La cause des livres
Les articles publiés dans cet ouvrage – articles de critique littéraire parus dans Le Nouvel Observateur au cours des quarante dernières années – balaient l’histoire littéraire, et sortent volontiers des frontières françaises pour aller explorer ce qui se fait ailleurs. Comme l’écrit Mona Ozouf dans sa préface, il pourrait sembler illusoire, nécessairement factice, de reconstruire une cohérence à partir de textes dictés par le plaisir ou l’actualité éditoriale. Cependant, au fil de la lecture, qui donne l’impression de se promener dans les rayonnages d’une bibliothèque amie, on voit émerger, plutôt que des thèmes, une approche, un angle, dirions-nous, si cela ne sonnait trop journalistique. À travers les indignations d’un Jean-Paul Sartre adolescent, l’improbable amitié entre Flaubert et George Sand, l’« odeur [de] charnier » des massacres de 1792 ou le « procès Gatsby » raconté par Azar Nafisi dans Lire Lolita à Téhéran, on aborde l’histoire et la littérature de biais, par la tranche, presque. Mona Ozouf refuse la monumentalisation, l’idéal illusoire d’une nation confite dans ses symboles, pour nous montrer les écrivains sous un autre jour, pour reconstruire avec nous le discours de l’histoire. C’est cela, la « cause des livres », celle qui refuse l’Un pour nous accorder « le droit d’être doubles », d’aimer la brèche, de quitter le droit chemin pour se perdre dans les bas-côtés.
A. B.