Brève apologie pour un moment catholique
L’auteur, philosophe de renom, catholique, académicien (depuis 2010, au fauteuil du cardinal Lustiger), voit se dessiner, contre un sentiment partagé, « un extraordinaire moment catholique de la société française ». Il parle de la vie politique : là, « du point de vue de Sirius », « globalement, pour les catholiques, tout va très bien ». Le propos n’est pas entièrement paradoxal, si l’on accepte de suivre Marion dans une lignée de l’apologétique chrétienne très bien portée en ce moment : celle de la Lettre à Diognète, c’est-à-dire d’un auteur anonyme de la fin du iie siècle, qui présente les chrétiens, citoyens de la Cité céleste, comme les meilleurs soutiens de la cité humaine, à laquelle pourtant ils n’appartiennent aucunement. En particulier, ils seraient par principe les meilleurs piliers de la laïcité (française), précisément parce qu’ils n’ont rien à perdre dans une cité laïque et rien à gagner dans une cité chrétienne. Dépourvus de tout intérêt particulier, ils constituent la communauté de l’universel… Dans ce livre intéressant mais contestable, sans histoire ni sociologie, on notera seulement que son point de vue céleste le dispense de rendre justice à tous ceux, catholiques ou non, qui ont durement bataillé pour que l’Église catholique renonce à ses prétentions politiques et accepte la séparation de l’Église et de l’État, donc, si on accepte la thèse de Marion, pour que l’Église soit rendue à elle-même. Il est vrai que les tenants impénitents d’une politique chrétienne, ou avec des « valeurs chrétiennes », en sont aussi pour leurs frais.
Jean-Louis Schlegel