Capsule Bakary de Sébastien Smirou
À la frontière de la poésie, ce roman boucle la boucle tout en créant des tangentes par où se distinguent des ouvertures dans cette expérience d’écriture que l’auteur commença avec Un temps pour s’étreindre (P.O.L, 2011). Le livre élabore avec minutie les notes de Bakary pour proposer une sorte de capsule temporelle destinée à lui survivre. Le narrateur s’appuie sur les héros qu’il aime et les objets qui l’entourent pour raconter son épopée. Mais elle est loin de tout élucider. Reste dans ce corpus des cailloux que Bakary suce parfois durant de longues minutes avant de les laisser choir dans son œsophage – il est différent d’un héros de Beckett qui refuse de les ingérer. La voix de Bakary explore à tâtons un territoire hybride, mais où les paysages dessinent les contours d’une intériorité où tout lecteur sensible trouve une jointure, tant surgissent quelques ombres, dont celles de Walter Benjamin et de son ami étudiant, le poète Fritz Heinle, suicidé au gaz en 1914 à 19 ans avec sa compagne Rika Seligson. Dans un tel univers échevelé se mélangent mélancolie et rire. Mais ce livre n’est pas une farce pour autant : à sa manière, Sébastien Smirou devient psychanalyste, loin de tout diagnostic.