LE MAROC DE MOHAMMED VI.

La transition inachevée


L’intérêt du dialogue avec B. Stora tient à son cadrage historique et géographique. Le cadrage historique puise dans la double référence hautement symbolique à 1789 et à 1989, à la Révolution française et au mur de Berlin, au risque d’oublier que les mouvements évoqués ici ont inventé une mémoire spécifique : celle de leurs héros et martyrs. C’est dire que ce livre est à forte connotation politique et que l’insoumission et la demande de liberté y sont valorisées. En dépit d’incursions au Machrek, le cadrage géographique est surtout maghrébin en raison même de l’histoire personnelle de Benjamin Stora et de la nature de ses propres travaux qui ont surtout porté sur l’Algérie dont la particularité est flagrante (voir Mohammed Hachemaoui, « La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme », Esprit, juin 2011 et la réédition avec une postface iné­dite de l’ouvrage de Pierre Vermeren consacré au Maroc où il s’inquiète que les promesses faites par la monarchie ne soient pas suffisamment soutenues par des forces conservatrices particulièrement puissantes). Dans cette optique, les révoltes arabes sont ramenées ici aux liens que la France a entretenus avec ces pays, des liens qui sont aussi une manière de montrer que ce qui se passe là-bas n’est pas sans résonances ici. Ce dont témoigne aussi l’aspect religieux (la question rémanente du voile en France) qui n’est pris en compte ici qu’en fonction de la manipulation dont il a fait l’objet de la part des pouvoirs concernés (sur la question théologico-politique, voir la brève précédente consacrée à Martin Malia).

O. M.



La Découverte, 2009
336 p. 11 €