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Notes de lecture

LECTURE

Journal littéraire 2002-2009

mai 2010

#Divers

Ce volume regroupe les chroniques, abrégées ou développées, du « journal littéraire », très suivi, que le directeur de la Revue des deux mondes publie chaque mois. Auteur de livres consacrés à Charles du Bos et Sainte-Beuve, il n'ignore rien de la tradition française de la critique, d'un art dégagé de la flânerie littéraire ni des contraintes du rendez-vous régulier. Au gré des parutions, mais surtout de ses propres fantaisies - quand il ne trouve rien de plus urgent que de relire un extrait de Proust, de Bloy ou de Soljenitsyne et qu'il nous convainc, sans faire la leçon, qu'il s'agit bien en effet d'une priorité dont nous avons tort de nous priver au nom de l'« actua­lité » -, il fait partager ses trouvailles, ses promenades, ses conversations. L'exercice astreignant du « journal » mensuel ne lui semble jamais pesant. Le propos est toujours gourmand, libre de toute position d'autorité, de lourdeur savante, de prétention docte et satisfaite. Le hasard, la curiosité, le plaisir guident la plume et l'art de la citation est loin des références convenues. « Tout y est gratuit, décisif, léger, essentiel », écrit-il dans sa préface, mimant dans l'alternance des adjectifs le tressage du sérieux et du léger qui parcourt tous les textes. S'il raconte la vie littéraire telle qu'il la suit, en parvenant, tour de force de style, à nous faire croire qu'elle est encore irriguée d'échanges et de sociabilité, il tient à distance les « grandeurs d'établissements » et se garde des préventions bien françaises comme celle qui exclut du monde des lettres et de l'intelligence les écrivains religieux et les théologiens. L'indifférence aux partages obligés est affichée dans le choix de la collection d'une autre revue, L'Infini, pour accueillir ces textes de la Revue des deux mondes. Non que Michel Crépu revendique un rapprochement entre la revue des romantiques (devenue au cours du xixe antichambre de l'Académie) qu'il dirige et celle des modernistes assagis, assimilés par Gallimard, « quartier général » des Lettres. Il ne revendique rien, ni ne proclame autre chose que le choix de l'éclectisme, qui s'accorde parfaitement à ce format de la chronique quotidienne.

M.-O. P.

Gallimard, coll. « L’infini », 2009
475 p. 25 €