Zapp & zipp de Christian Prigent


Christian Prigent (alias Chino) se veut garnement dans son journal quotidien (ou presque), paru à intervalles réguliers dans la revue Sitaudis. L’auteur rappelle le but du diariste : « zapper ce qui n’empêche pas de zipper les sujets entre eux ». Et Prigent nous en amuse (mais pas seulement) par ses anecdotes ou polémiques sur la vie des lettres, mais aussi l’évocation de rencontres majeures : Jean-Marie Straub, Jean-Pierre Léaud, François Tanguy. Réflexions et commentaires sur la société, la politique, les œuvres littéraires et artistiques gardent paradoxalement un nœud majeur : la poésie. Prigent la traite, soutient, mais parfois ridiculise son langage abscons. Et c’est un plaisir, là où notre Chino mouline autant Virgile, Hölderlin et Mallarmé que Charles Pennequin et Bruno Fern. C’est aussi pour lui la brillante « occase » de faire des distinctions, des bigamies et de dénoncer des querelles oisives. Ses critiques sont toujours justifiées et c’est le mérite d’un tel hâbleur ailé, capable d’élargir le « genre » poétique : Ecce Faulkner, Proust, Saint-Simon, Racine, Jünger, Beckett et les autres. L’objectif reste de mieux comprendre pourquoi chacun peut persister à écrire de la poésie, envers et contre toute rationalité pragmatique. Preuve que la poésie n’est pas discriminatoire et qu’elle permet d’exprimer des inégalités. En ce sens, le farceur plaisantin retire l’échelle des connaissances ou motifs discutables mais fait découvrir un nouvel état d’un tel lieu. Le tout avec humour et raffinement.

P.O.L, 2025
736 p. 29 €