LA FABRIQUE DU PATRIMOINE

« De la cathédrale à la petite cuillère »


Reprenant une formule d’André Chastel pour qui la politique du patrimoine prend en considération tout et rien, « la cathédrale et la petite cuillère », s’arrêtant sur la borne Michelin qui vient d’être consacrée comme objet de patrimoine, Nathalie Heinich mène l’enquête sur la chaîne patrimoniale. À l’occasion de deux enquêtes (l’une pour la mission du patrimoine ethnologique du ministère de la Culture, l’autre pour le service chargé de l’inventaire du Patrimoine), elle s’interroge empiriquement sur les étapes du processus de patrimonialisation et sur les critères valorisés et retenus. Dans cette optique, la sociologue, qui poursuit ainsi son périple dans le monde des élites artistiques et des professionnels de la culture, associe un travail empirique de grande précision et une sociologie des valeurs. De ce parcours rigoureux et fort éclairant, on retiendra la prévalence du critère d’authenticité qui l’emporte sur celui de beauté : « Ce qui se consomme ainsi dans la visite au château comme dans la visite au musée c’est de l’authenticité : c’est l’accès à cette valeur-là qui se paie à l’entrée au moins autant que l’accès à la beauté des œuvres. » Mais faut-il en conclure que la politique patrimoniale doit favoriser cette demande d’authenticité et que celle-ci est subjective ? La sociologue conclut au contraire « qu’en matière de valeurs, l’absence d’objectivité absolue ne signifie nullement la subjectivité ».

O. M.

Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2009
288 p. 21 €