Asymétrie, de Lisa Halliday


Lisa Halliday prouve qu’une liaison paradoxale – eu égard aux cinquante annnées qui séparent les deux amants – peut échapper à tout voyeurisme équivoque. Il suffit que les deux «  moitiés d’orange  » se reconnaissent en alter ego. Philip Roth – car c’est bien de lui qu’il s’agit – a d’emblée reconnu une écrivaine en celle dont il est épris. Pour preuve, il accorda avant sa mort ­l’imprimatur pour son livre. Ce qui n’est pas rien de la part de celui qui prit toujours grand soin de préserver le plus possible sa vie intime, une fois «  écumé  » l’épisode Portnoy et ses règlements de comptes. Il est vrai que l’écriture de Lisa Halliday creuse un amour et lui permet de franchir un seuil de moins en moins admis. Tout flotte mais vibre dans une succession de ponts en trois temps habilement montés. Cherchant à dire le souvenir d’un corps qui, malgré son âge, garde bien des charmes, la jeune romancière ne sombre jamais dans la mélancolie. Emportée sans être égarée par cette relation, elle avance. Et sa rencontre est moins un tournant de sa vie qu’une confirmation de ce qu’elle va devenir : une auteure au sens plein. Son livre, d’abord romanesque, devient plus politique dans sa deuxième partie sur la guerre du Golfe, avant de finir sur un entretien avec le maître. L’«  asymétrie  » est judicieuse et dépourvue de toute mièvrerie : un réel échange, irréductible à celui entre le sexe et l’écriture.

 

Gallimard, 2018
2 p. 21 €