Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Notes de lecture

Face à Gaïa

Huit conférences sur le nouveau régime climatique

décembre 2015

#Divers

« Et pourtant elle s’émeut », écrivait déjà Michel Serres. Aujourd’hui, à l’heure de l’anthropocène, nous vivons une révolution qui n’a d’égal que celle de Galilée quatre siècles plus tôt. Si la Terre se meut, Gaïa s’émeut en effet, et elle se réveille sous les coups que la modernité lui a assénés pendant trois siècles, sous les objections qui la niaient en faisant d’elle une matière ductile et corvéable à merci. On avait voulu faire de Gaïa un pur objet, voilà celle-ci désormais sujet et nous objets ridicules que tempêtes et catastrophes anéantiront peut-être. Bruno Latour élargit au nombre de huit le cycle de conférences qu’il prononça en 2013 sur le nouveau régime climatique dans le cadre des très prestigieuses Gifford Lectures qui ont lieu annuellement à Édimbourg depuis plus de cent vingt ans. Reprenant l’hypothèse Gaïa, il lui ôte les ambiguïtés que la définition de James Lovelock entraînait encore avec elle comme organisme vivant. Paradoxalement moins religieuse que la notion de Nature, qui ne souffrait pas qu’on lui dispute la vérité, Gaïa nous permet de quitter enfin l’homme et la nature et leur fictif face-à-face, pour cette région mitoyenne de laquelle émergent des collectifs hybrides, moitié artifice, moitié nature, peuplant une Terre qu’il nous faut apprendre à redécouvrir. Parce qu’enfin il nous faut nous inquiéter de l’avenir, nous la voyons brusquement dressée devant nous, tel un « cosmocolosse », qui rétroagit sans cesse aux actions humaines, exigeant que nous redistribuions tout autrement la politique, la science et la religion, attendant que nous révisions rien de moins que notre métaphysique.

Camille Riquier

La Découverte, 2015
400 p. 23 €