Histoire d'escrocs
Tome 3. L’Escroquerie de l’homme par l’homme ou The Confidence-Man
Après la Vengeance par le crédit ou Monte-Cristo et la Banqueroute en famille ou les Buddenbrook, après deux écrivains européens, Jules Verne et Thomas Mann, Jean-Michel Rey poursuit son enquête chez les petits et grands escrocs de la littérature universelle. Mais pour ce troisième et dernier tome, il quitte l’Europe, franchit l’Atlantique et s’installe avec Herman Melville et le voyageur cosmopolite qui déroule l’intrigue de The Confidence-Man: His Masquerade (d’abord traduit par l’écrivain Henri Thomas sous le titre le Grand Escroc, il vient d’être retraduit par Philippe Jaworski sous un titre plus juste l’Escroc à la confiance. Sa mascarade) sur le pont du bateau Fidélité voguant sur un fleuve américain. Mais, à la différence des deux premiers tomes, J.-M. Rey ne s’attache pas dans le troisième, qui clôt le cycle, à suivre les fils d’un récit car celui-ci, comme l’indique le titre, est une « mascarade », une sorte de délire carnavalesque où l’on ne sait jamais qui est qui, qui ment, qui escroque, qui dit la vérité : bref, on ne sait jamais à qui faire confiance et la Bible des puritains n’est même pas une référence puisqu’on peut y lire tout et son contraire sur le crédit et la confiance. Voyant dans le capitalisme américain un accomplissement des passions économiques, J.-M. Rey traverse ce livre de Melville pour mieux mettre en scène et conceptualiser sa réflexion littéraire sur l’escroquerie : celle-ci n’est pas qu’une affaire de manipulation, de théâtralisation, une rhétorique du mensonge, c’est avant tout une manière de se servir des mots et du langage, d’en user et d’en abuser en douce. Quand il n’y a plus de « valeur de la valeur », en économie comme en esthétique, les mots partent et fusent dans tous les sens. On saisit alors que Rey, qui se penche aussi sur le Code pénal (l’article 405 mentionne le « crédit imaginaire » et le « pouvoir imaginaire »), s’inquiète, toute son œuvre va dans ce sens, de ce que l’escroquerie est aussi une affaire de plume. Bartleby n’est pas loin, avec ses hésitations de scribe, mais les escrocs nommément visés sont ici les négationnistes. Comme quoi l’escroquerie ne concerne pas les seuls hommes d’affaires et banquiers mais tous ceux qui démonétisent le langage.
O. M.