Le surgissement d’une « question noire » en France


L’année 2005 aura vu la cristallisation d’une identité « noire » revendiquée à travers diverses polémiques mais aussi par de nouvelles créations associatives. Est-ce une manière de sortir d’un statut d’éternelle victime ou l’émergence de revendications identitaires qui trouveront d’autres développements ?

L’année 2005 a débuté avec le vote inaperçu d’un article de loi reconnaissant le rôle positif de la présence française outre-mer1, puis la naissance d’un appel contre le racisme antiblanc signé par des personnalités non négligeables plutôt classées à gauche de l’échiquier intellectuel2. Elle s’est achevée dans le refus de célébrer le bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, parce que remportée par un négrier nommé Napoléon Bonaparte, au moment où se créait un comité représentatif des associations noires de France (Cran) et que le président de la République acceptait le principe d’une journée de commémoration du souvenir de l’esclavage. En 2005, en France, une « question noire » a jailli.

L’année 2005 aura abondamment nourri les habituelles représentations plaçant « les Noirs » dans les situations de dénuement et de souffrance les plus extrêmes. Tragédie du Darfour, résurgence du virus Ébola en Angola et au Congo-Brazzaville. Images d’une rare violence en provenance des portes nord-africaines de l’Europe où les nouveaux damnés de la terre payent le prix du sang pour pouvoir franchir les grillages de Ceuta. Plus près de nous encore, la question lancinante de l’immigration a continué de nourrir la chronique quotidienne des maux de notre société : surreprésentation du nombre des personnes atteintes du sida parmi les migrants venus d’Afrique, suroccupation des immeubles vétustes parisiens dans les incendies au cours desquels une cinquantaine de « Noirs » ont péri, manifestation visible de la présence de jeunes « Noirs » lors des violences urbaines de novembre.

Quel rapport entre tous ces événements ? À première vue aucun, sinon la couleur de la peau des protagonistes. Or, précisément, l’année 2005 aura également été celle de la cristallisation d’une « identité noire » revendiquée, d’une « colère noire » exprimée. Comme si, lasse de subir cette image d’éternelle victime, était soudain née une « communauté noire », déterminée à remettre les pendules à l’heure, à commencer par celles de l’histoire.

Les déclarations pour le moins polémiques de l’humoriste Dieudonné3 ont servi de catalyseur médiatique à un thème qui, en quelques mois, a envahi l’espace public pour culminer en fin d’année avec une série de polémiques quotidiennes.

Tenter de rendre compte de ce phénomène de manière synthétique n’est pas chose aisée. D’observations nécessairement partielles, il ressort qu’il n’est certainement pas univoque4, ni non plus massif. D’un côté, on observe un mouvement protéiforme, en évolution, qui doit encore assumer ses contradictions. De l’autre, on constate un débat exacerbé qui ne recule devant aucune simplification abusive, aucun amalgame, ni aucune injure et qui peut s’achever devant les tribunaux… Les choix sémantiques eux-mêmes sont complexes. De « l’homme de couleur » (ringard), en passant par le « black », le « kébla » ou le « renoi » (connotés), au « mélanoderme » (tendance), sans omettre le très underground « kémite », on hésite à prendre un parti qui est immanquablement interprété. À la réflexion, le terme de « noir », tout simplement, paraît le plus approprié.

Pourtant, la capacité de ce débat à saturer l’espace politico-médiatique ne peut que surprendre. Alors qu’il y a quelques mois à peine était encore d’actualité l’opportunité de supprimer le mot « race » de la constitution5, ce retour en force du « biologique » a en effet de quoi interpeller.

Une toute nouvelle « question noire » a surgi avec virulence. Cette accélération s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste de crispation identitaire qui influence profondément la société française de ce début de siècle. Pour un observateur attentif et sans prétention scientifique, elle présente l’intérêt tout particulier d’illustrer les mécanismes d’une situation singulière : celui du passage d’une situation défensive marquée par le repli identitaire à celle, offensive, de la revendication identitaire.

La prise de conscience d’une singularité identitaire

Un phénomène récent

Après un long silence postérieur à la décolonisation de l’Afrique noire, on peut dater de 1998 le réveil d’une « question noire » à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. À cette époque, la première « marche des peuples noirs de France » a réuni plusieurs milliers de personnes, initiative renouvelée depuis lors d’année en année. Ce rassemblement s’est d’emblée démarqué d’un discours officiel tendant à célébrer la fin de l’esclavage pour mettre en exergue la traite elle-même, autrement dit pour rappeler à nos concitoyens la responsabilité directe de la France dans cette tragédie, trop longtemps occultée par le souvenir exclusif de l’abolition de 1848.

Ce mouvement s’est poursuivi à travers le dépôt d’une proposition de loi tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, texte porté par Christiane Taubira, lequel deviendra l’emblématique loi du 21 mai 2001.

Parallèlement est né en 1999 le collectif Égalité emmené par la romancière Calixthe Beyala, militant pour la visibilité des minorités de couleur sur les chaînes de télévision. Il faut d’ailleurs relever que c’est la première association qui a ouvert, au seuil des années 2000, le débat sur la discrimination positive et la question de la représentation dans les médias de ce que l’on n’appelait pas encore les minorités visibles.

Ces deux militantes de la cause noire ont poursuivi leur combat dans le cadre des élections présidentielles : Mme Taubira en tant que candidate, Mme Beyala en défendant son projet auprès des divers candidats. On peut y voir l’amorce d’une prise de conscience qui a conduit un certain nombre de militants associatifs à s’engager sur le terrain de la « cause noire ».

Hormis pendant l’entre-deux-guerres, où un mouvement intellectuel a cherché à fédérer l’expression des Noirs issus des colonies sans distinction géographique, il n’a jamais véritablement existé d’unité de la représentation – et encore moins de la revendication – des « Noirs de France ». Jusqu’à présent, divers réseaux structuraient le paysage, s’ignorant mutuellement le plus souvent : les associations et médias représentant les Français des Dom-Tom, les associations culturelles et les médias (dont plusieurs sites Internet très actifs) généralistes de sensibilité africaine ou encore la nébuleuse des associations représentant les originaires de tel ou tel pays, souvent proches des partis politiques locaux. Enfin, on ne saurait oublier les associations de défense des sans-papiers, à une certaine époque influentes sur le plan national, qui ont pris le relais de la lutte menée dans les foyers Sonacotra dans les années 1970.

Ce paysage émietté correspondait à une réalité, celle de groupes de personnes ayant des histoires propres et des attentes différentes. Quoi de commun en effet entre un citoyen originaire d’un département français d’Amérique installé en métropole et un immigré originaire d’Afrique subsaharienne arrivé en France dans les années 1970 ? Quoi de commun entre un Réunionnais et un réfugié politique arrivant d’Afrique centrale ? Jusqu’à ces dernières années, les préoccupations des uns et des autres étaient suffisamment distinctes pour qu’elles prévalent sur le seul facteur commun existant a priori, celui de la couleur de la peau. Finalement, seul l’homme de la rue (a priori blanc, au minimum mal informé et assurément peu voyageur) pouvait percevoir les Noirs comme un bloc homogène.

Un besoin de reconnaissance

S’il est difficile de décrire l’ensemble des motivations qui ont concouru à ce phénomène, on peut tout de même tenter d’esquisser deux sortes d’explications de ce qui a provoqué ce bouleversement. En premier lieu, les effets spécifiques d’une crise économique et sociale persistante qui fragilise l’ensemble de la population. Le chômage de masse limite singulièrement les perspectives d’ascension sociale en même temps qu’il instille une peur de l’avenir, pour soi-même et pour ses enfants. Cette angoisse frappe toutes les catégories sociales indépendamment de la qualité de leur insertion socio-économique. Elle n’épargne évidemment pas les ultra-marins (populations originaires d’outre-mer) installés – et souvent nés – en métropole. Ce contexte influe directement sur la manière dont sont accueillis les derniers arrivants, au titre de l’immigration, voire de l’asile politique. À cette situation générale vient se superposer un facteur particulier bien connu, celui du racisme et de son cortège de discriminations.

Pour des hommes et des femmes qui revendiquaient leur qualité de citoyen à part entière – que l’on soit français depuis plusieurs siècles, que l’on ait fait le choix de la naturalisation ou tout simplement parce que l’on est né ici –, l’expérience commune de l’humiliation et du rejet à raison de la seule couleur de la peau a créé un nouveau sentiment d’appartenance commun, mélange de défiance et de revendication.

Si, dans un premier temps, ce fond commun de défiance a plutôt servi à alimenter les textes des chanteurs de rap, des plus poétiques aux plus violents, il a petit à petit permis de construire une identité commune, mythifiée, qui a séduit un public de plus en plus vaste en quête de reconnaissance.

Ce sont finalement des aspirations diverses qui ont convergé vers un besoin convergent de reconnaissance. Besoin de reconnaissance de la part des ultra-marins, pour lesquels le fait esclavagiste et colonial est tout simplement constitutif d’une identité originelle. Besoin de reconnaissance ensuite de la part des enfants de l’immigration africaine, fréquemment sénégalaise ou malienne, installée de longue date dans la plus totale invisibilité. Leurs parents, une population souvent d’origine rurale, ont sans doute plus encore que d’autres immigrés souffert du choc de la rencontre avec la modernité occidentale. De fait, le décalage entre les parents et les enfants qui ont grandi ici a été très profond. Ces 2e et 3e générations, au moins aussi vulnérables que leurs homologues d’origine maghrébine, n’ont curieusement suscité qu’un intérêt très marginal jusqu’à ce qu’elles deviennent visibles lors des violences urbaines du mois de novembre 20056. Eu égard au parcours de ces jeunes, l’enjeu des réflexions sur leur devenir dans la société englobe bien d’autres problématiques que la question exclusive de la polygamie. Pour ce qui les concerne, ils revendiquent la reconnaissance de leur identité et de celle de leurs parents dans un débat qui a jusqu’ici « privilégié » l’immigration maghrébine. Besoin de reconnaissance enfin de la part des migrants plus récents, et notamment des demandeurs d’asile, souvent issus de milieux urbains, ayant acquis des qualifications supérieures à celles de leurs aînés, qui n’entendent absolument pas vivre dans l’omerta. Besoin commun enfin d’être intégrés, pris en compte dans la représentation que la nation a d’elle-même.

Ce besoin de reconnaissance, vécu comme une condition de l’égalité promise par la République, alimente la revendication. Les difficultés particulières rencontrées par nombre de Noirs en France ne sont pas discutables, qu’elles relèvent de la précarité sociale ou du racisme. Ce qui est remarquable, c’est une volonté de légitimer des revendications sociales très diverses au travers d’une revendication identitaire globale. Par un curieux paradoxe, cette construction pourrait finir par justifier la représentation monolithique de l’homme de la rue.

Pour se distinguer, la spécificité identitaire se nourrit de la confusion de l’histoire avec la mémoire

« La mémoire commune des souffrances du peuple noir » est sans aucun doute le premier dénominateur commun. Depuis le cent-cinquantenaire de l’abolition, puis la loi Taubira et la proclamation par l’Unesco de l’année 2004 en tant qu’année internationale de consécration de la lutte contre l’esclavage, le combat s’est engagé sur plusieurs terrains.

De l’histoire au prétoire

En premier lieu, le terrain du droit en vue d’établir juridiquement un préjudice qui ouvrirait droit à réparation, en se fondant notamment sur les termes du Code Noir rédigé par Colbert et publié par Louis XIV en 1685, document qui justifie et codifie l’esclavage. Ce combat a été relancé par certaines organisations américaines à l’occasion de la conférence de l’Onu sur le racisme à Durban, en 2001. Économistes et historiens ont cherché à évaluer le montant des réparations à obtenir (de 1 500 à 8 000 milliards de dollars selon les sources). Cependant, ainsi que le rappelle le département de l’information des Nations unies,

dès le début, les demandes de réparation ont suscité de nombreuses controverses. Certains estimaient que la traite des esclaves était trop ancienne pour pouvoir faire l’objet d’un recours juridique et que l’idée était irréalisable, étant donné qu’il était difficile de déterminer d’un commun accord qui paierait les réparations, à qui, où et sous quelle forme. D’autres ont fait remarquer que les Africains eux-mêmes s’étaient fait les complices des trafiquants d’esclaves étrangers en enlevant, en vendant et en réduisant à l’esclavage leur peuple. D’ailleurs, l’esclavage a également été pratiqué par des Africains, et continue de l’être dans certains pays d’Afrique. [En outre, ] les efforts des pays africains ont été compliqués par le fait que l’Union européenne (UE) n’est pas disposée à reconnaître ouvertement que la traite des esclaves était un crime contre l’humanité. Certains des 15 membres de l’UE ont autrefois participé à la traite des esclaves et craignent qu’une telle déclaration les conduise à s’exposer à des poursuites judiciaires […] En fin de compte, la conférence a éludé les demandes de réparations7.

À défaut d’aboutir à des réparations, le débat juridique sur la qualification de crime contre l’humanité a prospéré – en tout cas en France – avec l’adoption de la loi Taubira. Quatre ans plus tard, le débat qui a été ouvert sur la légitimité même du législateur à pouvoir se prononcer sur des faits historiques conduira en toute logique et en toute rigueur à s’interroger sur son opportunité8.

C’est précisément en second lieu sur le terrain historique et mémoriel que le combat se poursuit. L’épisode le plus remarquable a été sans conteste l’offensive lancée contre Napoléon Bonaparte à l’occasion de la célébration du bicentenaire d’Austerlitz, habilement emmenée par Claude Ribbe, avec la sortie d’un ouvrage intitulé le Crime de Napoléon, dont la démonstration est résumée par l’auteur lui-même en ces termes :

Plus d’un million de personnes vouées à la mort selon des critères raciaux, un génocide perpétré en utilisant les gaz, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dévorés vivants par des chiens, deux cent cinquante mille citoyens enchaînés et mis en esclavage, un plan de déportation meurtrier incluant d’anciens parlementaires, des escadrons de la mort pour traquer les résistants et les brûler sur place, des camps de triage et de concentration, des lois raciales. Cent quarante ans avant la Shoah, un dictateur, dans l’espoir de devenir le maître du monde, n’hésite pas à écraser sous sa botte une partie de l’humanité. Ce n’est pas de Hitler qu’il s’agit, mais de son modèle, Bonaparte. Comment les exactions de ce despote misogyne, homophobe, antisémite, raciste, fasciste, antirépublicain, qui détestait autant les Français du continent que les Corses, ont-elles pu, jusqu’à présent, rester ignorées du grand public ? Pourquoi une certaine France, au xxie siècle, s’acharne-t-elle de faire du boucher des « Noirs » un héros national9 ?

Le caractère nuancé du propos n’est pas de nature à apaiser le débat !

Mais pour l’heure, celui-ci s’est porté dans l’arène judiciaire avec « l’affaire Pétré-Grenouilleau », historien, auteur d’une somme ambitieuse sur l’esclavage10 plusieurs fois primée, auquel il est notamment reproché d’avoir refusé de considérer que la traite constituait un génocide. Accusé de « révisionnisme », il comparaîtra devant les tribunaux en février 2006. Dans l’attente, on peut s’interroger sur le point de savoir si l’autorité judiciaire est plus ou mieux habilitée que le pouvoir législatif à établir une vérité historique…

Des souffrances rassemblées en un patrimoine

Un autre sujet fédérateur demeure le (néo)colonialisme, alimenté par un cocktail mélangeant la situation sociale en France, le refus du droit de vote des immigrés et la présence militaire en Afrique, jugée par nature suspecte, tout particulièrement depuis le Rwanda – dont la polémique sur le rôle de la France rebondit sans cesse – jusqu’à la Côte d’Ivoire.

En tout état de cause, du point de vue des faits historiques, ces deux premiers thèmes devraient a priori interpeller des publics très distincts. Pourtant, certains n’hésitent pas à évoquer un héritage commun de la souffrance dont témoigne par exemple l’appel des « indigènes de la République pour des assises de l’anticolonialisme postcolonial11 » lancé au début de l’année 2005, qui ne recule devant aucun raccourci ni aucun amalgame historique.

Un troisième thème retient l’attention, celui des commémorations de la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui ont été l’occasion de rappeler le rôle des troupes coloniales. On touche là un épisode de la mémoire nationale qui renvoie à une attente très forte, en particulier de la part des descendants des illustres tirailleurs dits sénégalais. L’inconscient collectif n’a pas encore intégré le rôle crucial de cette Armée d’Afrique. Le cinéma, qui demeure le meilleur vecteur de découverte grand public, s’est assez peu intéressé au sujet, en dehors du champ circonscrit du documentaire historique.

En matière de fictions, on relèvera principalement Camp de Thiaroye de Sembène Ousmane en 1998, qui relate la répression dont furent victimes ces mêmes tirailleurs de retour dans leur pays d’origine parce qu’ils exigeaient la même rémunération que leurs frères d’armes blancs.

Il faudra attendre 2006 pour voir le film Indigènes de Rachid Bouchareb qui illustre le parcours de ces jeunes combattants venus des colonies pour libérer la métropole. Le climat actuel devrait conduire le public à lui réserver un accueil passionné. Pour l’heure, on relèvera que le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 évoque très explicitement le rôle de ces combattants.

Enfin, la période récente renvoie aux combats pour les droits civiques aux États-Unis, à la lutte contre l’Apartheid et à la rébellion contre les ex-puissances coloniales et le Fmi. Un patrimoine commun de références associées dans un même Panthéon communautaire s’est peu à peu constitué, de Toussaint Louverture à Nelson Mandela, en passant par Martin Luther King, Malcom X et Thomas Sankara.

On mesure combien « l’identité noire » emprunte à des expériences diverses. Loin de toute réflexion à caractère historique, c’est bien un assemblage de mémoires qui se construit au service d’un objectif contemporain.

Pour s’imposer, la revendication identitaire se construit sur le thème du complot et de la victimisation

Les théories du complot

L’exemple le plus significatif est sans doute la manière dont certains militants de la cause noire se sont emparés des thèses historiques de l’intellectuel sénégalais Cheikh Anta Diop qui, en substance, établit une filiation directe entre l’Égypte antique et le monde noir contemporain12. De nos jours, le discours se présente comme une « vérité historique » : les Égyptiens étaient noirs, leur civilisation constitue un patrimoine noir détourné puis occulté par les Blancs. En quelque sorte, la plus grande falsification historique de tous les temps.

Autre manifestation du complot, l’absence jusqu’à ce jour d’une journée nationale commémorant le souvenir de l’esclavage13, l’absence de lieux de mémoires nationaux sur ces thématiques, le mépris que constitue le principe de cristallisation des pensions des anciens tirailleurs14, viennent étayer cette thèse.

La théorie du complot peut changer de nature lorsqu’elle dérape vers la mise en accusation et l’antisémitisme : c’est l’objet du thème de l’enrichissement des juifs par la traite négrière. Si besoin était, pour attester de la confusion mentale qui règne sur ce sujet, la lecture du fameux Code Noir est édifiante puisque son article 1er ordonnait l’expulsion de tous les juifs des colonies royales.

Tout aussi inquiétantes sont les rumeurs délirantes qui courent autour d’un autre « complot juif » qui serait à l’origine de la pandémie de sida en Afrique. Ce délire paranoïaque semble avoir pris corps lors de la conférence internationale de Durban sur le racisme (2001) puis a été régulièrement relayé par des personnages douteux.

La concurrence des douleurs

Pour vaincre le complot du silence dans la société contemporaine, il est indispensable de se placer dans une posture victimaire. Au quotidien, la comparaison s’exerce spontanément par rapport aux États-Unis qui ont fait le choix de la discrimination positive et su produire des Colin Powel et Condoleeza Rice, sans même parler des nombreux acteurs de films et de séries télévisées auxquels sont proposés des rôles valorisants15.

Conséquence remarquable, on a l’impression d’assister à une véritable mise en concurrence entre victimes. De manière sourde, on observe des réactions immédiates dès lors qu’une « communauté d’origine » semble privilégiée par rapport à une autre. Sur ce point, qu’on parle d’intégration, d’égalité des chances ou de lutte contre les discriminations, la « question maghrébine » a totalement effacé, il est vrai, la « question noire ». Dès lors qu’il s’agit de faire reconnaître publiquement, officiellement, légalement une mémoire, des mécanismes similaires se mettent en œuvre. L’origine de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 évoquant le seul rôle positif de la colonisation mérite d’être également appréhendée à travers ce prisme concurrentiel. Il traduit l’attente de nombreux rapatriés d’Algérie qui considèrent être les victimes d’une lecture univoque et à charge de la colonisation. Toutes choses égales par ailleurs, la loi Taubira du 21 mai 2001 participe également d’une démarche de ce type. En s’attachant à ne définir comme crime contre l’humanité que la seule traite « occidentale » à l’exclusion des autres formes de traites dont ont été victimes les Africains (et jusqu’à nos jours), ce texte suscite des interrogations du point de vue de sa cohérence qu’on ne saurait attribuer exclusivement à des « négationnistes négrophobes ». De la même manière, le sentiment d’être ignoré des représentations que produit l’histoire officielle appelle de semblables aspirations en matière d’enseignement de l’histoire en 2001 et en 200516.

En fait d’histoire, la concurrence tend à s’exacerber autour d’un improbable parallèle entre la déportation des juifs et celle des esclaves. À l’instar du parallèle établi entre Napoléon et Hitler déjà évoqué, dès le début de l’année 2005 un autre ouvrage, Noirs dans les camps nazis17, avait pu installer la polémique. Écrit par un journaliste suite à un documentaire qu’il avait réalisé sur le même thème, ce livre évoque notamment le sort effroyable réservé aux Noirs en Namibie par le colonisateur allemand au début du xxe siècle puis celui des Noirs déportés au cours de la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur à l’occasion d’un entretien en apportait cet éclairage :

On le sait maintenant, les premiers camps de concentration ont été construits en Namibie en 1904, pour exterminer les Héréros. Ce sont des camps à l’architecture similaire à ceux que les nazis mettront en place plus tard : des baraquements en bois, des fils de fer barbelés, des déportés tatoués, rachitiques, obligés de travailler de façon très dure. Il n’y avait pas de four crématoire, les Héréros étaient directement pendus. Des expériences médicales ont été conduites par un monsieur bien connu maintenant, le docteur Högen Fischer, qui aura plus tard pour bras droit Josef Mengele qui sera le futur bourreau d’Auschwitz. On retrouve en Namibie un second personnage important, confirmant ainsi que tout a débuté en Namibie, c’est Göring, le gouverneur de la Namibie, père du futur bras droit d’Hitler […] J’ai fait un travail d’extrapolation à partir du nombre d’Afro-Allemands qu’il y avait avant la guerre en Allemagne, et dans d’autres pays, j’estime à titre personnel qu’il y aurait eu entre 10 000 et 30 000 déportés noirs, et j’espère que ce sera étayé un jour par un travail d’historien18.

Deux historiens et un professeur de sciences politiques n’ont pas manqué de réagir violemment dans une tribune titrée : « Les nazis n’ont pas déporté les Noirs19 ». Le débat n’est pas fini puisqu’il est par ailleurs engagé sur la qualification comparée de la Shoah et de la traite négrière…

La récupération de la question identitaire

Du lobbying

Comme pour tout mouvement d’opinion émergent, les tentatives de récupération s’expriment, de manière plus ou moins opportuniste. Le risque de récupération religieuse mérite d’être évoqué dans la mesure où, lors des violences urbaines de l’automne 2005, le spectre d’une prise en main par des islamistes de ces jeunes des banlieues a été évoqué. On se contentera de rappeler que les « musulmans noirs » de France apparaissent très peu dans le débat sur l’organisation du culte ou sur le port du voile, leur principale association cultuelle (Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, Ffaiaca) semblant se tenir à l’écart des luttes de pouvoir au sein du conseil français du culte musulman.

Certes, en 2002 est né le « parti Kémite », « organisation de défense du peuple noir » aux thèses radicales qui se réclame de Louis Farrakan, leader américain de Nation of Islam. Par ailleurs, il a été relevé que l’appel des « indigènes de la République » émanant de « descendants d’esclaves et déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés » était soutenu par Tariq Ramadan et plusieurs associations qui s’étaient fait connaître pour leur mobilisation contre la loi sur les signes religieux à l’école. Toutefois, on se saurait pour l’heure inférer de ces connexions ponctuelles un recoupement entre revendication identitaire et revendications religieuses.

C’est plutôt une récupération de nature politique qui est à l’œuvre. La « niche politique » noire suscite de nombreuses vocations qui tournent fatalement à la concurrence. Du côté des ultra-marins, le Comité de la marche du 23 mai 1998, fondé au lendemain de ce fameux rassemblement, développe un travail à caractère plutôt pédagogique dans une optique et vis-à-vis d’un public bien définis : un « long travail d’affiliation à nos aïeux esclaves, travail indispensable pour notre structuration en tant que communauté en France métropolitaine20 ».

Dans une perspective moins métropolitaine est né en 2003 le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionais21 dont l’objectif central était – et demeure – la baisse du prix des transports aériens entre la métropole et ces départements. Ce collectif s’est très vite emparé des revendications lancées par la marche de 1998 et s’est placé à la pointe du combat identitaire, en particulier à l’occasion de « l’opération anti-Napoléon ».

Si des revendications convergentes illustrent la revendication identitaire des « Noirs de France », la récente exacerbation du débat puis, conséquence logique, la montée en puissance de quelques personnalités fortement médiatisées ont créé quelques divergences d’intérêt ou, à tout le moins, quelques divergences d’approche.

En effet, du côté des « Africains », deux structures associatives ont également vu le jour au cours de la même période. En 1999, naissait Africagora, club d’investissement et de chefs d’entreprise, qui a très tôt compris que la promotion des minorités ethniques, noire en particulier, était un créneau inoccupé. Bien repérée par les médias grâce à une communication volontariste, cette initiative a même conduit ses promoteurs à se lancer dans la course électorale en présentant une liste communautaire en Île-de-France lors des élections européennes de 2004, opération qui s’est soldée par un cuisant échec (0, 005 % des voix).

En 2003 était créé le Cercle d’action pour la diversité en France (Capdiv), destiné à œuvrer « en vue de l’amélioration de la place et de la situation des Noirs en France ». Dès le départ, ses concepteurs se sont attachés des compétences – aussi bien sur le fond que dans le domaine du lobbying. Une première rencontre était organisée à l’Ehess en février 2005 sur le thème « Les Noirs en France, anatomie d’un groupe invisible »… Cette rencontre a encouragé le Capdiv à sortir d’un discours plutôt républicain pour franchir le pas de la création, en décembre 2005, d’un comité représentatif des associations noires de France.

Cet événement – car au fond, même s’il n’a réuni qu’un petit nombre de gens motivés là encore, il s’agit bien d’un événement du point de vue qui nous préoccupe – n’a globalement suscité qu’une réaction très attentiste de la presse face à un discours très raisonnable dans son expression, alors même que nous assistions à un changement de nature de la démarche identitaire. Les réactions les plus violentes sont venues du bord ultra-marin, avec une attaque en règle contre cette initiative qui franchissait le pas d’un affichage clairement communautaire.

En quelques mois, le sujet s’est emballé au point que les militants de la cause noire se sentent aujourd’hui dépositaires d’une véritable légitimité, celle que leur a conféré une surexposition médiatique, renforcée par la radicalisation des prises de position des plus engagés d’entre eux, le voyage sur les sites Internet communautaires étant assez édifiant.

Il faut mesurer cependant les effets en retour. Si en mars 2005, ce sont quelques intellectuels qui signaient un appel contre le racisme antiblanc, neuf mois plus tard c’est l’extrême droite la plus radicale qui peut se permettre sur un mode délibérément ironique d’annoncer

en réponse à la création du Conseil représentatif des associations noires […] la naissance du Conseil représentatif des associations blanches [qui] entend lutter contre les tensions raciales, dans une optique républicaine, en agissant à la manière classique d’un groupe de pression, [dénonçant] le décalage entre la réalité de la rue, où vivent (encore) plusieurs dizaines de millions de blancs, et ce qui se passe dans les institutions et les médias…

L’instrumentalisation identitaire à outrance pourrait nous emmener très loin dans la voie de la racialisation du débat22. Quelle régression !

De la politique

À ce stade, et si l’on ose cette formule, la véritable urgence consiste à ce qu’intervienne rapidement une réappropriation par les partis politiques. À la notable exception de Christiane Taubira, les élus nationaux originaires d’outre-mer sont peu intervenus dans l’arène politique sur ce thème. Par ailleurs, comme chacun le sait, la représentation politique en France n’est pas caractérisée par son métissage. Certes, toujours en 2005, la personnalité de Safia Otokoré, vice-présidente du conseil régional de Bourgogne (née à Djibouti au sein d’une famille émigrée de Somalie) a été mise en avant grâce à la publication de sa biographie23. Cependant, son parcours personnel exceptionnel ne saurait occulter le fait que, en métropole, seule une poignée d’élus locaux à la peau noire est parvenue à s’engager dans l’action publique au quotidien, en toute discrétion.

Sans pour autant s’engager dans une surenchère identitaire, on doit constater que la question de la diversité des candidatures aux élections n’a toujours pas trouvé de réponse. On mesure aisément les réticences des partis politiques à investir des candidats « à particularité » dans le cadre d’un scrutin majoritaire où la victoire se joue souvent à une poignée de voix. La logique de ce mode de scrutin tend à favoriser les candidatures les plus consensuelles. Pourtant, dans le contexte actuel, il semble difficile que des réponses concrètes ne soient pas apportées en vue de la prochaine série de scrutins à venir en 2007 et 2008. C’est bien sûr une question d’équité mais c’est aussi la seule manière d’entraver un phénomène de fragmentation identitaire qui nous éloigne chaque jour davantage d’un projet fédérateur.

Guerre des mémoires ou décryptage de la complexité d’une histoire partagée ? Hérédité des souffrances et des responsabilités ou héritage d’un patrimoine universel ?

Le surgissement d’une question noire au cours de ces derniers mois invite à accélérer la mise en œuvre de tout ce qui peut contribuer à faire reculer les discriminations comme la nouvelle Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, spécialement dans le domaine de l’accès à l’emploi, priorité des priorités. À ne pas renoncer à faire évoluer les représentations à travers une réflexion historique partagée qui doit également être incarnée dans des lieux. C’est l’ambition de la future Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui verra le jour en 2007. Ce devrait être celle d’un projet consacré à l’histoire de l’esclavage qu’il convient d’inventer.

Mais il ne faudrait pas pour autant omettre de considérer que la construction d’une revendication identitaire noire, si elle s’inscrit dans un mouvement de fond qui la dépasse, se fonde aussi sur une forme de désespérance, de déception à l’égard des promesses du modèle républicain. Elle découle, elle aussi, de l’absence d’un projet civique fédérateur.

À un besoin légitime de reconnaissance et de représentation de la diversité de la communauté nationale24 doit correspondre une prise en compte de ces aspirations par les formations politiques en vue de les banaliser car rien ne serait plus dangereux que de les négliger, pour le seul profit des manipulateurs de symboles. Banaliser n’est certainement pas nier. Banaliser vise au contraire à faire partager au plus grand nombre un regard commun sur notre passé commun.

Cela suppose d’avoir préalablement levé deux confusions dramatiques. La confusion entre l’essence subjective de la mémoire et la finalité objective de l’histoire. La confusion entre une forme de déterminisme sous-tendue par l’hérédité des souffrances et des responsabilités et le partage d’un héritage des souffrances et des responsabilités commun porté par une aspiration à l’universel.

  • *.

    Haut fonctionnaire, ancien conseiller à l’action sociale et à l’intégration de Jean-Pierre Raffarin.

  • 1.

    L’article 4 de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, lu in extenso, dit précisément ceci : « Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée. »

  • 2.

    Cet appel est né à la suite des violences intervenues lors de manifestations lycéennes au cours desquelles on avait relevé la présence de jeunes noirs parmi les agresseurs.

  • 3.

    Voir Olivier Mongin, « L’affaire Dieudonné et la place de la communauté noire en France », Esprit, décembre 2005, p. 142-146.

  • 4.

    En parfaite contradiction avec la demande identitaire que tente d’exposer cet article, on peut lire l’un des ouvrages qui a amorcé ce débat, Je suis noir et je n’aime pas le manioc suivi d’Au-delà du noir et du blanc de Gaston Kelman, publiés respectivement en 2004 et 2005 aux éditions Max Milo.

  • 5.

    Voir par exemple la proposition de loi constitutionnelle n° 1918 visant à supprimer le mot « race » de l’article premier de la Constitution enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 15 novembre 2004, à l’initiative des députés du groupe PS et apparentés.

  • 6.

    Voir Le Point, n° 1730 du 10 novembre 2005, « Les blacks en première ligne ».

  • 7.

    www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol15no3/153racfr.htm

  • 8.

    Dans un texte rendu public lundi 12 décembre 2005, dix-neuf historiens de renom se sont prononcés pour l’abrogation de plusieurs articles de loi, selon eux « indignes d’un régime démocratique », concernant des « événements du passé [… car] l’histoire n’est pas un objet juridique ». Étaient explicitement visés quatre textes législatifs : la loi du 13 juillet 1990 dite loi Gayssot et son article 9 sur le négationnisme, la loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ainsi que la loi du 23 février 2005 et son devenu fameux article 4 sur la reconnaissance dans les programmes scolaires du rôle positif de la présence française outre-mer

  • 9.

    Claude Ribbe, le Crime de Napoléon, Éd. Privé, 2005 (www.claude-ribbe.com).

  • 10.

    Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèques des histoires », 2004.

  • 11.

    http://toutesegaux.free.fr

  • 12.

    Voir notamment son ouvrage de référence, publié en 1954 : Nations nègres et culture. De l’Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique d’aujourd’hui.

  • 13.

    Perspective ouverte par la loi Taubira dès 2001, ce projet a été relancé en 2004 par la ministre de l’Outre-Mer. Les travaux du comité pour la mémoire de l’esclavage ont été remis au Premier ministre au printemps 2005. Parmi plusieurs préconisations, figurait celle d’une date de commémoration – le 10 mai – retenue après d’âpres négociations (les travaux du comité sont consultables sur www.comite-memoire-esclavage.fr). En décembre 2005, le chef de l’État a indiqué qu’une décision serait prochainement arrêtée.

  • 14.

    Les ressortissants des pays autrefois placés sous la souveraineté de la France ayant accédé à l’indépendance ont théoriquement les mêmes droits à pension militaire d’invalidité et à retraite du combattant que les nationaux français. À partir de 1959, le Parlement français a adopté un dispositif de gel, dit de « cristallisation », transformant ces pensions et retraites en « indemnités » qui dès lors n’étaient plus indexées sur le coût de la vie. Résultat : un système à multiples vitesses et des montants versés aux anciens combattants étrangers jusqu’à dix fois inférieurs aux pensions perçues par leurs anciens frères d’armes français.

  • 15.

    Force est de constater que, si dans les années 1970 déjà, le patron de Starsky et Hutch était noir, aujourd’hui, c’est un président des États-Unis noir qu’ont mis en scène les auteurs de la série 24 h.

  • 16.

    La loi du 21 mai 2001 dispose : Article 1 – La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité. Article 2 – Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.

  • 17.

    Serge Bilé, Noirs dans les camps nazis, Paris, Le Serpent à plumes, 2005.

  • 18.

    Entretien consultable dans son intégralité sur www.grioo.com/info3912.html

  • 19.

    Joël Kotek, Tal Bruttmann, Odile Morisseau, Le Monde du 19 mars 2005.

  • 20.

    www.cm98.org/

  • 21.

    www.collectifdom.com/

  • 22.

    Dans ce contexte, on peut trouver malvenu qu’un ancien ministre de la Culture et de l’Éducation nationale puisse, pour désigner des adversaires, employer l’expression « communautarisme blanc des privilégiés », en l’espèce.

  • 23.

    Safia, un conte de fées républicain, Paris, Robert Laffont, 2005.

  • 24.

    Diversité qu’on ne saurait limiter au champ politique. La reconnaissance de nouvelles figures historiques noires participerait également de cette démarche. Figures nationales – comme le chevalier Saint-George –, figures de la lutte contre la colonisation – comme Lat Dior, le « damel [roi] du Cayor » – et, même, figures européennes : pour ne citer qu’un seul exemple, évoquons celui d’Hannibal, né au Cameroun à la fin du xviie siècle, enlevé, conduit à la cour du tsar, formé comme ingénieur militaire en France avant de devenir général de l’armée impériale ; assurément, la mise en lumière et en image de la vie de cet aïeul d’Alexandre Pouchkine pourrait susciter l’intérêt d’un vaste public.