UNE HISTOIRE DE L’HUMANITAIRE
L’auteur, avocat, livre ici une utile mise au point historique sur l’humanitaire à un moment où cet engagement se professionnalise, se globalise et où l’on voit apparaître des acteurs de plus en plus nombreux : Ong, États, organisations internationales. L’humanitaire est fils des Lumières. Il naquit lors de la sécularisation de l’assistance au xviiie siècle. Progressivement, un droit humanitaire international s’ébaucha à l’occasion des conflits entre les États européens dont le but est de porter secours aux blessés, de veiller à la dignité humaine pendant la guerre, en restant neutre, sans favoriser un belligérant. La Croix-Rouge à l’époque de la guerre de Crimée en 1864 joua sur ce plan un rôle fondateur. La Première Guerre mondiale internationalisa l’humanitaire : en 1919 était fondée la ligue des sociétés de Croix-Rouge. Elle établit en 1939 son siège à Genève. Mais c’est aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale que la communauté internationale mit progressivement en place les normes d’un droit humanitaire international (Convention de Genève de 1949 et protocoles additionnels de 1977…) d’ailleurs souvent remis en cause par les guerres des années 1990, tandis que l’Onu par ses organisations (Hcr, Unicef…) faisait entrer de nouveaux domaines d’actions dans le champ de l’humanitaire. Parallèlement, une partie de l’humanitaire échappait aux États avec le développement des Ong. La guerre du Biafra (1967-1970) fut fondatrice du « sans-frontiérisme ». Les soins médicaux apportés par les French doctors (Msf puis Mdm) aux populations du Nigeria en guerre s’accompagnèrent de l’affirmation d’un principe : « Le geste de solidarité ne doit être ni limité, ni même empêché par les frontières internationales, les raisons d’État, les impératifs diplomatico-stratégiques. » Cette action ouvrit la voix au droit d’ingérence. À la fin de la guerre froide, l’Onu le reconnut implicitement en 1988 et en 1990 avec les « couloirs humanitaires », inaugurant les interventions au Kurdistan, en ex-Yougoslavie, en Somalie, au Rwanda avant qu’il ne soit en partie remis en cause après 2001. L’humanitaire court après la guerre de plus en plus recouverte par la violence : les personnes engagées dans l’humanitaire ne sont d’ailleurs plus seulement mises en danger par des États (Soudan, Birmanie…) mais par des organisations guerrières (Irak, Afghanistan).
J.-P. P.