Histoires d'escrocs

Tome 2. La Banqueroute en famille ou Les Buddenbrook


Avec cet ouvrage consacré aux Buddenbrook de Thomas Mann, Jean-Michel Rey poursuit son enquête au long cours sur les liens de la littérature et de l’économie. Ce qui retient son attention n’est pas que la littérature parle d’économie (Zola et la Bourse) ou de la passion de l’argent (Balzac et Grandet) mais qu’elle éclaire en profondeur des comportements économiques dont le savoir économique ne veut pas voir les dessous psychologiques et langagiers. Comme il l’avait fait précédemment pour le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, il souligne les liens entre une histoire de famille (la fille à marier pour se renflouer) et une transaction économique qui sont l’une et l’autre vouées à l’échec. Non sans écho « chrétien », « le sacrifice (de la fille à marier) est le moment nécessaire d’un rachat (économie et théologie s’accordent), voire d’une restauration complète de celui qui s’était trouvé lésé ou perdu ». C’est au sens strict, celui de Hegel, une aliénation dans son double sens de perte et de réappropriation, mais cette aliénation se heurte au fait que le personnage auquel il est fait confiance (et donc crédit) est un escroc. Si le sacrifice ne permet pas un rachat en raison d’une escroquerie, J.-M. Rey avance d’un cran en suggérant que, si le xixe siècle fut celui de l’homme s’aliénant lui-même (en vue d’un « rachat »), le xxe siècle est celui de l’homme s’escroquant lui-même. L’ombre de Madoff n’est pas loin.

 

O. M.

Editions de l'Olivier, Penser/Rêver, 2014
224 p. 16 €