Des chrétiens allemands tentés par l’extrême droite
Le programme idéologique du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne séduit certains chrétiens allemands en instrumentalisant leur bataille contre l’avortement et « la théorie du genre », et en jouant sur leur crainte d’une prétendue « islamisation de l’Occident ».
Le texte qui suit, sur les chrétiens (protestants et catholiques appartenant aux deux grandes Églises) qui rejoignent le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), montre d’abord combien les programmes idéologiques de ces partis, qui ont le vent en poupe dans toutes les démocraties européennes et d’autres dans le monde, se ressemblent. L’immigration, et l’islam qui lui est associé, la possibilité légale de l’avortement, le mariage homosexuel (ou simplement l’homosexualité affichée) et d’autres exceptions à la normalité hétérosexuelle, le rejet viscéral du « genre », ainsi que le refus du métissage culturel font partie du fond doctrinal commun des extrêmes droites identitaires, fût-ce avec des insistances différentes selon les lieux et l’histoire ancienne ou récente des nations.
Les chrétiens qui les rejoignent font partie, pour l’essentiel, de l’aile traditionnaliste du catholicisme ou de la partie évangélique (souvent majoritaire) du protestantisme. On ne peut néanmoins manquer de remarquer, a contrario, l’écart relatif opéré en France par le Rassemblement national sous la houlette de Marine Le Pen : dans le cadre de la stratégie de dédiabolisation, la laïcité (éventuellement étendue à la société) est fortement mise en avant, tandis que les sujets dits « sociétaux » ont été sinon abandonnés du moins mis au second plan. Et, en reprenant le thème maurrassien de la France comme nation chrétienne, c’est sans doute Éric Zemmour qui recueille aujourd’hui les faveurs des catholiques traditionnalistes de France (une fraction du faible nombre de catholiques encore pratiquants). Jean-Louis Schlegel
La photographie a créé un choc. Lors de la Marche annuelle de chrétiens pour défendre la vie, on a vu un jeune homme marchant au second rang, avec cravate et mouchoir de poche au veston, dessiner avec ses doigts, face caméra, le symbole du white power. L’amie qu’il tenait par son autre main, élégamment vêtue elle aussi, portait, en guise de collier, un chapelet autour du cou. Sur le même rang, séparé par un autre manifestant, se trouvait l’évêque de Ratisbonne, Mgr Voderholzer1, en col romain et panama sur la tête. Le diocèse marqua immédiatement ses distances avec la photographie et rappela que l’évêque participait depuis des années à la Marche pour la vie et qu’il « n’aurait jamais marché aux côtés de la droite radicale ».
Le symbole du white power, brandi par les extrémistes de droite, est assurément effrayant et, du reste, jusqu’à présent on ne l’avait pas vu lors des Marches pour la vie. Néanmoins, des zones de contact avec des acteurs de droite qui ont franchi le seuil de l’extrémisme existent depuis des années. La position du diocèse montre à l’évidence qu’il y règne une grande naïveté à propos de cette Marche, bien que tous les ans les médias réservent à cette dernière un accueil critique.
La juste préoccupation chrétienne de la défense de la vie est brouillée lors de la Marche du fait que des acteurs politiques membres de l’AfD, comme la députée Beatrix von Storch ou le député européen Joachim Kuhs, qui est aussi président des Chrétiens de l’AfD, appellent à participer à la Marche et y participent eux-mêmes. De surcroît, cette année, Maximilian Krah, ancien conseiller juridique de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X2 et future tête de liste de l’AfD aux élections européennes de 2024, fit la promotion de la Marche. Krah frappe toujours les esprits par les propos de droite radicale qu’il tient et affirme que nous faisons face à un prétendu « remplacement de la population » par les migrants musulmans. De son côté, Beatrix von Storch a lancé, il y a déjà des années, l’idée parallèle de « changement de population ».
Instrumentalisation de l’interruption de grossesse
Le thème de l’avortement est, avec celui du genre et les questions d’immigrations et de réfugiés, un des trois points de rencontre entre des milieux chrétiens à la piété affirmée et des groupes de (Nouvelle) droite. Les échanges sur ces points sont nombreux depuis des années et, peu à peu, les chrétiens conservateurs ont repris des termes polémique de droite, sinon en se rattachant à l’AfD, du moins en se rapprochant plus d’une fois d’elle et des milieux qui lui sont proches. Les leurres venus de la droite dans ces trois domaines consistent chaque fois à s’emparer de causes et de critiques chrétiennes légitimes à propos d’évolutions de la société pour les intégrer dans des idéologies droitières et les instrumentaliser. Et cela fonctionne effroyablement bien.
L’AfD mêle, dans sa propagande, le thème de l’avortement à celui des migrants, ainsi que des propos d’ordre ethnique et nationaliste. Dans son programme de 2016, il y a des passages radicalement critiques contre l’avortement volontaire. Sous le titre-slogan : « Plus d’enfants, moins d’immigration de masse », il est déclaré que « moyennant une politique familiale plus active, il faut viser des taux de natalité plus élevés dans la population indigène ». Il est dit, d’autre part, que « chaque année 100 000 avortements effectués après consultation des indications sociales sont à déplorer3 » et que les « taux de naissance inter-migrants, avec plus 1, 8 enfant, sont significativement plus élevés que chez les femmes allemandes », ce qui renforcerait une fois encore « la mutation ethno-culturelle de la population ».
Une telle instrumentalisation ethnique et nationaliste de l’avortement est très éloignée du christianisme. Tout enfant est créé à l’image de Dieu. Il n’est pas chrétien de se plaindre avant tout des avortements d’enfants « de souche ». L’AfD est proche ici des thèmes de groupes de la droite extrême. On lit ainsi dans le programme du parti Die Rechte (« La Droite », qui, selon l’Office fédéral de protection de la Constitution propage une « image du monde d’extrême droite » et un activisme « raciste », le passage suivant : « Malgré l’évolution démographique dramatique, chaque année des centaines de milliers d’enfants sont supprimés par avortement dans le ventre de leur mère. »
Une Marche pour la vie d’origine chrétienne ne saurait tolérer que des représentants de l’AfD soient présents pour la soutenir. Alexandra Maria Linder, la responsable catholique de la Marche (au nom de l’Association fédérale pour le droit à la vie), pourrait sans difficulté préciser que si elle ne peut empêcher un tel soutien, celui-ci n’est pas souhaité. Or, jusqu’à présent, elle s’y est refusée, bien que ce parti soit depuis longtemps classé comme suspect par l’Office fédéral de protection de la Constitution. Interrogée par la Taz (Tageszeitung) peu avant la Marche de cette année (tenue simultanément à Berlin et à Cologne), elle a répondu de façon lapidaire qu’on y était « ouvert à tous ». Même s’il pouvait arriver que « parmi des milliers de personnes se glissent aussi quelques responsables politiques de l’AfD ». Dans une déclaration du 19 septembre 2019, l’Association fédérale pour le droit à la vie avait certes pris ses distances par rapport à « tout extrémisme », affirmant s’opposer à toutes les tentatives pour « discréditer ou instrumentaliser, au nom de causes antidémocratiques, radicales, extrémistes, et pour attiser des haines en tout genre, notre travail qui respecte le droit de tous à la vie, indépendamment de l’origine, du sexe, de l’état de santé ou de l’âge ». On n’a cependant rien dans cette déclaration qui prenne ses distances avec le soutien de membres de l’AfD.
Un conservatisme en République fédérale
L’avortement montre de manière exemplaire comment des groupes instrumentalisent sciemment certains sujets pour séduire les chrétiens. Dès 2018, Joachim Kuhs publie le livre Témoignages de chrétiens d’Alternative pour l’Allemagne : seize chrétiens y expliquent leur engagement dans ce parti. L’« avortement » et le « genre » y sont les raisons dominantes. Mais la question se pose : comment se fait-il que des chrétiens fervents, qui se considèrent comme des conservateurs, peuvent-ils se tourner vers l’AfD ou se reconnaître dans les idées de la droite extrême ? La réponse est simple : il est probable que l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) sous Angela Merkel a oublié d’emmener ses conservateurs dans son sillage. Le thème de la « défense de la vie » a été longtemps laissé de côté. La sortie du nucléaire et la fin du service militaire obligatoire ont aussi tué des vaches sacrées du monde conservateur. Il en a résulté d’abord une grande frustration, suivie d’un vide que la (Nouvelle) droite extrême a pu remplir sans peine. Mais aussi et surtout, de nombreuses personnes parmi les conservateurs mais plus largement dans l’opinion publique savent trop peu où passe la frontière entre les idées de droite et les idées conservatrices.
Après 1945, l’union de la CDU et l’Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU) constitue une troisième force à côté des tendances libérales et sociales : un conservatisme républicain-fédéral, qui se démarque nettement des conservateurs de la « révolution conservatrice », qui avaient adopté, durant la République de Weimar, des idées antidémocratiques et ethno-nationalistes (völkisch) et partagé ainsi la responsabilité de son effondrement.
Néanmoins, les tendances conservatrices actuelles se distinguent de celles d’après 1945 autant par un certain habitus que par certains thèmes centraux. Contrairement aux réactionnaires qui aspirent à revenir à des temps anciens, les conservateurs modérés actuels ne sont pas opposés au progrès en soi. Mais ils aimeraient le ralentir assez pour qu’il soit supportable à l’ensemble de la société : c’est pour cette raison qu’ils portent, entre autres, un regard très critique sur le tournant énergétique et la sortie du nucléaire. En général, ils savent que beaucoup de leurs idées ne sont pas susceptibles de devenir majoritaires, mais cela ne les empêche pas de se battre pour elles. Et à la différence de la Nouvelle droite, ils ne sont pas contre le pluralisme, ne prétendent pas être la « voix véritable du peuple » opprimé et ne veulent pas être assujettis à une dictature en Allemagne.
Cette attitude victimaire a été en revanche adoptée tant par la Nouvelle droite sécularisée que par les chrétiens portés vers elle et cultivant les mêmes ennemis. Ils considèrent qu’ils sont « rééduqués » par la « folie du genre ». En conséquence, à la différence des conservateurs modérés ils ne voient pas seulement, dans ceux qui pensent autrement, des adversaires politiques, mais des ennemis. En même temps, ils font de la politique religieuse et transfèrent la prétention de vérité du christianisme, pour laquelle ils ne se réfèrent qu’à une interprétation très étroitement connotée de la Bible, à la politique. Ils pensent avoir ainsi repris à leur compte la vérité religieuse. En quoi ils rejoignent des populistes de droite qui prétendent, pour leur part, être l’unique vraie « voix du peuple » ; ils partagent aussi avec ces derniers d’autres convictions, avant tout quant à la prétendue « folie du genre », de même qu’à la prétendue « islamisation ».
Dans la doctrine des conservateurs classiques, la patrie, la famille, la nation et la tradition sont centrales, mais ils n’en retiennent pas les aspects d’exclusion : ils concèdent par exemple aux immigrés le droit de trouver en Allemagne une nouvelle patrie, tant qu’ils s’y installent légalement et s’y intègrent.
La pensée de la Nouvelle droite n’a rien de commun avec ce conservatisme républicain-fédéral, même si certains minimisent volontiers leur engagement en s’affirmant « conservateurs » pour mieux rejoindre les milieux de la bourgeoisie et du christianisme pieux affiché. Le concept de Nouvelle droite remonte à la mouvance de la Nouvelle droite apparue en France à la fin des années 1960. Contrairement aux extrémistes de droite classiques, elle rejette absolument tout culte de Hitler et toute négation de la Shoah. Ses membres se rattachent plutôt au nationalisme ethnique et antidémocratique d’intellectuels de droite de la République de Weimar. Parmi leurs inspirateurs essentiels, il y a, entre autres, Oswald Spengler, auteur en 1918 du Déclin de l’Occident, et le juriste constitutionnel Carl Schmitt.
L’appellation « Nouvelle droite » est la désignation générique de ces intellectuels. On peut les classer de la manière suivante : les populistes de droite constituent le degré inférieur ; ils se mettent en scène comme « la vraie voix du peuple », en général couplée avec l’animosité contre les étrangers. Plus la pensé est imprégnée d’ethno-nationalisme et plus on parle de « droite radicale ». Les deux orientations sont autorisées par la Constitution. Néanmoins, le passage à la droite extrême étant plus ou moins radical, elles sont placées sous surveillance étroite par l’Office fédéral de protection de la Constitution. Les bornes sont franchies quand le programme politique comme le discours sont dirigés de manière particulièrement forte contre la dignité humaine, telle qu’inscrite dans l’article 1 de la Loi fondamentale.
En Allemagne, la Nouvelle droite se scinde en deux tendances : l’une, modérée, se retrouve autour de l’hebdomadaire Neue Freiheit (« Nouvelle liberté »), qui regroupe (pour autant qu’elle existe encore) la fraction la plus modérée de l’AfD. Peu savent que Neue Freiheit vise spécifiquement un public chrétien et qu’elle a même repris le « christianisme » ou une « perspective fermement chrétienne » dans son orientation rédactionnelle. Elle se manifeste avant tout dans sa critique de l’interruption volontaire de grossesse et du genre. Parmi ses auteurs réguliers se trouvent de nombreux auteurs chrétiens affichés et de droite, dont les catholiques Martin Lohmann, président, avant Alexandra Linder, de l’Association fédérale pour le droit à la vie, ainsi que Birgit Keller, critique assidue du genre, ainsi que le protestant Helmut Matthies, longtemps rédacteur en chef de l’hebdomadaire évangélique idea spektrum : en 2014 et 2015, il y prit trois fois la défense du Mouvement des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Pegida) à Dresde contre ses critiques.
La fraction radicale de la Nouvelle droite est regroupée autour de l’éditeur Götz Kubitschek, qui vit dans un manoir situé à Schnellroda, un village de Saxe-Anhalt, où il dirige la maison d’édition Antaïos et veille aux destinées de l’Institut de politique publique (IfS : Institut für Staatspolitik), une institution privée de droite sise au même endroit. L’Office fédéral de protection de la Constitution a classé sans réserve l’IfS parmi les organismes extrémistes. Kubitschek est un catholique traditionnaliste qui rappelle en permanence ses convictions religieuses, qu’il mêle à des considérations ethno-nationalistes. C’est ainsi qu’il a déclaré, lors de l’émission 3 Sat-Kulturzeit, en mars 2016 : « Je peux vous le dire en tant que chrétien croyant : le peuple allemand est à l’évidence un projet de Dieu, et c’est une façon particulière de traverser l’histoire avec tous ses hauts et ses bas. » La femme de Kubitschek, Ellen Kositza, est elle aussi une catholique affirmée. Mais tous les dirigeants de la Nouvelle droite ne sont pas chrétiens. Par exemple, Björn Höcke, président de l’AfD du Land de Thuringe et proche de Kubitscheck, ne l’est pas, à en croire ses déclarations. Mais un nombre important d’adhérents affirment l’être.
Les deux volumes intitulés Christianisme de droite (2018) et Nation, Europe, chrétienté (2019), édités entre autres par Völker Münz, alors porte-parole de l’AfD sur le sujet « Religion et politique », ont été publiés par Aresverlag, un éditeur autrichien fortement marqué à droite. On y trouve même des tentatives, si lourdes et grossières soient-elles, de fonder théologiquement un christianisme de droite, susceptibles de séduire des chrétiens fervents présents dans les mouvances de droite.
Ces chrétiens viennent du protestantisme évangélique, aussi bien celui qui existe dans les Églises officielles établies dans les Länder que celui pratiqué dans les Églises libres. Attention néanmoins : la plupart des évangéliques n’appartiennent pas à cette droite, mais se démarquent nettement par rapport à elle. Du côté catholique, les chrétiens qui subissent l’attraction de la droite se trouvent dans les rangs du traditionnalisme, donc parmi les croyants qui critiquent voire rejettent le concile Vatican II, ainsi que chez des partisans de Benoît XV, l’ancien pape allemand. Durant son pontificat, ils soulignaient leur fidélité envers ce pape, alors que depuis l’accession du pape François, ils s’avèrent être tout sauf fidèles au pape, ne cessant leurs invectives contre lui et qualifiant ce qu’il dit de « bavardages ». Pour ce qui est des médias, les chrétiens protestants favorables à cette droite se retrouvent principalement autour de l’hebdomadaire évangélique idea spektrum, et du côté catholique autour du portail internet privé kath.net, situé à Linz en Autriche.
La bonne triade
La pensée de la Nouvelle droite repose sur trois piliers : l’hostilité au pluralisme déjà évoquée, l’antilibéralisme et l’ethno-pluralisme.
La droite sécularisée comme la droite chrétienne rejettent la culture occidentale moderne et la méprisent parce qu’elle est « décadente ». Les chrétiens sous emprise de la Nouvelle droite s’élèvent en outre contre une atteinte à l’« ordre naturel de la création ». En conséquence, ils combattent depuis longtemps et avec véhémence l’« esprit du temps » (Zeitgeist), au lieu de rendre grâce à Dieu de vivre en Allemagne, où ils bénéficiant d’un bien-être sans équivalent. Tout ce qui leur paraît décadent, ils l’interdiraient volontiers de manière autoritaire et illibérale. Ils vitupèrent également contre les Verts, les accusant d’être un « parti d’interdits ». Au lieu de critiquer avec mesure certains aspects des discours sur le genre ou tout simplement d’éviter l’emploi du langage genré, ils se montent la tête en se figurant un « délire du genre » qui séviraient partout et qui serait en train de « rééduquer » la société. Ils continuent d’avoir le « mariage pour tous » en horreur. De manière générale, ils brocardent l’abolition des discriminations qui frappent les non-hétérosexuels, avec des expressions insultantes contre le « lobby homo » ou « l’homosexualisation ». Au moins jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine était pour eux un modèle qui « faisait quelque chose contre l’homosexualisation ».
La rancœur anti-islam
Le troisième pilier de la Nouvelle droite, l’ethno-pluralisme, convainc aussi les chrétiens attirés par son idéologie. Contrairement à ce qu’il pourrait sembler à première vue, ce concept signifie le contraire de la diversity. L’enjeu est que les cultures demeurent « plurielles » en ne se mélangeant pas. Les immigrants musulmans, en particulier, doivent rester loin de l’Allemagne ou être amenés à opérer une « remigration ». Sinon, on se trouvera sous la menace d’un « changement de population ».
Pour les chrétiens tentés par cette droite, c’est précisément cela qui les attire. À l’inverse des deux grande Églises qui assurent l’autonomie du christianisme tout en menant un dialogue interreligieux non syncrétique, donc refusant le mélange religieux, entre autres avec les musulmans, ces chrétiens de droite rejettent tout contact avec les musulmans. Ils croient qu’ils sauveront l’Occident en tenant les musulmans à distance. Ainsi s’expliquent les sympathies rapidement apparues en faveur du mouvement Pegida, dirigé contre une supposée « islamisation de l’Occident ».
On peut en conclure que les chrétiens séduits par la Nouvelle droite non seulement se rangent du côté d’options particulièrement conservatrices, mais qu’ils dérivent vers des mondes d’idées qui n’ont plus rien à voir avec la doctrine conservatrice, façon CDU ou CSU. Au regard des succès électoraux récent de l’AfD en Hesse et en Bavière, un discernement des esprits reste donc important. Tout ce qui « se dit » chrétien ne l’est pas pour autant.
Cet article, paru dans la Herder Korrespondenz en novembre 2023, est traduit de l’allemand par Jean-Louis Schlegel.
- 1. Mgr Voderholzer, évêque de Ratisbonne depuis 2012, fait partie de l’aile droite de l’épiscopat allemand.
- 2. La Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) est la communauté « intégriste » fondée par Mgr Lefebvre, devenue schismatique en 1988 en consacrant de évêques.
- 3. Selon le paragraphe 2018 du Code pénal allemand, l’interruption volontaire de grossesse n’est pas pénalisée (i) si elle est effectuée à la demande de la femme, avant douze semaines de grossesse et après une consultation dans un centre agréé de conseil (indication sociale) ; (ii) si elle permet de prévenir un danger de vie pour la femme ou si une anomie fœtale a été détectée, le délai s’étendant alors au-delà de douze semaines (indication médicale) ; (iii) si la grossesse résulte d’un crime sexuel, le délai étant de douze semaines (indication éthique). [Notes de la rédaction.]