Emmanuel Mounier, fondateur d’Esprit
A l’occasion des 120 ans de la naissance d’Emmanuel Mounier, fondateur d’Esprit, la rédaction vous propose de découvrir une sélection de ses textes parus dans la revue, depuis sa création en 1932 jusqu’à la mort de Mounier en 1950.
Emmanuel Mounier est né le 1er avril 1905, la même année que Jean-Paul Sartre, Raymond Aron et Paul Nizan. L’histoire a surtout retenu la diversité de leurs convictions et de leurs engagements, mais tous sont représentatifs de la « génération orpheline », portée à la contestation de l’ordre social, politique et intellectuel né sur les décombres de la Première Guerre mondiale. Tous partagent également un désir de s’exprimer hors des institutions universitaires, et si Paul Nizan meurt sur le front en mai 1940, Mounier, Sartre et Aron ont fondé trois des revues qui marqueront le paysage intellectuel du XXe siècle : Esprit en 1932, Les Temps modernes en 1945, Commentaire en 1978.
Au regard de la postérité de ses camarades, Emmanuel Mounier est sans doute la figure la moins connue aujourd’hui, celui dont l’œuvre est restée la plus confidentielle. Il est aussi celui dont le nom est le moins associé à la revue qu’il fonda. Sa disparition brutale en mars 1950, et la décision prise par le collectif de poursuivre la publication d’Esprit après sa mort, ont ouvert une nouvelle page de l’histoire de la revue. Mais nombre de ses intuitions sont bien vivantes dans le travail éditorial quotidien, et les textes qu’il donna à Esprit sont, autant qu’une part essentielle de son œuvre, une ressource où se réassurent nos engagements aujourd’hui.
Entre 1932 et 1950, Emmanuel Mounier a écrit plus cinq cents textes dans Esprit, sur tous les sujets possibles et dans tous les formats, du court éclairage d’actualité à l’article de fond de plusieurs dizaines de pages, en passant par la note de lecture d’un ouvrage qui avait retenu son attention. Le présent dossier en propose une sélection qui n’a aucune intention de représentativité, mais témoigne de la diversité de ses préoccupations, de leur évolution dans le temps, et de l’originalité d’un regard, qui chercha toujours à articuler la présence au monde dans ce qu’il avait de déroutant, et « l’exercice honnête de l’esprit [1]».
[1] Lettre à Jean-Marie Domenach, 5 septembre 1949, cité dans Emmanuel Mounier, Une pensée combattante pour des temps incertains. Pages choisies, préface de Jacques Le Goff, Paris, Desclée de Brouwer, 2025, p. 54.