LINCOLN
L’homme qui sauva les États-Unis. Biographie
Les États-Unis célèbrent cette année le bicentenaire de la naissance d’Abraham Lincoln alors même qu’ils lui ont trouvé, en la personne de Barack Obama, un successeur qui lui ressemble sur plusieurs points : comme lui, il vient de l’Illinois, il s’est imposé par ses talents d’orateur et il fonde son discours politique sur la primauté accordée au texte constitutionnel et à son projet d’une « Union toujours plus parfaite ». Retracer la vie de Lincoln, c’est suivre à la fois un destin individuel presque continuellement dramatique et saisir l’histoire politique américaine dans un moment d’incertitude déterminante, qui aboutit finalement à une refondation. Bernard Vincent joint à l’art du récit le souci de présenter à son lecteur l’état du débat historiographique sur cet homme tellement central dans l’histoire américaine que sa vie est auscultée sous tous ses aspects (16 000 ouvrages lui ont été consacrés). La guerre de Sécession détermine en effet l’avenir du pays non seulement en raison du choix moral qui s’y joue à propos de l’esclavage mais aussi en raison du risque d’éclatement de la fédération. Le conflit sur l’esclavage emporte avec lui une décision sur la nature de l’Union politique, ce qui ne contribue pas à le dédramatiser… L’esclavage ne relève pas seulement des options morales ou des intérêts économiques : il met en cause la définition même de l’Union alors que son extension territoriale n’est pas achevée. D’une part, l’Union peut-elle accepter que des règles différentes coexistent en son sein s’agissant d’une question aussi déterminante que la liberté des hommes ? D’autre part, l’entrée dans l’Union de nouveaux États implique-t-elle le rejet de l’esclavage ? Plus précisément, le choix peut-il être tranché au niveau des États ou de la fédération ? En restituant le développement, les étapes et les retournements de ce débat, Bernard Vincent montre bien pourquoi il pouvait sembler insoluble à l’époque et pourquoi l’inspiration politique de Lincoln, trouvant dans une fidélité au texte constitutionnel la force de relancer le projet fédéral, représente un tour de force d’autant plus inattendu qu’il vient d’un avocat autodidacte, éloigné des régions du pouvoir, que rien ne destinait à une grande carrière politique. Le talent de persuasion qu’il lui fallut pour tenir sa ligne politique apparaît bien dans le volume, qui paraît simultanément, de lettres et discours traduits et présentés par Bernard Vincent (Abraham Lincoln. Le pouvoir des mots, Paris, Éditions de l’Archipel, 2009).
M.-O. P.
M.-O. P.