Jules Ferry

La liberté et la tradition


Plutôt qu’une biographie, Mona Ozouf propose ici, d’une plume nette et concise, un portrait qui est aussi un essai sur l’unité nationale. Jules Ferry ministre de l’Instruction publique se conforme en effet mieux à nos manies commémoratrices que le Ferry promoteur de la colonisation. Peut-on, cependant, « restituer à Ferry la cohérence de sa figure politique » ? Le projet est d’autant plus justifié que Ferry lui-même, voulant installer la République naissante dans la durée, cherchait à surmonter les divisions issues de la Révolution. Pour cela, il fallait renouer avec l’histoire nationale, oublier la prétention de la table rase et « sortir de l’état révolutionnaire ». Mais sur quoi fonder ce nouveau régime ? Bonaparte avait imposé son empire sur la gloire militaire, la République doit s’imposer après l’humiliante défaite de 1870. C’est l’unité de ces questions qu’il s’agit de restituer. Mona Ozouf ne cache pas que les choix de Ferry avaient de quoi mécontenter tous les bords politiques : trop démocrate pour les positivistes, trop modéré pour les laïcs, trop conservateur pour les républicains. Mais c’est en renonçant au maximalisme que la République a fini par s’imposer, comme le souhaitait Ferry, même si ce fut pour lui au prix d’une impopularité vécue dès son vivant.

 

M.-O. P.

Gallimard, L'esprit de la cité, 2014
120 p. 12 €