Le retour du religieux dans la sphère publique, de Jean-Paul Willaime.

Vers une laïcité de reconnaissance et de dialogue


Le mot « reconnaissance » dans le titre de ce petit livre fera sursauter celui qui est attaché farouchement à la lettre de la loi de 1905. Que la République « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (art. 2) fait en effet partie des piliers, pour ne pas dire des « dogmes » de la laïcité française. Mais J.-P. Willaime explique avec beaucoup d’arguments pourquoi et comment la laïcité de la tradition française est atteinte par l’ultramodernité de nos sociétés postdémocratiques, et par l’ultramodernité religieuse en particulier. On peut discuter sur les mots pour le dire, mais le réel s’impose, et en particulier la « sécularisation », maintenant, de la modernité elle-même, qui fait que les conditions du travail, du politique, de l’école, de la famille ont radicalement changé et que ces changements ne sauraient épargner l’idée laïque elle-même, sauf à en faire paradoxalement le dernier sanctuaire d’un « sacré ». La force des convictions minoritaires, de l’action européenne (quel que soit le regard critique qu’on porte sur elle), de la présence de nouvelles religions, de l’irruption du fait religieux dans la sphère publique, etc. a changé la donne au point que l’idée d’une « laïcité de reconnaissance » ne paraît ni contradictoire ni absurde, plutôt nécessaire. D’ailleurs, on constate que les pays de vieille reconnaissance sont eux aussi contraints à bouger leur ligne de séparation du religieux et du politique.

 

J.-L. S.

Olivétan, 2008
110 p. 14 €