LA MONDIALISATION
Émergences et fragmentations
Depuis deux décennies, l’économiste Pierre-Noël Giraud forge, non sans modestie ni obstination au sein d’un milieu qui selon lui discute peu (voir notre dossier de novembre 2009), des concepts spécifiques et promeut une réflexion originale sur les ressorts de la mondialisation actuelle qui, selon lui, combine trois globalisations qui interfèrent : la globalisation des firmes, la globalisation de la finance et la globalisation numérique. De l’analyse de cette triple globalisation, l’auteur de l’Inégalité du monde et du Commerce des promesses conclut à une fragmentation des territoires qui participe d’un accroissement des inégalités à l’intérieur des territoires et entre eux. La mondialisation morcelle plus qu’elle n’unifie le monde, la démonstration en est faite ici à propos de ce qui apparaît alors comme une quatrième globalisation (la globalisation territoriale). Tout en proposant une théorie subtile et clairement exposée sur la nécessité d’équilibrer dans chaque territoire les emplois compétitifs (les globalisés) et des emplois protégés (ce qui passe par l’action des États qu’il est nécessaire de « constituer » là où il n’y en a pas). S’attardant particulièrement sur les territoires « délaissés » comme l’Afrique, l’auteur en appelle à une posture « réformiste », la seule possible selon lui et plus urgente que jamais. « Malgré les controverses sur les chiffres mesurant l’inégalité mondiale, il semble bien que la situation soit la suivante : certaines inégalités internationales se réduisent spectaculairement, d’autres s’accroissent, les inégalités sociales augmentent presque partout. L’inégalité globale varie assez peu. Peut-on imaginer un scénario où l’inégalité du monde serait vraiment réduite ? » C’est justement ce que propose P.-N. Giraud dans cet ouvrage rigoureux et précieux.
O. M.