par Revue Esprit
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Quand la réussite scolaire détermine à ce point la possibilité d’avoir un avenir, faut-il s’étonner que des milliers de lycéens aient quitté leurs classes pour descendre dans la rue réclamer des professeurs, des tables et des chaises, des établissements dans lesquels on ne suffoque pas l’été ? Parti de lycées des territoires d’Outre-mer à la fin de l’été, relancé depuis Créteil à la mi-septembre, le mouvement a gagné tout le pays. Rejoint par les syndicats, il pourrait désormais converger avec celui de salariés de tous horizons. Mais que peut faire le gouvernement à sept mois d’une élection présidentielle, après plus de dix ans de casse du service public, et alors que la dette française explose ? Il aurait pu commencer par écouter les revendications lycéennes.

La colère d’une génération qui a grandi entre le Covid, les conséquences du changement climatique, la réforme de Parcoursup et des inégalités sociales toujours plus marquées nous rappelle que le futur est une ressource socialement distribuée, et que nous ne sommes pas tous égaux face à l’avenir. Les slogans des lycéens disent leur difficulté à se projeter, en même temps qu’ils affirment leur volonté de rouvrir des possibles. Si la plateforme Parcoursup est au cœur de ce mouvement, c’est qu’elle est la clé de voûte d’un système dans lequel le destin social dépend trop étroitement du destin scolaire. En mai 1968 déjà, la question d’un futur inégalement distribué était au cœur du mouvement. Près de soixante ans plus tard, malgré la démocratisation scolaire et de nombreuses réformes, non seulement les inégalités persistent, mais elles tendent à s’aggraver. La société arrive à la fin d’un cycle où l’idée même d’un avenir meilleur tient du mirage pour la génération qui vient.

Qu’est-il encore possible de promettre, dans une époque où les menaces de tous ordres obscurcissent à ce point l’horizon ? Comme Paul Ricœur l’a montré, la promesse n’est pas une catégorie de l’optimisme, mais de la responsabilité. Promettre, ce n’est pas être certain que tout ira bien, mais maintenir un engagement malgré l’incertitude. La promesse éducative est une promesse politique : elle repose sur une relation de confiance entre l’État, le professeur et l’élève, celle où l’État et le professeur disent à l’élève que son parcours vers l’âge adulte est une responsabilité partagée. Elle engage aussi la collectivité. Alors que la jeunesse s’empare de son avenir, c’est le moment de tenir parole.

La rédaction