Chroniques de Floréal, de Louis Guilloux
L’auteur du Sang noir (1935) fait ses gammes. Celui qui sera un styliste aussi engagé qu’impitoyable de Paris regarde Saint-Brieuc avec humour en y relevant deux défauts : la ville est trop petite et elle est surtout sa cité natale. Quant au tourisme naissant, l’auteur y voit un sport (inventé par les Anglais) qui possède le défaut de ne pas être individuel ni de masse. Le chroniqueur va par sauts et gambades à travers les sujets pour un petit journal qui ne restera peut-être dans les annales littéraires que par sa signature, Floréal, l’hebdomadaire illustré du monde du travail, et qui permet à l’auteur de survivre (en plus de ses travaux de traducteur) et de se faire les dents non sans persiflage : les oubliés que sont Émile Bergerat et Alphonse Karr en font les frais mais l’auteur est l’un des premiers à remarquer le talent de l’Argentin Roberto Arlt. On découvre la capacité de poète (en prose) de l’auteur, fort en flânerie et en ironie. On retient de ces textes de jeunesse la liberté, l’indépendance de celui qui traverse en promeneur ailé les normes esthétiques du début des années 1920. Guilloux n’est guère sensible aux mouvements littéraires d’avant-garde et il préfère tramer pour un lectorat populaire une écriture claire et précise afin d’animer l’existence de celles et ceux qui peuplent son bestiaire humain. Il garde une indignité griffue et hybride : il frappe au-delà des segmentations politiques avant de se lancer dans le grand bain romanesque.