La décision juste
Il n’y a « pas de soi sans un autre qui le convoque à la responsabilité1 », mais cette responsabilité d’autrui se conjugue en présence d’un tiers. La justice est exigée parce qu’il y a toujours un « autre de l’autre ». Selon Ricœur, « la justice s’étend plus loin que le face-à-face2 ». La solidarité n’est pas seulement une démarche d’amour : elle correspond aussi à une responsabilité sociale. « Le sens de la justice ne retranche rien à la sollicitude ; il la suppose dans la mesure où elle tient les personnes pour irremplaçables. En revanche la justice ajoute à la sollicitude, dans la mesure où le champ de l’application de l’égalité est l’humanité entière3. »
Dans le domaine de la santé, ce questionnement est central, comme Ricœur le souligne : « La souffrance est privée, la santé est publique4. » Il ajoute : « Le fossé ne peut que se creuser entre la revendication d’une liberté individuelle illimitée et la préservation de l’égalité dans la distribution publique des soins sous le signe de l’idéal de solidarité. » Le Code de déontologie médicale précise que le médecin est au service de l’individu et de la santé publique, introduisant ainsi une dimension collective dans le colloque singulier – dimension d’autant plus importante que nous savons le poids des déterminants sociaux dans la santé de chacun. Un « tiers » s’introduit, au moins symboliquement : il y a toujours un autre malade qui crie son attente. « Le médecin se trouve, avec le patient, dans un rapport qui touche au désir d’accomplissement de son malade, car il se trouve dans une proximité qui ressemble à celle de l’amitié. Mais ce rapport passe aussi par l’institution, parce que la compétence du médecin fait partie de l’institution médicale5. »
Ce qui se passe dans le domaine de la santé est vrai de beaucoup d’institutions, en particulier des entreprises : c’est en effet la même confrontation, entre l’amour pour l’un et la justice pour tous, qui vient au jour lorsqu’un responsable d’entreprise fait face à la nécessité d’un licenciement individuel ou collectif.
Nous voici confrontés à la comparaison des incomparables. Lequel des autres compte plus que tous les autres ? Laquelle des politiques publiques prime sur les autres ? Comparaison difficile et pourtant sans évitement possible, qui convoque la nécessaire médiation institutionnelle. Ici s’inscrit la phrase de Ricœur : « Une morale de l’obligation engendre des situations conflictuelles où la sagesse pratique n’a d’autre ressource que de recourir, dans le cadre du jugement moral en situation, à l’intuition initiale de l’éthique, à savoir la vision ou la visée de la “vie bonne” avec et pour les autres dans des institutions justes6. »
Mais qu’est-ce qu’une institution juste, quand Ricœur lui-même souligne que « la question de la fin du “bon” gouvernement est peut-être indécidable7 » ? Une institution peut-elle être juste quand, selon Giorgio Agamben, « le corps de notre société politique est biparti, fait d’un mélange de mal et de bien, de crime et d’honnêteté, d’injustice et de justice8 » ? Je propose trois pistes de réflexion : une institution juste, ce sont des décisions justes, des décideurs justes et une institution qui permet aux décideurs d’être justes.
Des décisions justes
Une décision sera juste si son fondement est solide. Ricœur évoque « ce que MacIntyre appelle “étalons d’excellence”, lesquels permettent de qualifier bons un médecin, un architecte, un peintre, un joueur d’échecs9 ». Ce que Ricœur qualifie de « biens immanents à la pratique10 », nous les identifions par exemple dans les principes généraux du droit, ou dans les données de la littérature médicale pour les recommandations de bonne pratique, ou encore dans la recherche d’investissements responsables et d’un développement équitable. Mais ce n’est pas la situation la plus fréquente. « Si, dans certains cas flagrants d’injustice, le jugement moral ordinaire paraît sûr, nous avons bien moins d’assurance quand il s’agit de répartir équitablement la richesse et l’autorité11. » Et Ricœur de souligner « le caractère non décidable, de façon scientifique ou dogmatique, du bien public12 ». Nous voici donc conduits à considérer que la décision sera d’autant plus juste que le processus décisionnel sera le meilleur possible. Plusieurs exemples peuvent illustrer cette conviction.
L’un des enjeux fondamentaux de la gestion réside dans le choix des priorités. Trop souvent, le décideur est tenté de convaincre que les dotations financières permettent de répondre à la totalité des besoins exprimés, cherchant ainsi à réduire la pression des revendications, au risque d’y perdre beaucoup en crédibilité. Plutôt que de chercher une synthèse subtile entre les jeux d’influences, mieux vaut une délibération collective et transparente en amont sur les choix de priorités, et ensuite une capacité d’assumer les choix opérés en explicitant les raisons qui y ont conduit : « La délibération politique a pour objet l’établissement provisoire et toujours révisable d’un ordre de priorité entre les requêtes concurrentes13. » Mieux nous serons parvenus, en premier, à reconnaître l’expression des besoins, à nourrir une connaissance la plus précise possible de ces besoins et à dessiner collectivement des priorités, mieux viendra en second la qualité de l’arbitrage budgétaire déterminant la temporalité des réponses possibles. Un verdict est d’autant mieux compris – sans nécessairement être reçu facilement – que ses attendus sont précis et connus de tous.
La procédure qui a abouti au vote, en 2016, à une très large majorité, de la loi sur le droit de la fin de vie a valeur exemplaire, avec en particulier un long temps de débat public, le travail d’une commission de réflexion présidée par Didier Sicard, une conférence de citoyens, des avis de différentes instances, le choix d’un binôme d’élus (un député de la majorité et un député de l’opposition), et plus encore la volonté d’élaborer une loi autour des points de convergence mis au jour par le Comité consultatif national d’éthique (Ccne)14.
Selon Ricœur, « les décisions morales les plus graves consistent à tirer la ligne de partage entre le permis et le défendu dans les zones elles-mêmes “moyennes”, résistant à des dichotomies trop familières15 ». Il y a un dilemme propre aux situations complexes : le droit ne peut pas y faire passer la frontière du permis et de l’interdit en décrivant ce qui est permis ou ce qui est interdit. Il ne peut le faire qu’avec des mots généraux, laissant place à l’espace d’interprétation qui permet, en situation, de prendre une décision… juste.
Ainsi, qu’est-ce qu’une « obstination déraisonnable » en médecine ? Il serait déraisonnable, précisément, que la loi se lance dans une description de ce qui est et de ce qui n’est pas déraisonnable. Le droit ne saurait préciser in abstracto où passe la frontière, sauf à prendre le risque d’être, dans certaines situations, inadéquat. Au total, l’enjeu est la réponse à une double nécessité : d’une part, celle de disposer de quelques règles de fond, très nettes mais destinées seulement à orienter le choix ; et d’autre part, celle de disposer de bonnes règles de procédures, de concertation et d’arbitrages, destinées à permettre la décision proprement dite. La loi sur la fin de vie repose, de manière forte et équivalente, sur la qualité à la fois des règles de fond et des règles de procédure.
Un troisième exemple vient des travaux que nous avons conduits il y a quelques années, soit au sein du conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, soit au sein du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie. Dans les deux cas étaient réunis aussi bien les associations de personnes concernées que les partenaires sociaux, les assureurs publics et privés et les décideurs publics. L’obtention réussie et répétée d’expressions de fortes convergences entre les différents points de vue s’est construite grâce à un temps d’écoute approfondie, nourrissant un compromis.
À ce dernier, Ricœur assigne un rôle important : « l’art du compromis constitue l’ultime recours de la morale publique » ; « le compromis avoué porte la marque de la plus haute authenticité16. » Le compromis a souvent mauvaise presse, mais, pour Ricœur, il « est une idée au contraire extrêmement forte. […] Il n’y a pas de confusion dans le compromis comme dans la compromission. Dans le compromis, chacun reste à sa place, personne n’est dépouillé de son ordre de justification. […] C’est une barrière entre l’accord et la violence. C’est en l’absence d’accord que nous faisons des compromis pour le bien de la paix civique17 ».
Cela passe par la transparence de l’information, le refus de l’instrumentalisation des points de vue, l’identification précise des divergences et l’abandon progressif des jeux de rôles convenus – pour le dire avec les mots de Ricœur, en invitant les convictions à s’élever au-dessus des conventions18. Il précise que « dans l’expression “convictions bien pesées”, l’épithète “bien pesées” […] signifie ouvert à la critique de l’autre », autrement dit « soumis à la règle de l’argumentation19 ».
Des décideurs justes
« Une chose est d’admettre que les institutions ne dérivent pas des individus mais toujours d’autres institutions préalables, une autre est de leur conférer une spiritualité distincte de celle des individus20. » Nous abordons avec cette citation de Ricœur le rôle des « décideurs » : qu’en est-il de la responsabilité des dirigeants ?
C’est d’abord une phrase forte de Levinas qui vient à l’esprit : « L’État juste sortira des justes et des saints plutôt que de la propagande et de la prédication21. » Levinas ajoute : « Dans la République, Platon dit : en tant que chef, aucun chef ne se propose et n’ordonne ce qui est utile à lui-même, mais ce qui est utile à celui qu’il commande. Commander, c’est donc faire la volonté de celui qui obéit22. » Il en va de responsabilité plus que de pouvoir. Le mot « élection » veut dire responsabilité, au point que celui qui est élu, que ce soit au sens propre par les urnes ou au sens figuré par la fonction qui lui est reconnue dans une hiérarchie, n’a pas à choisir d’être bon : il est requis par le Bien. Une personne qui fait autorité fonde, donne sens, fait grandir, ouvre un chemin nouveau, libère une énergie créatrice. À l’inverse, le pouvoir autoritaire contient, restreint, empêche de croître.
La légitimité ne se dissout pas dans la légalité. La compétence d’un dirigeant ne peut pas être le seul critère, pas davantage que son respect scrupuleux des règles juridiques. Compte tout autant l’acceptabilité, sans pour cela verser dans la compromission ou la démagogie. Ricœur le souligne à sa manière : « On sait à quel point des institutions injustes peuvent pervertir les rapports interpersonnels. Quand la peur et le mensonge sont institutionnalisés, même la confiance dans la parole de l’ami peut être subvertie23. » Compte bien sûr au premier chef la cohérence du comportement quotidien et de l’action conduite au regard des valeurs affichées, ce qui va bien au-delà du seul respect de la véracité des déclarations d’intérêts. La responsabilité ne va pas sans l’impératif de rendre compte. L’opinion fait le tri entre le dirigeant qui sert l’institution ou le groupe humain qu’il dirige, et le chef qui se sert de l’institution ou de ses équipes pour son bien personnel ou le confort des siens.
Or la question n’est souvent pas de choisir entre une décision juste et une décision injuste, mais entre deux décisions aussi justes l’une que l’autre. Ou encore, c’est un face-à-face avec la césure, « si soigneusement occultée par Kant », précise Ricœur, « entre le respect pour la règle et le respect pour les personnes24 », ajoutant que « le tragique est à l’origine de l’éthique25 ».
Une phrase de Levinas a souvent guidé ma réflexion ici : « La charité est impossible sans la justice, et la justice se déforme sans la charité26 », ou encore : « La justice est impossible sans que celui qui la rend se trouve lui-même dans la proximité27. » Chaque décision est un verdict, mais il y a toujours un « après verdict », qui signifie se soucier durablement des conséquences des décisions prises. Dans l’institution judiciaire, c’est la possibilité d’un appel et d’une cassation, voire d’une révision. Dans l’univers de la santé, amour et justice sont à entendre comme des guides pour inviter le financier à n’être jamais quitte de chaque intérêt particulier, et le médecin et le soignant à entendre l’interpellation de l’intérêt général. Selon Ricœur, « la sagesse pratique consiste à inventer les conduites qui satisferont le plus à l’exception que demande la sollicitude en trahissant le moins possible la règle28 ». Cela signifie une voie : la recherche des meilleurs soins possibles pour tous et non pas de l’excellence pour seulement quelques-uns. Aucun système de santé ne vaut si un homme, un seul, en est exclu.
Face à une situation de licenciement, la décision ne se légitime qu’au nom de l’intérêt général – et de rien d’autre –, ce que Vaclav Havel nomme la « responsabilité supérieure ». Et pourtant l’exigence éthique rappelle que le décideur ne peut pas être quitte de l’intérêt particulier, bien au-delà de la seule protection légale des salariés. « La sagesse pratique consiste à inventer les comportements justes appropriés à la singularité des cas29. »
Ces quelques mots sur la responsabilité des décideurs ne concernent pas que les chefs. Comment pourrions-nous mieux réussir à marier frugalité et solidarité, défi de notre génération pour sa survie, autrement qu’en renversant radicalement nos ordres habituels de jugements et de priorités ? Celui, quel qu’il soit, qui est appelé à prendre une décision se voit directement concerné par l’exigence de responsabilité et par la distanciation à l’égard du pouvoir. Chacun d’entre nous gagne à prendre le temps du retour d’expérience, autre mot pour signifier la mise au jour de l’« après verdict ».
Être responsable, c’est aussi se méfier de la quiétude de son pouvoir et des signes qui s’y rattachent. L’exigence et la vigilance sont d’autant plus nécessaires que le pouvoir est grand. Il s’agit de devenir pauvre de ses œuvres pour devenir riche de sa fécondité : liberté d’une vie donnée face à l’emprisonnement d’un pouvoir auquel on cherche à vainement s’accrocher. Toute responsabilité devient alors une promesse de décisions justes venant de décideurs justes.
Une institution qui permet aux décideurs d’être justes
Les « directives anticipées », ces déclarations écrites que toute personne majeure peut faire pour indiquer ses souhaits de fin de vie, peuvent être considérées comme un formulaire médico-légal avec des cases à cocher, comme lorsque l’on réserve un billet de train sur Internet : « Ainsi c’est fait », comme se l’entendent dire des soignants en Ehpad lorsque leur direction leur demande de faire remplir un formulaire dès l’entrée de la personne âgée.
Ou bien l’on mesure que le sens d’un formulaire est de conduire à un dialogue long, profond et répété. Le respect de la parole de la personne malade suppose de s’assurer que celle-ci bénéficie des informations et du temps de réflexion nécessaires à l’exercice de son jugement. L’échange peut concerner les soins curatifs et palliatifs dans les phases terminales d’une maladie, l’efficacité et les conséquences d’une réanimation cardio-respiratoire ainsi que des dispositifs de suppléance des fonctions vitales. L’enjeu est aussi de permettre une expression qui ne se limite pas aux éléments proprement juridiques des directives anticipées. Cette expression, si la personne en ressent le besoin, peut concerner sa situation personnelle ou ses convictions, voire des événements après la mort, tels que le prélèvement d’organes – tant la perspective des prélèvements après arrêt de traitement devient un questionnement majeur.
S’engager dans une telle démarche de choix libre et informé et non pas d’un consentement, fût-il éclairé, c’est accepter de se défaire du chronomètre dans l’activité médicale et soignante. L’hôpital revendiqué comme une « entreprise » permet-il à ses membres d’être justes s’ils ne disposent pas de temps pour une écoute approfondie et un discernement partagé ? La tarification à l’activité, avec ce qu’elle induit en termes de « malades rentables ou non », ne saurait être le dernier mot en matière de justice.
Ricœur souligne la différence entre une conception purement procédurale de la justice et un sens de la justice qui la précède et l’accompagne de bout en bout30. Le choix de faire bien les choses – c’est-à-dire satisfaire aux exigences de rentabilité ou d’efficience – s’éclaire d’autant mieux que l’on prend le temps de réfléchir d’abord aux bonnes choses à faire.
Deux voies semblent ouvertes à cet égard. La première est ce que Ricœur nomme, d’une expression forte, « des brèches subversives31 ». Je vise là l’audace nécessaire pour parfois sous-administrer une administration trop souvent sur-administrée. Permettre aux agents publics d’être justes en pouvant parfois quitter l’hygiaphone pour venir devant le guichet et cheminer avec la personne qui s’adresse au service public. Permettre, pour reprendre les mots d’Olivier Abel, que les institutions rompent les logiques humiliantes pour donner « à chacun de devenir acteur et auteur de sa propre vie32 ». Permettre aux gestionnaires d’être justes en prenant le risque de ne pas amortir dans un bilan comptable des survaleurs hypothétiques, pour ne pas jeter à la rue plusieurs salariés. Permettre aux médecins et aux soignants d’être justes en empruntant parfois un chemin de traverse, la transgression étant le lieu de la conscience, sans effacer l’interdit. Permettre aux décideurs publics d’être justes en garantissant dans le droit commun l’égalité de traitement et tout autant la réponse personnalisée, en veillant à réduire toujours l’écart entre le droit théorique et le droit « réel ». Ricœur souligne que le concept du juste ne peut être entièrement détaché de celui du bon33. C’est le second chemin : favoriser au sein des institutions l’expression du questionnement éthique. Nous nous y sommes attachés avec la création des « espaces éthiques ». Pour discerner, c’est-à-dire comprendre et percevoir le sens de l’action, chacun a besoin d’enrichir ce qu’il pense par la confrontation avec d’autres expériences et l’écoute d’autres convictions, sans se réfugier dans des réglementations hâtives ou des déclarations péremptoires.
Il faut « veiller » en permanence. L’« in-quiétude » éthique, c’est l’impossible quiétude du savoir, du pouvoir, du vouloir. Ricœur appelle à cette exigence de discernement en rappelant, à propos de l’adéquation entre le choix d’une pratique et nos idéaux de vie, que ces derniers, « aussi vagues soient-ils », sont « pourtant plus impérieux parfois que la règle du jeu d’un métier que nous avons tenue jusque-là pour invariable34 ». Selon lui, « c’est sur le trajet de l’application de la règle à la situation concrète, où l’altérité des personnes demande à être reconnue, que le conflit peut apparaître35 ».
Le discernement n’est pas réservé à la seule décision individuelle. Il concerne tout autant les politiques publiques. C’est pourquoi il importe de poursuivre « un questionnement fondamental appelant au discernement en conscience et à une sage humilité dans l’élaboration des réponses », pour « esquisser des pistes de réflexion qui puissent aider la société à discerner les enjeux éthiques et à élaborer les meilleures réponses possibles36 ». Selon Olivier Abel, « Ricœur propose une “herméneutique critique”, soutenant l’idée qu’il faut sans cesse rouvrir les traditions dans une communication politique vraiment ouverte au débat37. » Retenons-en la compréhension de l’éthique comme une subversion de toute suffisance, une conscience qui se pose inconditionnellement, un « exercice herméneutique » plus nécessaire que jamais.
***
À l’issue de cette réflexion sur le juste, l’« in-quiétude » reste d’entendre l’appel à aimer, à aimer d’abord, à aimer toujours : « Il me semble que le Jugement eschatologique veut dire que nous “serons jugés” sur ce que nous aurons fait à des personnes, même sans le savoir, en agissant par le canal des institutions les plus abstraites, et que c’est finalement le point d’impact de notre amour dans des personnes individualisées qui sera départagé38. » Aller vers autrui dans la détresse, voilà la marque de l’humain, qui ne se découvrira jamais dans une existence fermée à tout appel venant du plus faible. Certains, ceux que l’on appelle précisément « les Justes », ont montré, dans les situations les plus extrêmes de détresse, qu’il y avait là, en toutes circonstances, un signe de vérité invincible.
- 1.
Emmanuel Levinas cité dans Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, « Points Essais », 2015, p. 219.
- 2.
Ibid., p. 227.
- 3.
Ibid., p. 236.
- 4.
P. Ricœur, Préface au Code de déontologie médicale, introduit et commenté par Louis René, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1996, p. 21.
- 5.
P. Ricœur, Philosophie, éthique et politique. Entretiens et dialogues, Paris, Seuil, 2017, p. 172.
- 6.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 279.
- 7.
Ibid., p. 302.
- 8.
Giorgio Agamben, le Mystère du mal, Montrouge, Bayard, 2017, p. 29.
- 9.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 207.
- 10.
Ibid., p. 207 (souligné par Ricœur).
- 11.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 275.
- 12.
Ibid., p. 300.
- 13.
Ibid.
- 14.
Sans oublier le rôle du Conseil d’État dans la finalisation des décrets d’application, après avis de l’Ordre des médecins et les travaux conduits par la Haute Autorité de la santé.
- 15.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 317.
- 16.
P. Ricœur, Préface au Code de déontologie médicale, op. cit., p. 21
- 17.
P. Ricœur, Philosophie, éthique et politique, op. cit., p. 120-121. Dans une déclaration récente, les évêques de France ont repris cette réflexion majeure : « Le vrai compromis […] c’est, à partir de positions différentes, entrer dans un vrai dialogue où on ne cherche pas à prendre le dessus mais à construire ensemble quelque chose d’autre, où personne ne se renie, mais qui conduit forcément à quelque chose de différent des positions du départ. Ce ne doit pas être une confrontation de vérités, mais une recherche ensemble, en vérité. » Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Dans un monde qui change retrouver le sens du politique, Paris/Montrouge, Bayard/Le Cerf/Mame, 2016, p. 58.
- 18.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 336.
- 19.
P. Ricœur, le Juste, Paris, Éditions Esprit, 1995, p. 97.
- 20.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 298.
- 21.
Emmanuel Levinas, « Philosophie, justice et amour », dans Entre nous. Essais sur le penser-à-l’autre, Paris, Grasset, 1991, p. 139.
- 22.
E. Levinas, « Liberté et commandement », dans Liberté et commandement, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 1994, p. 30.
- 23.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 310.
- 24.
Ibid., p. 312.
- 25.
P. Ricœur, Éthique et responsabilité, textes réunis par Jean-Christophe Aeschlimann, Neuchâtel, La Baconnière, 1994, p. 32.
- 26.
E. Levinas, Entre nous, op. cit., p. 139.
- 27.
E. Levinas, Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, Paris, Le Livre de poche, 2004, p. 248.
- 28.
28 P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 312.
- 29.
Ibid., p. 313.
- 30.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 274.
- 31.
P. Ricœur, Philosophie, éthique et politique, op. cit., p. 127.
- 32.
Olivier Abel, « Arrêtons l’humiliation ! », Projet, no 354, octobre 2016, p. 82.
- 33.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 330.
- 34.
P. Ricœur, Soi-même comme un autre, op. cit., p. 209.
- 35.
Ibid., p. 307.
- 36.
Avis 112 du Ccne, 2010.
- 37.
O. Abel, Paul Ricœur. La promesse et la règle, Paris, Michalon, 1996, p. 37.
- 38.
P. Ricœur, « Le socius et le prochain », dans Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1955, p. 110-111.