Photo : Daoud Abismail
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Petite histoire des dissidences en Algérie

juin 2019

À l’indépendance, le parti-État incarne le peuple et ne peut supporter aucune dissidence. Cette dernière subsiste toutefois dans le parti ou chez les intellectuels. Le printemps kabyle de 1980 voit l’essor des droits de l’homme. Dans les années 2000, la presse, insolente, dénonce la corruption des dirigeants. Cette année, le peuple réclame une seconde indépendance.

Dans le livre que nous avons récemment publié avec Khadija Mohsen-Finan, consacré aux «dissidents du Maghreb», nous avons appliqué à cette région un concept de l’histoire politique habituellement réservé aux anciens ou actuels régimes communistes, la dissidence politique[1]. Loin de nous l’idée de confondre le totalitarisme des régimes communistes avec les régimes politiques du Maghreb, qui sont un mixte d’autoritarisme – parfois très brutal – et de laisser-aller parfois débonnaire. En revanche, depuis les indépendances de ces pays, en 1956 et en 1962, il y existe des figures de la dissidence politique, culturelle, intellectuelle et religieuse. Il n’était guère aisé pour les pays occidentaux de qualifier ces «dissidents» en tant que tels, car cela aurait ramené ces États au rang des pays communistes ennemis, alors qu’il s’agissait précisément de conserver leur amitié et leur alliance. En outre, les gauches tiers-mondistes et communistes ne voulaient pas que des Républiques socialistes en faveur desquelles elles avaient milité, comme l’Algérie ou la Tunisie, endossent cette comparai

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Pierre Vermeren

Professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,il vient de publier, avec Khadija Mohsen-Finan, Dissidents du Maghreb (Belin, 2018) et La France qui déclasse (Tallandier, 2019).

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Dans un dossier sur « Le soulèvement algérien », coordonné par Hamit Bozarslan et Lucile Schmid, Esprit salue un mouvement non violent de revendication démocratique qui vise à en terminer avec un régime autoritaire et corrompu. Le souci de dignité permet aux Algériens de renouer avec leur conscience historique. À lire aussi dans ce numéro : un entretien avec Karol Modzelewski, un hommage à Pierre Hassner et une philosophie de l’événement.