On ne dort pas même quand on dort d’Alain Duault
Dans ce livre presque secret, pour Alain Duault, la nuit est le miroir de ses genèses. C’est un psaume polymorphe transmuté en lumière. Et, pour lui, la tragédie collective comme l’individuelle « empêche tout oubli, tout sommeil qui fige la mémoire en un temps arrêté : là se déploie tout l’éventail des cris qui ricochent et font la matière de la vie ». Il arrive pourtant à l’auteur de trouver de beaux instants dans les fougères du temps. Si bien que pour lui, tout livre est un parcours, tout murmure est un cri dans le silence des eaux et tout poème est un aveu qui s’inquiète de ce qu’il dit. L’auteur s’y recueille sur le jour à venir ; son étoile scintille. Elle porte parfois le nom d’orange sanguine sous l’immense silence d’une mer d’huile sombre. Personne ne perçoit encore l’impitoyable clarté de l’aube si ce n’est l’auteur à l’insomnie particulière : surgit la volupté de l’espace invisible qui s’étire sans fin. Bref, la nuit fait partie de lui. Loin des arrêtes à vif du réel. Dans ce laps plein d’ellipses, les apparences s’effritent dans le chaos liquide. Duault ne cesse de se précipiter en cette matrice dissipée. Reste néanmoins, par fluidité verbale, une histoire de marée dont le mouvement demeure toujours incertain. Mais en cette berceuse, la rêverie est plus douteuse chez les endormis que chez les insomniaques.