions et autres produits de la titrisation qui sont au fondement de la crise des prêts subprime. Opposer aux produits financiers du xixe siècle ces produits de second degré, inventés par les mathématiques financières en même temps que celles-ci prorogeaient une modélisation brownienne erronée des mécanismes de marché31, consisterait alors à affirmer l’abstraction progressive des affaires financières au fil du temps. Mais il n’est pas sûr que ce distinguo technique satisfasse l’histoire des représentations. Car ce serait oublier que pour les hommes du xixe siècle, la spéculation financière présente d’emblée ce caractère d’abstraction. La définition même de l’action au porteur, la notion de marché à terme ou la complexité des opérations boursières déterminent alors et déjà toute une méditation sur les mystères de la Bourse. Et nous voyons la fiction littéraire soumise à deux injonctions contradictoires : imiter les fictions financières et condamner leur improductivité.
Devant la Bourse, beaucoup d’entre nous ont la même réaction que celle de Maupassant après le krach de janvier 1882 :
Les opérations sont fictives, les bénéfices sont fictifs, la valeur est fictive, c’est une simple convention ; tout est fictif, et le premier venu se trouve fictivement riche à milliards, pour se trouver très réellement sans le sou quelques jours après32.
Mais la littérature peut jouer de cette fiction, comme en 1856 dans le vaudeville La Bourse au village. Cette courte pièce, qui forme le pendant comique de la sentencieuse comédie de mœurs de Ponsard jouée la même année, met en scène des paysans qui se mettent à spéculer sur leurs légumes. Et le comique de ce vaudeville repose uniquement sur l’abstraction des marchés à terme : « C’est au point qu’hier vous aviez acheté trois mille carottes, et qu’aujourd’hui je n’en avais pas une seule à mettre au pot-au-feu », objecte une villageoise à son mari. « Les carottes cessent d’être un légume, c’est une valeur33 », réplique-t-il solennellement avant de filer à la corbeille. Tout se termine par un krach sur les navets et, somme toute, sur une note très morale : le sergent de ville ferme la bourse du village, oblige chacun à retourner aux champs et les amoureux à retrouver leur promise. L’agriculture, le comptant et le mariage : retour à l’ordre physiocratique, au milieu de l’éclat de rire.
Si cette littérature sait trouver dans l’abstraction des opérations boursières le ressort de la dérision – ce qui nous manque peut-être aujourd’hui –, elle trouve aussi à imiter le discours de promotion qui, depuis la monarchie de Juillet et l’amorce de la « démocratisation du capital », accompagne les grandes opérations de placement d’emprunts publics ou de titres industriels. L’art imite la rhétorique publicitaire, mais cette fois, le tract de César Birotteau sur la « pâte des sultanes » traitera d’actions sur le bitume, et l’illustre Gaudissart deviendra « chauffeur34 » à la Bourse. Au cœur de la fièvre financière de 1836, ce sont peut-être les gravures boursières de Daumier qui captent le mieux ce qui meut la spéculation boursière : le puff – mot d’époque pour désigner le mensonge en grand, le faux-semblant, et par suite la réclame, le battage. Lorsque Daumier donne au Charivari (20 août 1836-25 novembre 1838) sa centaine de gravures de Robert Macaire, il montre le grand détrousseur de « gogos » et de « jobards », antérieurement créé à la scène par l’acteur Frédérick Lemaître35, dans toutes les postures du mensonge spéculatif. Robert et son complice Bertrand battent la grosse caisse pour vendre du papier-action36. Ils collent de gigantesques affiches pour attirer le chaland37. Ils embobinent des assemblées d’actionnaires38 et promettent à qui veut de beaux « dividendes antichipés39 », dont le calcul évoque les pyramides de Ponzi de Madoff et consorts.
Cette posture est proche de celle que prend le jeune Jules Vallès dans l’Argent (1857), faux vade-mecum boursier imité du Manuel de Proudhon. La préface de l’ouvrage est une lettre-dédicace outrancière à l’homme d’affaires Jules Mirès, dans laquelle Vallès abjure la révolution, la morale et la littérature et où il proclame : « La misère a fait son temps, je passe du côté des riches40. » Dénonçant l’abstraction des coups de Bourse par son propre coup éditorial, confinant la spéculation au jeu, le jeune pamphlétaire joue les bateleurs pour le lecteur pusillanime :
Voyons, ce n’est qu’un franc, entrez vite, regardez, écoutez, étudiez, et demain vous saurez tout, les barbarismes hardis de la langue nouvelle, les ficelles du métier, le secret du jeu, et si le cœur vous en dit… Allons, du courage ! à vous la main41 !
Ainsi, la littérature retourne le handicap de l’abstraction des affaires financières en mimétisme de la parole qui les vend. Mais au-delà de cette imitation intéressée d’une éloquence trompeuse, le puff littéraire permet aussi et surtout d’évoquer les bulles spéculatives :
[…] depuis que l’on met tout en actions, tout, dit-on, sauf la morale, les braves gens, qui ont de l’argent à faire marcher, n’en demandent pas davantage, se laissent prendre encore aux mêmes trucs, viennent en masse, quelques-unes au bon moment, quand on a bien gonflé la chose, et que la prime est belle, d’autres la veille du désastre, quand un coup d’épingle crève le ballon, et qu’il tombe sans parachute au milieu des pauvres diables, qui ont bâti la nacelle, payé le gaz et les cordages42 !
Car les écrivains s’émerveillent que la cupidité du bourgeois puisse l’emporter sur sa prudence pour aller toucher à cette voisine du risque qu’est l’illusion. Ils sont sensibles aussi au caractère universel que prennent désormais les crises financières. Ainsi, avec la chute de grandes banques par émission comme le Crédit mobilier des frères Pereire en 1866, avec les grands krachs financiers que sont celui de Vienne en 1873 – duquel on peut dater l’importation du mot « krach » en France – ou la chute de l’Union générale en janvier 1882, il se dessine une inflexion notable dans la thématique de la littérature financière. « Le terrible Krach en personne !/Le Krach dans toute son horreur !/Le Krach devant qui l’on frissonne !/Le Krach qui répand la terreur ! », comme le dit en vers de mirliton un célèbre chroniqueur financier des années 188043 : voilà ce qui intéresse les feuilletonistes du dernier quart du xixe siècle44. Pourquoi ? Parce que désormais les ruines se communiquent à toute la place, et la Bourse peut défaire les grandes banques comme elle les a faites45, de même que nous voyons aujourd’hui des banques réputées too big to fail menacées par la vastitude et la volatilité des marchés financiers.
Abstraction technique des opérations, brio du puff et « ballons » spéculatifs : telle est donc la triple déclinaison des fictions de la finance dans la littérature boursière du xixe siècle. L’une des spécificités de l’Argent de Zola sera de pousser au plus loin les possibilités métaromanesques de cette thématique. D’abord, dans ce dix-huitième volume des Rougon-Macquart, on spécule sur les titres d’une banque qui finance sur les côtes libanaise et syrienne une série de projets industriels : premier effet de fiction que ce déplacement, dans un Orient moins romantique que saint-simonien, de l’espace idéal où doit se matérialiser le progrès né de la spéculation parisienne. Ensuite, le protagoniste Saccard est un grand illusionniste de la Bourse, un « poète » du million qui tient ses associés et les actionnaires de sa banque sous le charme de ses rapports d’activité en forme de « contes des Mille et une nuits46 ». Enfin, la banque elle-même, l’Universelle, est aussi creuse que l’Union générale dont elle est inspirée : troisième effet de fiction que l’évidement de cette Société anonyme par le biais de « jeux d’écritures », d’« hommes de paille47 » et de rachats de ses propres titres à la Bourse. Zola semble n’avoir poursuivi qu’un objectif dans la construction de cette banque romanesque : écrire, comme l’ambitionnait Flaubert, un roman sur rien. Montrer un homme qui court après une cote en suivant une logique nominale détachée des fondamentaux : « Je veux le cours de trois mille48 ! » Dresser enfin une généalogie romanesque de la valeur boursière qui nous fasse bien comprendre que celle-ci ne se forme que par mimétisme : je ne surenchéris que parce que ce titre semble t’intéresser. C’est là, selon Jean-Joseph Goux, le trait essentiel de ce roman du désir, expression selon lui du marginalisme de Walras49 : il s’agit d’une expression littéraire saillante du paradigme boursier dans lequel nous vivons, avec son abstraction de la valeur, sa logique court-termiste et ses phénomènes d’emballement.
Zola et les cycles de crise
Pour finir sur ce puissant et complexe roman de Zola, il existe une autre spécificité de l’Argent par rapport au commun des romans de mœurs financières du xixe siècle, laquelle touche à l’essentiel de nos débats contemporains. Si Balzac semble s’être surtout intéressé à la Bourse comme à un lieu de formation et de « transfusion sociale50 » de la valeur, les romans à sujet boursier de la moitié du xixe siècle sont plutôt des romans de la ruine. Une ruine qui n’est certes pas sans ressemblance avec l’épuisement de l’être par l’effet du Vouloir que décrit la Peau de chagrin (1831), mais où le héros n’a guère le panache faustien de Raphaël de Valentin : les protagonistes de ces romans sont ou bien des lanceurs d’affaires douteux qui succombent par abus de la spéculation, ou bien des fils de famille qui font de mauvais placements et transgressent la plus plate morale bourgeoise ou aristocratique. Dans les deux cas, le roman décrit l’intempérance du désir, la dégringolade morale (femmes de chair et luxe payé sur agio) qui précède la ruine financière. Dans les deux cas, la ruine apparaît paralysante, sans appel et sans lendemain. Même lorsqu’elle est compensée par quelque deus ex machina, roman populaire oblige, elle semble l’objet essentiel de ces récits en forme d’exorcisme51. D’où le revenez-y de rhétorique contre-révolutionnaire qu’on peut détecter dans les plus réactionnaires de ces romans. D’où le fait que certains petits naturalistes s’essayant au roman financier, comme en 1883 un dénommé Alfred Hamm que Zola gratifie d’un bout de préface, tendent à exagérer en matière financière la vision entropique de leur maître52.
Or l’Argent, pour s’inscrire dans cette veine et même traduire une conscience approfondie de cette doxa littéraire, pour jouer aussi de tout l’efficace dramatique du krach boursier, surprend le lecteur par la place donnée au motif de l’éternel retour. Il n’est pas fréquent, dans les Rougon-Macquart, qu’un personnage reparaisse ; c’est même l’un des points sur lesquels Zola entendait se distinguer de Balzac53. Or non seulement Saccard nous revient de la Curée (1872), mais de plus l’amorce de l’Argent lui accorde une « jeunesse persistante » et nous indique qu’« une fièvre le prenait de tout recommencer pour tout reconquérir54 ». Et cinq cents pages plus loin, après une nouvelle ruine et de nouveaux morts, le texte nous signale que le spéculateur sorti de prison est « lancé de nouveau dans une affaire colossale55 ». Cette vigueur du personnage du spéculateur, qui rappelle l’héroïsme commercial américain selon Tocqueville, accrédite l’idée de l’innocuité de la ruine. C’est cette idée que va figurer allégoriquement la protagoniste féminine du roman. En effet, Mme Caroline, dès les notes préparatoires que Zola a rédigées pour ce volume, est identifiée à « l’Espoir ». Voici un personnage revenu de toute philosophie56, comme si elle incarnait le romancier en quête de renouvellement57, et dont les jugements des abus de la spéculation devraient donc s’imposer au lecteur comme le bon sens. Or de jugements, elle n’en a guère : elle n’a que des dilemmes, ceux de son siècle58. Mme Caroline est à elle seule trois bibliothèques d’économie politique où Say, Proudhon et Courtois débattraient autour du Code. Alors ce qui juge en elle, ce qui compte, ce qui vaut moralité romanesque dans l’Argent de Zola, ce sont les regains d’optimisme qui gagnent ce personnage après chaque désastre. Mouvements tout physiques cependant, « flot de la joie » qui monte, « bouillonnement de sève », « force irrésistible du continuel rajeunissement59 ». Mouvements tout physiques justement : le roman continue d’accréditer par là le « plan de nature » dont relève la définition par Saccard de l’excès fertile de la spéculation. Et le personnage de Mme Caroline, si sympathique, si beau dans ses lignes allégoriques, devient le cheval de Troie d’un véritable naturalisme économique, lequel a pour corollaire une conception cyclique des crises :
C’était l’épidémie fatale, périodique, dont les ravages balaient le marché tous les dix à quinze ans, les vendredis noirs, ainsi qu’on les nomme, semant le sol de décombres. Il faut des années pour que la confiance renaisse, pour que les grandes maisons de banque se reconstruisent, jusqu’au jour où, la passion du jeu ravivée peu à peu, flambant et recommençant l’aventure, amène une nouvelle crise, effondre tout, dans un nouveau désastre60.
S’est-on déjà avisé que Zola avait écrit l’Argent peu après la parution de la seconde édition, augmentée (1889), du livre de Clément Juglar Des crises commerciales et de leur retour périodique ? La première édition de cet ouvrage avait été couronnée en 1862 par l’Académie des sciences morales et politiques. La seconde édition est enrichie d’études tirées des crises de 1864, 1873 et 1882 et elle donne lieu, à l’occasion de la crise de 1890, à diverses conférences de l’auteur, désormais à la tête de la Société d’économie politique. Juglar, que Schumpeter n’hésite pas à classer « parmi les plus grands économistes de tous les temps61 » et dont il fait un éclaireur des théories des cycles, comme celle de Kondratieff, a eu deux grandes idées. D’abord, il a dégagé la morphologie des crises en les définissant comme de courts moments qui sont à l’articulation des deux états dans lesquels se trouvent nécessairement et alternativement toutes « les sociétés où le commerce et l’industrie dominent62 » : la « prospérité » ou la « liquidation », l’une et l’autre caractérisées par des évolutions spécifiques des prix, de l’encaisse métallique des banques ou des taux d’escompte63. Ensuite, il a eu l’idée de la périodicité des crises, non pas de leur régularité – de ce point de vue, Schumpeter fait un faux sens qui était déjà courant à la mort de l’économiste64 –, mais du moins de leur perpétuel retour.
Il ne nous appartient pas de juger des limites de la théorie de Juglar, qui a le mérite de dire l’épuisement du crédit dans l’inflation des valeurs65. Elle nous intéresse ici parce qu’elle fonde une conception cyclique des crises qui est aujourd’hui répandue dans le discours des acteurs de l’économie66 et imprègne tous ceux d’entre nous qui nous rappelions la crise de 1987 au moment même où la crise de 1997 nous laissait craindre celle que nous connaissons67…! Que nous le voulions ou non, le paradigme dans lequel nous évoluons est celui de Juglar. Or ce paradigme est aussi celui du Zola de l’Argent, qu’il faut peut-être lire comme le meilleur porte-parole de Juglar au xixe siècle. Non que Zola ait lu Juglar : il est très peu probable que l’homme de Médan ait tenu une fois en main Des crises commerciales ou le Bulletin de la société d’économie politique ! Peu importe, du reste : comme l’écrit Schumpeter à propos de Juglar, « la Filiation des idées scientifiques est un processus objectif qui peut, mais ne doit pas obligatoirement, comporter une relation subjective68 ». Cela importe d’autant moins que Juglar est Zola (en économie politique) ! Médecin de formation, il est, comme le romancier, fils de Claude Bernard et fervent lecteur de l’Introduction à la médecine expérimentale. Sa théorie des crises se trouve d’ailleurs nourrie de comparaisons biologiques : les crises sont « comme les maladies », elles sont annoncées par certains « symptômes » et dépendent de certaines « prédispositions69 ». Comme Zola dans ses divers manifestes du naturalisme, Juglar peut écrire :
Sans faire intervenir aucune théorie, aucune hypothèse, l’observation seule des faits a suffi pour dégager la loi des crises et de leur périodicité70.
Car Juglar, compilateur de chiffres, est d’abord un « observateur profond71 », un naturaliste de la chose économique. Enfin, sans appuyer sur le rapport entre crise commerciale et crise physique, ne faut-il pas reconnaître que si la spécificité du travail de Juglar est de relier entre elles les différentes crises de l’histoire pour en analyser les invariants intimes72, elle ressemble à la spécificité des Rougon-Macquart, qui est de relier les diverses manifestations héréditaires (souvent critiques) de la tare originelle d’Adélaïde Fouque73 ?
Certes, montrer que deux hommes du xixe siècle sont baignés de positivisme comtien, se réclament du protocole d’observation de Claude Bernard, ou tendent à considérer le vivant comme une métaphore universelle, ne suffit pas à en faire des jumeaux. Mais la pertinence du roman de Zola au regard des écrits fondateurs de la théorie des crises est augmentée du fait que les deux auteurs partagent la même définition de la prospérité. Si l’intuition « grandiose » de Juglar est vraiment, comme l’écrit Schumpeter, d’avoir expliqué que « la cause unique de la dépression, c’est la prospérité74 », alors l’Argent de Zola est certainement la meilleure expression possible de cette découverte, à cheval entre truisme et paradoxe. Car c’est dans l’Argent que se déploie le principe selon lequel « quand tout marche trop bien, c’est que tout va craquer75 ». C’est dans ce roman que se révèle la nature foncièrement antinomique des emballements qui précèdent les retournements de tendance :
Désormais, on annonçait tout haut la catastrophe finale, et on montait quand même, on montait sans cesse, par la force obstinée d’un de ces prodigieux engouements qui se refusent à l’évidence76.
Inversement, la ruine laisse prévoir le renouveau, comme l’allégorise Mme Caroline, et c’est la deuxième consonance fondamentale du discours romanesque de Zola avec la théorie de Juglar, pour qui la crise n’est « qu’une torpeur passagère, prélude à de plus belles destinées77 », à « une nouvelle période de prospérité plus brillante que les précédentes78 », enfin une occasion d’éliminer les « crédits douteux ». Autant de réinterprétations optimistes des krach qui ressemblent à s’y méprendre au discours vitaliste de Zola dans les derniers opus des Rougon-Macquart. Et certainement, lire Zola nous fait mieux sentir combien nous sommes, quant à nous, clivés entre une conception naturaliste et dédramatisante des cycles de crise économique, et une vision entropique ou apocalyptique du destin de la Nature elle-même.
S’il y a une différence entre le discours de Zola et cette théorie des crises financières, elle réside dans la trajectoire idéologique des deux hommes. Juglar, dont les disciples tirent la théorie des crises vers une méditation de « catholique sincère » sur « l’imperfection des hommes », ne serait porté « ni au rêve, ni à l’utopie79 ». En revanche, Zola s’orientera vers le romanesque utopique des Quatre Évangiles. Même si cela n’est pas exclusif d’une réintégration du paradigme des cycles (témoin le roman Fécondité), la pensée cyclique incarnée dans l’Argent par le couple Saccard/Mme Caroline sera subordonnée, dans l’évolution intellectuelle de Zola, au rêve d’une « Cité de bonheur et de justice ». Rêve déjà formulé dans le roman de 1891 par le personnage du philosophe marxiste Sigismond. Aussi l’Argent présente-t-il pour nous la complexité et l’intérêt ultimes de poser, en face du paradigme trop dédramatisant des cycles de crise, un avatar du « mouvement économique » tel que Proudhon le définissait dans la préface de 1857 du Manuel du spéculateur à la Bourse : l’idée que la « féodalité industrielle » s’avance, à force de spéculations et de concentration, vers l’« empire industriel » mais aussi vers la nécessité de l’expropriation et de la liquidation socialistes. Ainsi, la « fin prochaine d’un monde », que Zola laisse entrevoir dans la chute du chapitre XI de l’Argent, serait non seulement celle du second Empire, mais aussi celle du capitalisme. Le roman rejoindrait par là Germinal, tout comme il intéresserait les commentateurs de la crise actuelle qui opposent l’évolutionnisme marxiste à la lecture cyclique des crises économiques80.
*
Même si cette étude rapide s’est limitée à inventorier des ressemblances et à citer le discours explicite de la fiction, elle prétend convaincre de la pertinence de la littérature financière du xixe siècle pour le lecteur contemporain. Pertinence thématique d’abord, puisque le triple enjeu de réfléchir aux abus de la spéculation, de dire l’abstraction de la Bourse et de penser la récurrence des crises a présidé à cette fabrique littéraire. Pertinence pragmatique, d’une certaine manière, car cette archéologie du discours de la littérature nous rassérène presque par la profondeur historique qu’elle confère à nos malheurs… Mais surtout, pertinence idéologique et morale : non que le moralisme de certains pamphlétaires et romanciers ou que le naturalisme économique zolien doivent être acceptés tels quels, bien sûr, mais parce que ce corpus, qu’il soit médiocre ou génial, interroge la possibilité de moraliser l’économie. Aujourd’hui, la morale veut faire retour au cœur des taux et des ratios. Projet légitime et nécessaire, mais aussi délicat que celui de mesurer le bonheur en économie81. Ce sont ces ambitions ambivalentes et ces défis complexes que les antinomies et apories de la littérature boursière du xixe siècle peuvent nous aider à penser.
- *.
Université de Picardie-Jules Verne. Auteur de la Bourse dans le roman du second xixe siècle. Discours romanesque et imaginaire social de la spéculation, Paris, Honoré Champion, 2007
- 1.
Alain Plessis, « La Bourse et la société française du second Empire », Romantisme, Cdusedes, 1983, no 40, p. 41-52.
- 2.
Voir par exemple la préface de Hans-Helmut Kotz dans Max Weber, la Bourse, trad. Pierre Morin, Paris, Transition, 1999, p. 22.
- 3.
En plus de L’avare de Molière et de la Philosophie de l’argent de Simmel.
- 4.
Pour des aides publiques en fonds propres de respectivement 5, 1 milliards d’euros et 10 milliards de dollars.
- 5.
Voir les propos de Christine Lagarde dans Le Monde des 8 et 19 août 2009.
- 6.
Jean-Baptiste Say, « L’agiotage », dans Cours complet d’économie politique, 1852 (3e éd.), t. II, VIIIe partie, chap. XV, p. 449.
- 7.
Ibid., p. 453.
- 8.
Voir Jean-Paul Fitoussi, « Des profits et des pertes : “l’affaire des bonus” », Le Monde, 14 août 2009.
- 9.
Pierre-Joseph Proudhon, Manuel du spéculateur à la Bourse, 3e éd. augmentée et signée [1re éd. 1854], Paris, Garnier frères, 1857, 499 p.
- 10.
P.-J. Proudhon, Manuel du spéculateur…, op. cit., « Introduction », § 4, p. 36.
- 11.
Horace Say, « Spéculation », dans Coquelin et Guillaumin (sous la dir. de), Dictionnaire de l’économie politique, t. II, Paris, Guillaumin, 1853, p. 652.
- 12.
Id., « Bourse de commerce », Dictionnaire de l’économie politique, op. cit., t. I, p. 207.
- 13.
Alphonse Courtois fils, Défense de l’agiotage, 4e éd. [1re éd. 1852], Corbeil, Imprimerie J. Crété, 1882, p. 40.
- 14.
Pour reprendre les termes de Paul Jorion, invité de « L’économie en question » sur France Culture le 20 juillet 2009.
- 15.
A. Courtois fils, Défense de l’agiotage, op. cit., p. 40.
- 16.
Voir l’entretien avec Thomas Piketty dans Alternatives économiques, janvier 2009, no 276, p. 52.
- 17.
Casimir Bonjour, L’argent, ou les moeurs du siècle, comédie en 5 actes et en vers (Théâtre français, 12 octobre 1826).
- 18.
François Ponsard, La Bourse (Théâtre français, 6 mai 1856), acte Ier, scène 4.
- 19.
Alexandre Dumas-fils, préface au Fils naturel, dans Théâtre complet avec préfaces inédites, Paris, Calmann-Lévy, 1890-1893, t. III, p. 31.
- 20.
Id., La question d’argent, comédie en 5 actes et en prose (Gymnase dramatique, 31 janvier 1857), acte V, scène 10.
- 21.
Ibid., scène dernière.
- 22.
Voir Le Monde du 16 octobre 2009 et l’enquête du Wall Street Journal du 14 octobre 2009 sur les émoluments des dirigeants des banques américaines.
- 23.
Oscar de Vallée, les Manieurs d’argent. Études historiques et morales [1857], cité par Eugène de Mirecourt dans la Bourse, ses abus et ses mystères, chez l’auteur, 1858, p. 46-47.
- 24.
Voir Paul Deltuf, les Pigeons de la Bourse, Charlieu éditeur, 1857.
- 25.
Voir notamment Pierre Zaccone, les Drames de la Bourse, Dentu, 1882, ou Alfred de Sauvenière, le Roman d’un coulissier. Scènes de la vie financière, Ollendorff, 1885.
- 26.
Nous renvoyons à notre étude la Bourse, dans le roman du second xixe siècle…, op. cit., p. 237-275.
- 27.
Jules Claretie, le Million, roman parisien, Dentu, 1882, Ire partie, chap VIII, p. 95.
- 28.
Voir par exemple F. De Groiseilliez, les Cosaques de la Bourse ou le jeu du diable, Michel Lévy frères, 1854, p. 74 sq., ou Henry de Kock, les Femmes de la Bourse, Bruxelles, Méline, Cans et Cie, s. d., 2 vol.
- 29.
Voir Hélène Gomart, les Opérations financières dans le roman réaliste : lectures de Balzac et de Zola, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 176 sq.
- 30.
Pour toutes les citations données ici, voir Émile Zola, l’Argent, Paris, GF-Flammarion, 2009, chap. IV, p. 170-171.
- 31.
Voir d’une part le débat récurrent sur la formation des jeunes financiers, d’autre part la critique par le mathématicien Benoît Mandelbrot des modèles utilisés par les banques (Le Monde des 18-19 octobre 2009).
- 32.
Guy de Maupassant, « À qui la faute ? », Le Gaulois, 25 janvier 1882.
- 33.
Clairville, Lubize et Siraudin, La Bourse au village, vaudeville en un acte (Théâtre des Variétés, 2 juillet 1856), scène 8.
- 34.
C’est par ce terme qu’on désigne au milieu du siècle celui qui fait « mousser » les affaires à la Bourse. Voir F. de Groiseilliez, les Cosaques de la Bourse…, op. cit., chap. V.
- 35.
Benjamin Antier, Armand Lacoste et Alexandre Chapponier, L’auberge des adrets, mélodrame en 3 actes à spectacle (Ambigu comique, 2 juillet 1823). Benjamin Antier, Armand Lacoste et Frédérick Lemaître, Robert Macaire, pièce en 4 actes et 6 tableaux (Folies dramatiques, juin 1834 ; Porte Saint-Martin, septembre 1835).
- 36.
Voir les Caricaturana no 7 (« Messieurs et Dames ! ») et no 68 (« Grand placement d’actions ») de la série. Le papier est tout à la fois négation du métal, support de la fiction, et bientôt, dans certains romans antisémites (Charles Legrand, l’Âge de papier, 1889), métaphore de la nullité du journalisme vendu et de la destruction de toute valeur par les boursiers.
- 37.
Caricaturana no 2 (« Robert Macaire philanthrope »), no 38 (sans titre) et no 81 (sans titre).
- 38.
Caricaturana no 6 (« L’assemblée d’actionnaires »).
- 39.
Caricaturana no 98 (sans titre) ou no 5 (« Robert Macaire notaire »).
- 40.
Jules Vallès, l’Argent, par un homme de lettres devenu homme de Bourse, éd. Roger Bellet, dans Œuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1975, t. I, p. 6.
- 41.
Id., l’Argent…, texte intégral, éd. Lucien Scheler et Marie-Claire Bancquart, dans Œuvres complètes, Paris, Livre Club Diderot, 1969, p. 46.
- 42.
Id., l’Argent…, éd. Roger Bellet, op. cit., p. 17.
- 43.
Il s’agit de Don Caprice (Bernard), chroniqueur boursier du Gil Blas, rubrique « Les coulisses de la finance », 12 février 1882.
- 44.
Voir notamment Charles Mérouvel, le Krach, mœurs du jour, Dentu, 1882.
- 45.
Sur cette question du rapport entre banques et marché financier à la fin du xixe siècle, voir Pierre-Cyrille Hautcœur et Georges Gallais-Hamono (sous la dir. de), le Marché financier français au xixe siècle, Publications de la Sorbonne, « Sorbonensia oeconomica », 2007, no 5, vol. I, p. 270 et 382.
- 46.
É. Zola, l’Argent, op. cit., respectivement p. 127 et 104.
- 47.
Ibid., p. 474 et 373.
- 48.
Ibid., p. 368.
- 49.
Voir Jean-Joseph Goux, Frivolité de la valeur, essai sur l’imaginaire du capitalisme, Blusson, 2000, 318 p.
- 50.
Pour reprendre l’expression de l’« Avant-propos » de la Comédie humaine (1842) sur la « transfusion sociale des espèces inférieures » au xixe siècle.
- 51.
Voir les romans cités de Deltuf, Sauvenière ou Zaccone.
- 52.
Alfred Hamm, Un grand banquier, étude financière, Imprimerie de Coing, 1883.
- 53.
É. Zola, « Différences entre Balzac et moi », dans les Rougon-Macquart, éd. Henri Mitterand, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1967, t. V, p. 1737.
- 54.
É. Zola, l’Argent, op. cit., p. 16-17.
- 55.
Ibid., p. 494.
- 56.
« Elle parlait quatre langues, elle avait lu les économistes, les philosophes, passionnée un instant par les théories socialistes et évolutionnistes ; mais elle s’était calmée […] », ibid., p. 74.
- 57.
La sortie du roman en volume est contemporaine de l’Enquête sur l’évolution littéraire du journaliste Jules Huret (Écho de Paris, 3 mars-5 juillet 1891), au cours de laquelle Zola esquisse l’esthétique du roman à venir.
- 58.
Voir É. Zola, l’Argent, op. cit., p. 278-283.
- 59.
Ibid., p. 491-492.
- 60.
Ces lignes achèvent l’avant-dernier chapitre du roman, la toute dernière phrase annonçant l’écroulement du second Empire qui marque la fin de la série de Zola : « Mais, cette fois, derrière cette fumée rousse de l’horizon, dans les lointains troubles de la ville, il y avait comme un grand craquement sourd, la fin prochaine d’un monde. »
- 61.
Joseph A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique [1954], trad. sous la dir. de J.-L. Casanova, Paris, Gallimard, coll. « Tel », t. III, p. 483.
- 62.
Clément Juglar, Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis, 2e éd., Guillaumin, 1889, p. X.
- 63.
Ibid. Pour le détail du déroulement des crises, voir par exemple les p. 31-33 ou 167-168.
- 64.
Voir Paul Beauregard, Notice sur la vie et les travaux de M. Clément Juglar, Paris, Firmin Didot, 1908, p. 27-28.
- 65.
Voir Dominique Pellissier, « Clément Juglar : héritage et actualité de sa théorie des cycles », dans Pierre Dockès et alii (sous la dir. de), les Traditions économiques françaises (1848-1939), Paris, Éd. du Cnrs, 2000, p. 273-285. Voir aussi Marie-Hélène Gilman, « Clément Juglar (1819-1905), analyste des crises », dans Yves Breton et Michel Lutfalla (sous la dir. de), l’Économie politique en France au xixe siècle, Paris, Economica, 1991, p. 277-302.
- 66.
Voir Pierre Simon (président de la Ccip), « Une économie à reconstruire : les leçons de la déroute actuelle », Le Monde Économie, 16 juin 2009.
- 67.
Voir le no d’Esprit de mai 1998 sur « Les économies du chaos », notamment l’article de Lester Thurow, « La crise financière asiatique : un regard américain ».
- 68.
J. A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, op. cit., p. 485.
- 69.
C. Juglar, Des crises commerciales…, op. cit., p. X, 4 et 28.
- 70.
Ibid., p. XV.
- 71.
P. Beauregard, Notice sur la vie et les travaux de M. Clément Juglar, op. cit., p. 4.
- 72.
Voir J. A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, op. cit., p. 484.
- 73.
Voir les deux premiers paragraphes de la préface de la Fortune des Rougon (1er juillet 1871).
- 74.
Voir J. A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, op. cit., p. 484. Les termes exacts de Juglar sont : « Les symptômes qui précèdent les crises sont les signes d’une grande prospérité […]. » Voir C. Juglar, Des crises commerciales…, op. cit., p. 4-5.
- 75.
É. Zola, l’Argent, op. cit., p. 390.
- 76.
É. Zola, l’Argent, op. cit., p. 366.
- 77.
C. Juglar, Des crises commerciales…, op. cit, extrait de l’exergue.
- 78.
Id., « Des crises commerciales… », conférence au congrès scientifique international des catholiques (1er-6 avril 1891), voir le compte rendu, p. 9.
- 79.
P. Beauregard, Notice sur la vie et les travaux de M. Clément Juglar, op. cit., p. 31-32.
- 80.
Voir Paul Jorion, « L’après-capitalisme s’invente aujourd’hui », Le Débat, septembre-octobre 2008, no 151, p. 75 sq.
- 81.
Voir l’entretien avec Joseph Stiglitz publié dans Libération le 15 septembre 2009.