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Sabr

Le temps de la patience en Islam

juil./août 2021

La passion des sociétés musulmanes pour le passé et la tradition s’explique par l’importance qu’y prend la vertu de patience (sabr), conçue comme la pierre angulaire de la foi, qui fait supporter l’injustice dans l’attente du salut. Mais cette patience connaît aussi des limites, comme le montrent les révolutions.

Quel est le temps des sociétés musulmanes ? Quel rôle le temps y joue-t-il ? Que font ces sociétés dans le temps1 ? Si ces questions se posent à elles de façon particulièrement urgente, c’est à cause de leur enfermement dans un passé idéalisé, de leur retrait – voire de leur absence – du temps présent, et de leur incapacité à penser l’avenir en perspective.

Il faut, pour comprendre ce « temps de l’islam », convoquer la thèse centrale de la théologie orthodoxe dominante. Il s’agit de la pensée acharite, devenue exclusive au xiie siècle quand le courant rationaliste opposé, le mu’tazilime, a été progressivement marginalisé puis oublié2. Il faut revenir à un corpus qui marque encore la conscience collective sunnite, pas uniquement dans un but cognitif, mais en vue de comprendre le confort qu’offre cette passion du passé aux sociétés musulmanes, qui justifie leur immobilisme malgré le temps qui passe et légitime la tentation régressive que les révolutions arabes de 2011, singulièrement

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Ali Mezghani

Professeur agrégé en droit privé, retraité de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis II et de l’université Panthéon-Sorbonne, Ali Mezghani est notamment l’auteur de L’État inachevé. La question du droit dans les pays arabes (Gallimard, 2011).

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