Notes de lecture

Des mille et une façons d’être juif ou musulman

Dialogue entre Delphine Horvilleur et Rachid Benzine

février 2018

#Divers

Ce dialogue passionnant réunit deux experts qui connaissent le texte sacré propre à leur obédience et celui de leur interlocuteur : Delphine Horvilleur, rabbin proche du mouvement libéral juif de France, et Rachid Benzine, universitaire et islamologue. Leur conversation est animée par Jean-Louis Schlegel sur différents thèmes, de la Loi à la laïcité, des modalités de la prière à la place des femmes, en apportant de temps à autre des éléments de comparaison liés au troisième monothéisme, le christianisme. Entre le judaïsme et l’islam, les parallèles sont nombreux, les accords majoritaires et il faut approcher de la dernière partie du livre pour que des distinguo se fassent jour, en particulier sur le rapport qu’entretient le croyant à son Dieu. Dans la lignée interrogative du Talmud, Delphine Horvilleur parle de dialogue, voire de négociation ou de contestation. Rachid Benzine, lui, constate qu’il s’agit de « l’attitude inverse » : « S’efforcer de comprendre ce que Dieu a dit. […] Il y a la certitude d’un plan supérieur divin, inaccessible à l’intelligence humaine. C’est le sens du “mektoub !”, c’est écrit ! », dans lequel Benzine voit davantage d’abandon que de résignation. L’universitaire et le rabbin reviennent de conserve sur le caractère historique de l’interprétation. Ce postulat partagé exclut une croyance aveugle dans la littéralité du texte, qui confond, comme le dit Delphine Horvilleur, la trace de pas « avec ce que l’on cherche, alors qu’elle ne fait qu’indiquer une direction ». Ils rejettent ainsi la « textolâtrie », « passion du texte figé », dans laquelle se retrouvent fondamentalistes musulmans et juifs ultra-orthodoxes, comme si, à la passion des images, se substituait aujourd’hui celle du texte… C’est probablement ce qui pousse Rachid Benzine à affirmer qu’« il n’y a pas de filiation sans trahison ! C’est cette trahison, cette invention de la fidélité-infidélité qui permet de nous parler encore ». Et Delphine Horvilleur d’affirmer qu’« il faut savoir faire violence au texte pour ne pas faire violence aux hommes ».

Carole Desbarats

Seuil, 2017
256 p. 19 €

Carole Desbarats

Pour avoir accompagné plusieurs générations d'étudiants à la Femis, Carole Desbarats s'intéresse à tous les aspects du cinéma, de son économie à son esthétique. Elle s'interroge aussi sur les responsabilités de la transmission, dans l'école et en dehors de l'école, notamment à travers l'association "Les Enfants du cinéma". Voir et comprendre le cinéma, ce n'est pas pour elle un exercice...