René Rémond, de Charles Mercier


Le catholicisme et le christianisme en général ont eu leurs grandes figures au xxe siècle. Il s’agit avant tout d’écrivains, de philosophes, d’artistes… René Rémond n’est rien de tout cela. Issu de la jeunesse étudiante chrétienne, spécialiste de science politique (et auteur d’un livre remarquable sur les droites en France), universitaire et dirigeant d’institutions universitaires prestigieuses, membre puis président du Centre catholique des intellectuels français, politologue apparaissant à la télévision les soirs d’élection, reconnu comme un sage ou un médiateur autant par la République que par l’Église, académicien sur le tard, multi-conférencier… : il fut tout cela et encore autre chose. Une institution à lui tout seul. Il aurait pu être proche de «  maîtres à penser  » comme Emmanuel Mounier (et donc d’Esprit) ou Jacques Maritain. Il les a sûrement connus, mais n’a pas été de leur mouvance (Mounier n’est même pas nommé, et Maritain une seule fois). Il a plutôt vécu ses engagements comme un «  paroissien  » engagé, un catholique de l’Action catholique, et il est bien possible que les aumôniers de cette mouvance – jésuites notamment (comme le célèbre Père Varillon) – l’aient le plus influencé spirituellement. Sa véritable passion d’historien a été la science politique et l’histoire des idées politiques modernes et contemporaines, l’observation des partis politiques et aussi l’évolution du monde catholique avant et après le concile Vatican II. Dans une biographie alerte, très scrupuleuse dans l’indication de ses sources, Charles Mercier retrace l’itinéraire singulier et les multiples dimensions d’un grand professeur, qui a dirigé des centaines de «  thésards  » sans avoir vraiment de disciple – mais certainement de multiples admirateurs reconnaissants.

Salvator, 2018
416 p. 22 €