L'aigle et le dragon
Démesure européenne et mondialisation au XVIè siècle
Pour sortir des cadres d’une histoire centrée sur le développement européen, comment présenter les voyages et les conquêtes de la Renaissance ? L’historien (qui avait présenté dans un entretien à la revue Esprit son travail de regards croisés entre Islam et Occident en octobre 2009) met à nouveau en pratique le décentrement du regard permettant de mieux comprendre les contacts inédits entre les grandes régions du monde à l’âge de la navigation au long cours. Après le regard ottoman sur le nouveau monde confronté à celui des Mexicains sur l’islam (Quelle heure est-il là-bas ? Le Seuil, 2008), il écrit une histoire parallèle de la conquête espagnole en Amérique et des expéditions portugaises vers la Chine. Si les Espagnols ont écrasé l’empire aztèque (l’aigle), les Portugais, eux, se sont heurtés à la puissance chinoise (le dragon). En cherchant les raisons de ces destins contraires, qui n’étaient en rien joués d’avance, puisque les Espagnols n’ont pas été loin de la déroute et que les Portugais, eux, comptaient bien conquérir la Chine, l’auteur détaille les conditions de la rencontre de ces mondes lors de leurs premiers contacts. Dans la confrontation des prétentions européennes et de la résistance qui leur est opposée, la cohésion politique joue un rôle déterminant : en Amérique, les Espagnols jouent sur les divisions d’un empire construit sur une coalition fragile et récente, là où la centralisation chinoise fait preuve de cohésion au détriment des Portugais, incapables de comprendre la situation dans laquelle ils se sont placés. Rien n’était donc tracé à l’avance dans les trajectoires des rencontres et des conflits qui ont commencé à dessiner le monde depuis le xvie siècle, et dont les lignes de force sont à nouveau en train de changer sous nos yeux.
M.-O. P.